Benalla: baroud d’honneur des oppositions à l’Assemblée avant la pause estivale
Baroud d'honneur d'une crise qui aura ébranlé la majorité, droite et gauche ont défendu mardi, sans succès, deux motions de censure ciblant...

Benalla: baroud d’honneur des oppositions à l’Assemblée avant la pause estivale

Baroud d'honneur d'une crise qui aura ébranlé la majorité, droite et gauche ont défendu mardi, sans succès, deux motions de censure ciblant...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Baroud d'honneur d'une crise qui aura ébranlé la majorité, droite et gauche ont défendu mardi, sans succès, deux motions de censure ciblant Emmanuel Macron sur l'affaire Benalla, mais fustigées par Edouard Philippe qui a promis "de ne pas ralentir" les réformes.

Cette double mise en cause - une première depuis 1980 - de la responsabilité du gouvernement dans l'affaire de l'ex-collaborateur du président de la République, est une première sous le quinquennat. "Une alerte", selon le terme du patron du PS, Olivier Faure, symbolisée par le report à la rentrée de la révision constitutionnelle voulue par le chef de l'Etat.

Sans surprise, seuls 143 députés ont voté la première motion LR, loin de la majorité requise des 289 voix. Insoumis et communistes l'ont votée, comme 11 non inscrits, dont Marine Le Pen, mais pas les socialistes.

La seconde motion de gauche, pour laquelle socialistes, communistes et insoumis avaient surmonté leurs divisions afin d'obtenir les 58 signatures requises, a obtenu elle seulement 74 voix, LR ne la votant pas.

A la veille de la fin de la session extraordinaire, oppositions et majorité se sont livrées à de vives passes d'armes, avec huées et claquements de pupitres.

Christian Jacob à l'Assemblée nationale, le 31 juillet 2018
Christian Jacob à l'Assemblée nationale, le 31 juillet 2018
AFP

Ce "scandale, c'est celui d'un chef de l'État qui a protégé, qui a privilégié un homme qui lui a rendu des services", "barbouze s'il en est", a d'abord tonné le patron du groupe LR Christian Jacob, pour qui cette affaire "laissera des traces politiques et morales pour le chef de l'État".

Pour la motion PS-LFI-PCF, le communiste André Chassaigne a enchaîné sur "l’affaire Macron-Benalla" qui "a permis de lever le voile sur la réalité de l’exercice du pouvoir par le président" et "ouvert une plaie qui ne se refermera pas".

Et les différents orateurs d'oppositions de multiplier les attaques contre la "dérive monarchique" (Valérie Rabault, PS), faisant le lien avec le projet de réforme institutionnelle que tous combattent, "téléscopage significatif et remarquable" pour Jean-Luc Mélenchon.

Dans sa riposte d'une vingtaine de minutes, Edouard Philippe a déploré une "volonté d'atteindre" Emmanuel Macron et renvoyé le PS à sa lenteur à réagir sur l'affaire Cahuzac, et LR au refus de Nicolas Sarkozy d'une commission d'enquête sur les sondages de l'Elysée.

Sur l'affaire Benalla, "la démocratie a fonctionné" avec des enquêtes administrative, judiciaire et parlementaires, a-t-il martelé. Et, selon lui, "les faits ne permettent à personne d’évoquer je ne sais quelle milice parallèle".

Profitant de la tribune pour défendre son bilan de l'an I, le Premier ministre a estimé que "vos motions de censure ne sont rien d’autre que des motions de blocage" avec "l'espoir de ralentir le rythme de la transformation". "Nous ne ralentirons pas, nous ne lâcherons rien, nous irons jusqu'au bout de notre projet", a-t-il promis.

- 'Avant et après' -

Les orateurs de la majorité ont renchéri, comme Richard Ferrand (LREM) "sur la braderie des postures, deux motions de censure pour le prix d’une". "Vous n’avez toujours pas accepté le sort des urnes de 2017", a jugé le président du groupe MoDem, Marc Fesneau.

Les protagonistes de l'affaire Benalla
Galaxie des personnes présumées impliquées dans l'affaire Benalla, du nom de l'ex-collaborateur de l'Elysée qui a frappé un manifestant lors du 1er mai
AFP

Sur Twitter, la majorité s'est également lâchée, comme la secrétaire d’État Brune Poirson regrettant de "devoir entendre des amis de circonstances parler théorie du complot et fakenews". Mais elle a surtout vu dans le dossier Benalla "un prétexte" pour bloquer le projet de révision constitutionnelle.

Profitant du flottement d'une majorité sidérée et d'un exécutif longtemps mutique, droite et gauche coalisées avaient réussi à paralyser les débats sur ce texte emblématique pour Emmanuel Macron, qui ne devrait pas revenir avant la seconde quinzaine de septembre.

Dans la foulée, elles avaient également obtenu la création d'une commission d'enquête qui a implosé après quatre jours d'auditions. Là où les oppositions ont vu une "obstruction" de la majorité, celle-ci a jugé "inutile" de poursuivre des auditions sur "des dérives individuelles".

La commission des Lois actera mercredi ce désaccord lors d'une ultime réunion alors que celle du Sénat poursuivra ses travaux à la rentrée après avoir auditionné Christophe Castaner mardi en tant que délégué général de La République en marche.

Dans tous les cas, "il y aura un avant et un après", a jugé Eric Coquerel (LFI), là où plusieurs Marcheurs ont estimé que "ça va s'arrêter" et que "la majorité a été renforcée" par "l'épreuve".

A l'issue de cette séance houleuse, des députés et collaborateurs de tous bords, ainsi que plusieurs membres du gouvernement dont Edouard Philippe, se sont retrouvés dans les jardins de l'Hôtel de Lassay, résidence du président de l'Assemblée, pour le traditionnel "pot de fin de session parlementaire", enterrant un moment la hache de guerre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le