Bernard Cazeneuve raconte ses 150 jours à Matignon
Chaque jour compte - 150 jours sous tension à Matignon, c’est le titre de l’ouvrage de Bernard Cazeneuve. Des souvenirs compilés jours après jours alors qu’il était Premier ministre. Invité dans Bibliothèque Médicis, il revient à travers ces quelques lignes sur les raisons de la défaite de François Hollande, évoque ces frondeurs qui ont divisé la gauche et son point de vue sur la présidence d’Emmanuel Macron.

Bernard Cazeneuve raconte ses 150 jours à Matignon

Chaque jour compte - 150 jours sous tension à Matignon, c’est le titre de l’ouvrage de Bernard Cazeneuve. Des souvenirs compilés jours après jours alors qu’il était Premier ministre. Invité dans Bibliothèque Médicis, il revient à travers ces quelques lignes sur les raisons de la défaite de François Hollande, évoque ces frondeurs qui ont divisé la gauche et son point de vue sur la présidence d’Emmanuel Macron.
Public Sénat

Par Priscillia Abereko

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

L’échec de François Hollande

En décembre 2016, Bernard  Cazeneuve est nommé Premier ministre. Une décision présidentielle qui ne se refuse pas, bien qu'il estime « n’avoir rien fait pour avoir ces responsabilités ». Pour l’ancien Premier ministre, « ceux qui restaient aux côtés de François Hollande à ce moment-là, savaient puisqu’il avait décidé de ne pas se présenter à l’élection présidentielle, qu’en restant avec lui jusqu’au bout dans la loyauté,  ils se condamnaient ». Une inquiétude qui n'a pas empêché Bernard Cazeneuve d'être aux côtés de François Hollande.

Interrogé sur les divisions au sein du Parti socialiste à la fin du quinquennat, l'ancien Premier ministre est surtout revenu sur les primaires perçues par Bernard Cazeneuve comme une anomalie. « J’ai je l'ai dit au Président Hollande. Je ne comprenais pas pourquoi on organisait des primaires alors qu’il était sortant » avoue-t-il. Un choix que regrette amèrement l’ancien Premier ministre et qui a favorisé selon lui l’émergence d'opposants, soucieux de se frayer leur propre chemin. Pour Bernard Cazeneuve, François Hollande aurait dû réagir.  L’ancien premier ministre regrette ce manque de fermeté dont à fait preuve François Hollande. À l’encontre d’Emmanuel Macron, notamment, l’ancien Premier ministre fustige « On n’organise pas une réunion publique le 14 juillet, le jour où le Président de la République doit faire sa déclaration devant les Français. Ça, ce n’est pas possible ».

Au final Bernard Cazeneuve, juge trop sévères les critiques faites sur la gestion de François Hollande. « Le regard porté sur cette période n’est pas un regard juste : parce que nous avons, sur le plan des comptes publics, procédé à la diminution des déficits et rétabli les conditions de la croissance mais également celles des marges des entreprises ».

À propos de Jean-Luc Mélenchon : il n'est pas « un rouge épris de romantisme, mais d’avantage comme un pur populiste, prompt à toutes les mises en cause y compris par le truchement de la violence »

Jean-Luc Mélenchon dans le collimateur

Dans son ouvrage, Bernard Cazeneuve dresse le portrait de ses ex-collègues, tantôt léger, tantôt virulent. Mais les piques les plus dures sont adressées à Jean-Luc Mélenchon. Des propos mérités selon Bernard Cazeneuve, qui dans son livre n'hésite pas à dire qu'il n’a jamais considéré le leader de la France Insoumise comme « un rouge épris de romantisme, mais d’avantage comme un pur populiste, prompt à toutes les mises en cause y compris par le truchement de la violence ». Une querelle qui remonte aux élections législatives lorsque Jean-Luc Mélenchon évoque Bernard Cazeneuve comme étant l’homme qui aurait assassiné Rémi Fraisse. Des accusations infondées pour Bernard Cazeneuve, qui n’hésite pas à remettre en cause l’étiquette politique de Jean-Luc Mélenchon : « Quand on est à gauche et qu’on se bat parce qu’on est indigné, qu’on recherche la vérité, on ne fait pas ce que Jean-Luc Mélenchon a fait, mais plutôt ce que Zola a fait (...) avec J’Accuse. On est dans la mise en cause mensongère (...) avec une volonté d'atteindre l'autre. C’est le contraire de la gauche, la vraie gauche, la gauche humaniste, s’interdit ce genre de propos ». La retenue serait une vertu en politique.

Bernard Cazeneuve "Jean-Luc Mélenchon préconise le dégagisme pour les autres pour pouvoir rester seul au milieu de la scène à continuer à proférer des outrances"
02:47
  •  

La présidence d’Emmanuel Macron

Au sujet d’Emmanuel Macron, l’ancien Premier ministre est plus nuancé. Très vite, il admet avoir senti que l’actuel Président de la République pouvait le devenir. Au fil des années, une relation de confiance et de sincérité s’est construite entre les deux hommes. Aujourd’hui, il n’hésite pas à relever les défauts d’Emmanuel Macron. Un président qui s’exprime beaucoup, trop peut-être pour un président. Face aux critiques contre l’actuel Président, qualifié de « Président des riches », Bernard Cazeneuve répond que « sur le plan de la politique fiscale, il y a des injustices qui se préparent ». Malgré tout, Bernard Cazeneuve reconnaît « Emmanuel Macron à une volonté de moderniser l’économie française et ça… c’est une bonne chose ».

Bernard Cazeneuve "Je ne souhaite pas du tout l'échec d'Emmanuel Macron"
00:43

Sur le PS : c'est « une tristesse de ce qui est advenu de notre famille politique et  j'ai la conviction que cela doit et va renaître ».

150 jours, et après ?

Après avoir passé 150 jours à Matignon, Bernard Cazeneuve déclare : «  c’est une fierté d’avoir servi son pays, une tristesse de ce qui est advenu de notre famille politique et  j'ai la conviction que cela doit et va renaître ». Aujourd’hui avocat, il n’exclut pas l’idée de participer à la reconstruction de la gauche avec cette nouvelle génération et prépare actuellement la sortie de son deuxième livre, dédié cette fois, à la lutte contre le terrorisme.

 

Bibliographie :

  • Chaque jour compte - 150 jours sous tension à Matignon, de Bernard Cazeneuve, éd Stock.

 

Retrouvez l'intégralité de l'émission présentée par Jean-Pierre Elkabbach, vendredi à 22h.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bernard Cazeneuve raconte ses 150 jours à Matignon
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Bernard Cazeneuve raconte ses 150 jours à Matignon
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le