Bernard Cazeneuve se pose en rempart de la « destruction du modèle social »

Bernard Cazeneuve se pose en rempart de la « destruction du modèle social »

Le Premier ministre faisait ce mercredi son grand oral devant les sénateurs pour rappeler sa volonté de consolider les résultats obtenus.
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Au lendemain de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, Bernard Cazeneuve se présentait au Sénat pour son premier grand oral. « Je vous rassure, je n’ai pas l’intention de procéder à la relecture de ce texte devant vous » lance-t-il. « Je ne voudrais pas infliger à ceux pour lesquels cette lecture a été une souffrance une deuxième édition. » Pourtant, c’est peu ou prou ce que le nouveau Premier ministre a fait, rappelant, sujet par sujet, les résultats obtenus durant le quinquennat. Chômage, Europe, sécurité… Bernard Cazeneuve a tenté de démontrer, dans un climat plus rieur que la veille, la validité de ses démonstrations, par exemple concernant la baisse du déficit depuis 2012, passant ainsi de 5,2% à 3% aujourd’hui. « Sauf à ce que l’arithmétique et les mathématiques aient totalement changé leurs règles, 5% c’est supérieur à 3% » s’amuse-t-il.

Il s’est aussi exprimé avec plus de sérieux sur le drame qui se déroule à Alep, en Syrie. « Je sais à quel point chacun et chacune d’entre vous est choqué, scandalisé, révolté de ce qui se passe à Alep où des enfants, des femmes sont assassinés, persécutés par un régime dont on sait qu’il ne sait pas faire autre chose que de devenir le meurtrier de son propre peuple (…) Tout cela, qui est une honte et qui révolte un très grand nombre de nos concitoyens, doit conduire la France à agir inlassablement pour la paix. »

Comme la veille à l’Assemblée nationale, il a prôné le « respect » dans les débats qui vont agiter la prochaine campagne présidentielle « parce que les Français voient jour après jour, le vacarme, le bruit, les oppositions. » Mais aussi de rappeler que « le respect ne signifie que nous n’avons pas à nous dire les choses. » Comme la veille, il en a profité pour glisser quelques piques à la droite et au candidat François Fillon, accusé de casser le modèle social. « Ceux et celles qui sont attachés à la solidarité ne laisseront pas le mot réforme se conjuguer avec la destruction du modèle social français » a-t-il lancé à l’adresse de la majorité sénatoriale de droite.

« Face à la complexité des défis, je n’ai qu’une seule inspiration » souligne-t-il. « Celle de faire au mieux sans être jamais garanti de bien faire (…) la volonté ne suffit pas toujours à surmonter tous les défis. Mais sans elle, rien n’est possible. » Et de conclure : « Je n’ai qu’une seule boussole : le sens de l’Etat » affirme-t-il, soulignant qu’il agissait « de façon désintéressé mais avec l’amour de la patrie. »

« Nous allons perdre quelques mois dans le crépuscule de la gauche »

Par la suite, c’est Philippe Dallier, pour les Républicains, qui a dénoncé un « exercice vide de sens » critiquant avant tout le président de la République. « C’est sous le poids de son bilan qui est un boulet et sous l’amicale pression de ses amis, notamment celle de son Premier ministre Manuel Valls, pressé de tenter sa chance, que François Hollande s’est décidé à renoncer » lance-t-il. « Nous allons perdre quelques mois dans le crépuscule de la gauche, qui n’a plus de chef ou plutôt qui en a trop. L’hiver sera rude, vivement le printemps. »

Le sénateur, fidèle de la première heure de François Fillon, est aussi revenu sur les critiques qui touchent le candidat de la droite, favorable au dialogue avec Vladimir Poutine et Bachar el-Assad. Alors que la ville d’Alep est visée par des représailles terribles du régime, Philippe Dallier a souligné son « indignation » sur la « petite musique que certains à gauche distillent (…) Il y a bien des responsables en Syrie et nous espérons qu’ils seront poursuivis pour leurs crimes (…) mais il faudrait également que les occidentaux, les Etats-Unis, l’Europe et même la France s’interrogent sur la politique conduite jusqu’ici avec le refus de dialoguer avec la Russie. » Et de rappeler : « depuis des mois, François Fillon n’a pas dit autre chose et je trouve qu’il est absolument indigne de voir aujourd’hui certains le pointer du doigt après la chute d’Alep. »

Alep - Philippe Dallier juge "indigne" les critiques contre François Fillon
02:09

« Un testament d'une majorité »

De son côté, la sénatrice Eliane Assassi, qui représentait le groupe communiste a accusé le gouvernement « d’alimenter les rouages de la mondialisation financière. » Selon elle, « partager les richesses, relancer la consommation et replacer l’argent dans la recherche est une voie de rupture avec l’ordre libéral que vous n’avez même pas commencé à explorer (…) M. le Premier ministre, la déclinaison du renoncement de 2012, c'est la loi Macron, puis la loi El Khomri. »

Pas plus de mansuétude pour le groupe écologiste. « La déclaration de politique générale, présentée devant les députés, est de bonne facture tout en étant paradoxale» débute Jean Desessard. « Elle constitue a minima une feuille de route d’un gouvernement gérant une fin de quinquennat pour le moins difficile. Et d’autre part un testament d'une majorité qui, tout au long de son mandat, s’est fracturée faute d’une orientation et d’une action conforme à ses engagements. »

Didier Guillaume (PS) s’est adressé, pour sa part, à la droite. « La gauche fera tout pour ne pas vous laisser détruire ce qu'elle a construit » a-t-il lancé vantant les résultats du gouvernement en matière économique.

Enfin, le Premier ministre a de nouveau pris la parole pour conclure cette séance. Dans un ton très conciliant, il a rendu hommage, malgré les critiques de l’opposition, aux sénateurs.  « Sur la menace terroriste, je veux dire aux sénateurs la plus grande gratitude et reconnaissance qui est la mienne pour la manière dont les débats se sont noués sur l’état d’urgence et les lois antiterroristes. » Il a nommément cité et remercié le sénateur UDI Michel Mercier « que je ne veux pas compromettre par un excès de compliments mais qui a fait un travail tout à fait remarquable.» Il a aussi salué un Républicain, Philippe Bas, sénateur de la Manche président de la commissions des lois, « pas pour ce qu’il pense mais pour des raisons qui tiennent au fait qu’il est dans mon département et que les Normands ont tout intérêt à être solidaires tellement ils sont peu nombreux… »

Et de conclure : « J’ai bien compris que je n’avais pas convaincu tout le monde mais ce n’est pas grave car dans les 5 mois qui viennent, il y aura d’autres occasions de rencontres. Et il est très mauvais, lorsqu’il y a de l’amitié, d’épuiser les sujets dès la première fois. »

Bernard Cazeneuve remercie les sénateurs pour leur travail
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