Bellamy tête de liste aux Européennes ? « Cette histoire sur l’avortement, ça va nous coller à la peau »
À une semaine de la désignation de la tête de liste pour les Européennes, la candidature de François-Xavier Bellamy, soutenue par Laurent Wauquiez, tient la corde. Mais ses positions sur la famille et récemment sur l’avortement n’augurent pas un large rassemblement au grand regret de bon nombre de sénateurs LR.

Bellamy tête de liste aux Européennes ? « Cette histoire sur l’avortement, ça va nous coller à la peau »

À une semaine de la désignation de la tête de liste pour les Européennes, la candidature de François-Xavier Bellamy, soutenue par Laurent Wauquiez, tient la corde. Mais ses positions sur la famille et récemment sur l’avortement n’augurent pas un large rassemblement au grand regret de bon nombre de sénateurs LR.
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« Cette histoire sur l’avortement, ça va nous coller à la peau. Je ne sais pas s’il s’agit d’une manœuvre interne pour purger le sujet avant le début de la campagne officielle… On a vu ce que ça a donné avec Fillon pendant les primaires… Tout ce que je vois, c’est que pendant la campagne, on ne parlera que d’avortement au lieu de parler d’Europe » se désole une sénatrice avant de se rendre à la réunion hebdomadaire du groupe Les Républicains ce mardi.

François-Xavier Bellamy veut que la baisse du nombre d'avortements, soit « un objectif de santé publique »

En effet, ce week-end, le professeur de philosophie et maire adjoint de Versailles, a fait parler de lui par des propos ambigus le droit à l’avortement. « Cette question de l'IVG est une conviction personnelle que j'assume. Mais je comprends qu'elle ne soit pas partagée, et vous ne trouverez de ma part aucune parole offensante ni aucun jugement » explique François-Xavier Bellamy dans le JDD avant de confier avoir participé « deux ou trois fois » aux marches pour la vie. S’il indique ne pas vouloir remettre en cause la loi Veil, il veut toutefois mettre tout le monde « d’accord » pour que la baisse du nombre d'avortements en France, soit « un objectif de santé publique ».

Représentant une droite conservatrice et catholique, l’hypothèse, François-Xavier Bellamy, tête de liste, récolte le soutien de plusieurs ténors du parti comme le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau ou encore le député LR, Éric Ciotti.

Un soutien pourtant loin de faire consensus dans les couloirs du palais du Luxembourg ou la droite est majoritaire. Ce mardi, à l’évocation de son nom pour conduire la liste aux Européennes, un élu LR mime un bras d’honneur, puis une balle dans la tête, avant de lâcher un lapidaire : « On va dans le mur avec lui ».

« Nous avons besoin de quelqu’un qui incarne le rassemblement large de la famille »

À écouter les sénateurs, ce n’est pas la personnalité du jeune professeur de Philosophie de 33 ans, passé par Normale-Sup et Henri IV qui suscite le doute, mais sa capacité à rassembler la droite républicaine, au point de pousser Éric Woerth à tirer le signal d’alarme, une semaine avant la réunion de la commission d’investiture du parti prévue le 29 janvier. « Attention à ne pas transformer Les Républicains en un petit parti conservateur (…) « Quand on a créé l’UMP, tout n’était pas merveilleux mais il y avait cette volonté de représenter l’ensemble de la droite. Il y avait de la droite centriste, de la droite libérale jusqu’à une forme de droite traditionnelle puis une muraille de Chine avec l’extrême droite. » a rappelé le député LR, ce matin sur Public Sénat.

« Je ne remets pas en cause la qualité de la personne. Mais nous avons besoin de quelqu’un qui incarne le rassemblement large de la famille. Bon après si c’est lui qui est désigné, on fera avec. On fera campagne » philosophe le sénateur LR du Rhône, François-Noël Buffet. Et à la question de savoir qui, selon lui, pourrait incarner ce rassemblement ? François-Noël Buffet répond : « Jean Leonetti ». Le numéro 2 du parti a déjà annoncé qu’il n’irait pas.

« Il remplit toutes les cases : jeune, intello, renouvellement de la pensée… Mais, c’est un courant de pensée très typée » regrette la sénatrice citée plus haut et qui préfère garder l’anonymat, avant de prendre soin de préciser : « En plus, François-Xavier Bellamy, c’est quelqu’un que j’aime bien ».

Même opposition bienveillante du côté du président du Sénat, Gérard Larcher. « J’ai plutôt de la sympathie pour ce garçon. Il était prof de philo dans ma ville de Rambouillet. Je le connais depuis longtemps », « Il a des prises de position que je respecte, qui ne sont pas tout à fait les miennes sur un certain nombre de sujets de société. » soulignait-il jeudi dernier.

« Je ne connais pas une seule formation politique où la tête de liste fait l’unanimité »

Le sénateur LR de l’Ardèche, Mathieu Darnaud, le seul membre de la Haute assemblée à avoir signé la tribune « pour dire stop au Wauquiez bashing permanent » (voir notre article), tempère les critiques. « Oh vous savez, ça, ce sont des débats… Je ne connais pas une seule formation politique où la tête de liste fait l’unanimité (…) Ce qui doit nous intéresser, c’est de porter les préoccupations de nos concitoyens sur cette élection. L’Europe, c’est au cœur des problématiques françaises et nous avons besoin d’envoyer au Parlement européen des parlementaires qui portent ces aspirations et qui créent du lien entre les institutions européennes et la France ».

François-Xavier Bellamy veut « revoir la politique de la famille » 

Pour le moment, et à l’image de son interview donnée ce week-end sur la chaîne C8, François-Xavier Bellamy reste sur un terrain qu’il maîtrise et sur des thématiques pas franchement européennes. Au sujet de la loi sur le mariage pour tous adoptée en 2013, il déclare vouloir « revoir la politique de la famille ». « Cela a été une confrontation très dure et, d’une certaine manière, très blessante pour tout le monde » (…) «Dans ce monde ou tout est mouvant, on a besoin de repères clairs et stables. On ne peut pas faire du seul désir l’occasion du lien de filiation » juge-t-il.

En faisant le pari de François-Xavier Bellamy pour conduire la liste LR, Laurent Wauquiez miserait donc sur la jeunesse et le renouvellement, du moins en apparence. Car la réalité électorale pourrait être toute autre. En effet, avec 10% d’intention de vote dans les sondages, Les Républicains obtiendraient moins de 10 députés. Une raison suffisante pour placer les parlementaires sortants (Rachida Dati, Brice Hortefeux, Nadine Morano…) en position éligible. « Ce sont des personnes qui n’ont pas démérité mais c’est sûr que ça ne fait pas trop renouvellement » soupire un sénateur LR.

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