Paris : Press conference of buget alert comittee
Crédits : JEANNE ACCORSINI/SIPA

Bayrou sur les finances publiques : « On retrouve le format inauguré par Edouard Philippe pendant la crise du covid-19, une forme de communication de crise »

En présentant aux Français un discours « de vérité » sur l’état des finances publiques, le premier ministre « essaye de reprendre la main sur l’agenda médiatique et de retrouver une sorte de leadership », selon le communicant Philippe Moreau Chevrolet. Mais pas sûr « que les Français achètent la cure d’austérité ».
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« C’est l’épreuve de vérité ». Pour le grand raout sur les finances publiques, organisé par le premier ministre ce mardi matin, le professeur Bayrou a fait passer aux Français quelques messages. Le temps des annonces viendra plus tard, avant le 14 juillet. D’un ton pédagogique, graphiques sur la dette et le déficit du commerce extérieur à l’appui, il a expliqué en long et en large l’état d’urgence de la situation financière du pays, multipliant les métaphores sur les catastrophes climatiques, pour donner le contexte : « Ouragan », « tsunami de déstabilisation venu chambouler la planète », « cyclone », « voilà le paysage tourmenté », bref « une montagne de difficultés » himalayesques. Une manière de préparer le terrain à l’énorme effort de 40 milliards d’euros que le gouvernement prépare pour le budget 2026.

« Remédier à ce sentiment d’immobilisme dans sa propre image »

Pour celui qui a souvent été pointé du doigt pour ses lacunes, pour ne pas dire son absence de communication, depuis son arrivée à Matignon, l’exercice a permis de se montrer aux manettes. « Il a subi beaucoup d’attaques et a été mis en cause. Il est en position de faiblesse avec une chute de popularité sensible. Donc c’est d’abord, pour François Bayrou, essayer de reprendre la main sur l’agenda médiatique et retrouver une sorte de leadership, et tenir l’engagement du dialogue avec les parties prenantes, en lançant le cycle de négociations budgétaires », réagit le spécialiste communication politique Philippe Moreau Chevrolet, avec un objectif pour le premier ministre : « Il veut remédier au sentiment d’impuissance collective » et « aussi remédier à ce sentiment d’immobilisme dans sa propre image ». Le communicant ajoute :

 Là, il lance le débat sur le budget, qui devait avoir lieu à l’automne. Il essaie de lancer ça en maitrisant le cadre du débat. En communication, on appelle ça le framing, c’est-à-dire le cadrage du débat. Il tente de cadrer le débat en amont. Voici ce dont on doit parler, à quoi on doit réfléchir. 

Philippe Moreau Chevrolet, président de MCBG Conseil.

« Il a ce style pédagogique qui est celui des instituteurs de la IIIe République, des hussards de la IIIe République »

Ce ton professoral, « cela a toujours été le style de François Bayrou. Je trouve que le style professoral et démonstratif, avec tableaux, est plutôt efficace. Il a ce style pédagogique qui est celui des instituteurs de la IIIe République, des hussards de la IIIe République, l’autorité qu’on écoute. C’est son registre à lui. Ce style a déjà été tenté dans le passé sur la question budgétaire, avec Valéry Giscard-d’Estaing ou Laurent Fabius, dans les années 80 », rappelle le communicant, qui note qu’« à chaque fois, avec une politique de rigueur, on a cette séquence où on explique aux Français la politique. Ce qui est nouveau, c’est de le lier au bonheur du peuple. Ça, c’est très populiste. Et de le lier à une logique de consommateur ». François Bayrou a en effet évoqué l’état d’esprit, qui serait plus heureux, des habitants des pays où les déficits sont moins élevés. Il a aussi affirmé que « les citoyens n’en ont pas pour leur argent » avec les dépenses publiques. « Le raccourci, c’est que l’austérité rend heureux », selon Philippe Moreau Chevrolet. Du sang, des larmes, mais le bonheur à la fin en somme.

Un discours centré sur la dette, qui est une constance, depuis au moins sa candidature à la présidentielle de 2007, pour François Bayrou. « Il faut lui reconnaître une chose. Il a toujours été dans cette posture du professeur, de l’apprenant et il a toujours été sur la ligne de l’austérité budgétaire. Il a toujours incarné ça. Il est totalement droit dans ses bottes », relève Philippe Moreau Chevrolet. Mais « le problème de tout ça, c’est qu’il n’y a pas de majorité au Parlement et une opposition des élus locaux, qui ont le sentiment qu’ils seront les dindons de la farce », tempère le spécialiste de communication politique, qui ajoute qu’« il n’est pas certain que les Français achètent la cure d’austérité et que lui soit capable de mener ce combat-là ». Il faudra peut-être l’illustrer avec un tableau sur la courbe de popularité du premier ministre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le