Biden promet de défendre Taïwan, « une déclaration qui n’a rien de surprenant » selon Antoine Bondaz
En visite à Tokyo, le président Américain Joe Biden a annoncé que les Etats-Unis défendront Taïwan si la Chine se lance dans une invasion militaire de l’île. Une déclaration « forte et symbolique » pour Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), mais qui s’inscrit dans la continuité de la politique américaine.

Biden promet de défendre Taïwan, « une déclaration qui n’a rien de surprenant » selon Antoine Bondaz

En visite à Tokyo, le président Américain Joe Biden a annoncé que les Etats-Unis défendront Taïwan si la Chine se lance dans une invasion militaire de l’île. Une déclaration « forte et symbolique » pour Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), mais qui s’inscrit dans la continuité de la politique américaine.
Public Sénat

Par Louis Dubar

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Isolé sur la scène internationale, Taïpei peut toujours compter sur Washington en cas d’une guerre de haute intensité avec Pékin. Interrogé sur la réponse américaine en cas d’une invasion de Taïwan par la Chine, le président Joe Biden assure que les Etats-Unis défendront l’île. « C’est l’engagement que nous avons pris », a indiqué l’ancien sénateur du Delaware. Toute offensive militaire à l’encontre de Taïwan menée par Pékin « ne serait tout simplement pas appropriée […] cela risquerait de disloquer toute la région et serait une action similaire à ce qui s’est passé en Ukraine », a estimé le président américain. La Chine considère l’île comme l’une de ses provinces, même si elle ne la contrôle pas.

Les déclarations de Joe Biden au Japon ont provoqué « une réaction épidermique » de Pékin, selon Antoine Bondaz. Wang Wenbin, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a précisé que la question de Taïwan était « une affaire purement chinoise. » Ce dernier a également estimé que Taïwan « touche aux intérêts fondamentaux de la Chine. » Depuis le début de l’année 2022, l’armée chinoise multiplie les incursions dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan. Au cours de l’année 2021, Taïpei a enregistré 961 aéronefs provenant du continent contre 380 en 2020.

Un soutien clair de Washington

« Il est évident que c’est une déclaration très forte et symbolique mais elle n’a rien de très surprenant et ne constitue pas en soit un virage à 180 degrés de la politique américaine », estime Antoine Bondaz. Les Etats-Unis entretiennent « une relation historique non officielle » depuis 1979 et le Taïwan Relations Act (Loi sur les relations avec Taïwan) promulgué par le Congrès. Washington fournit continuellement du matériel militaire pour que l’île dispose des ressources nécessaires en cas d’invasion, un moyen de dissuader Pékin d’envahir l’île. En octobre 2021, la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen avait confirmé, au cours d’une interview à CNN, la présence de soldats américains comme instructeurs auprès de l’armée taïwanaise, une première depuis le retrait des garnisons américaines en 1979. « Dans les années 80, les Etats-Unis ont renforcé cette coopération informelle avec les « six garanties » réaffirmées depuis », explique Antoine Bondaz. Cette nouvelle déclaration s’inscrit dans la continuité de la politique américaine, « une déclaration explicite qui vise à dissuader Pékin d’intervenir à modifier le statu quo dans le détroit et de rassurer les autorités taïwanaises en cas d’agression. »

Ce n’est pas la première fois que Joe Biden affiche un soutien clair en faveur de Taïwan. Lors d’une interview avec la chaîne ABC en août 2021, le président américain avait affirmé que son pays avait un « engagement sacré » de défendre ses alliés en cas d’une agression militaire, citant les exemples du Japon, la Corée du Sud et Taïwan. Il existe même une forme de continuité avec l’administration Trump, le magnat de l’immobilier new-yorkais avait multiplié au cours de son mandat les ventes d’armes et avait levé toutes les restrictions de contact qui pesaient sur les relations entre les diplomates du Département d’Etat et les autorités taïwanaises. « Le rapport de force entre la Chine et les Etats-Unis évolue et pas forcément en faveur de Washington qui ne dispose plus de la primauté militaire dans la région. » Face à la montée en puissance de Pékin, « Washington renforce ses alliances bilatérales notamment avec la Corée du Sud et le Japon. »

Les Etats-Unis renforcent leur présence dans la région Indopacifique, notamment par les liens économiques et politiques. Joe Biden a lancé à Tokyo ce lundi 23 mai le Cadre économique pour l’Indo-Pacifique (IPEF), une organisation réunissant 13 pays de la région. Une initiative qui va au-delà du libre-échange et vise à améliorer la coopération entre Etats sur l’économie numérique, les énergies vertes ou la lutte contre la corruption.

Une guerre inévitable ?

Est-ce que la Chine dispose des capacités militaires suffisantes pour se lancer dans la conquête de Taïwan ? « Aujourd’hui, la Chine ne dispose pas de l’ensemble des capacités notamment amphibies pour envahir l’île. » Depuis le début du millénaire, Pékin a effectué des efforts considérables pour augmenter son budget consacré à la défense et aux forces armées. « En l’espace de vingt ans, les dépenses militaires de Pékin ont été multipliées entre 6 et 7 tandis que les dépenses de Taïpei stagnaient », souligne le chercheur de la FRS.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Emergency closed-door meeting political party leaders organised by Macron
3min

Politique

Présidentielle 2027 : les Écologistes reportent l'heure du choix à décembre, Marine Tondelier toujours en lice

Réunis en conseil fédéral, les Écologistes ont adopté, selon le résultat communiqué lundi 21 septembre, à 69,44 %, une motion actant un vote des adhérents en décembre sur leur stratégie présidentielle. D’ici là, Marine Tondelier reste la candidate du parti, tandis que la direction ouvre des négociations avec les autres forces de gauche.

Le

Blois: Olivier Faure closes the Socialist Party s Summer University
7min

Politique

Glucksmann qualifié de « stagiaire » par Ségolène Royal : la primaire est-elle une machine à perdre ?

La campagne de la primaire PS/Place Publique a à peine commencé, et déjà le piège de la division apparaît. Ségolène Royal a usé d’un qualificatif peu amène à l’encontre du favori, Raphaël Glucksmann. Elle a été rappelée à l’ordre par la commission d’organisation de la primaire. C’est toute la dualité de ce processus de sélection « censé lancer une dynamique » d’un camp tout en « maximisant les divisions », note Pierre-Nicolas Baudot, politiste, spécialiste de la gauche.

Le

Biden promet de défendre Taïwan, « une déclaration qui n’a rien de surprenant » selon Antoine Bondaz
9min

Politique

« Faire la transition vers une IA durable constitue un impératif environnemental, mais peut aussi devenir un facteur de compétitivité pour la France », selon un rapport du Sénat

Consacré à l’empreinte environnementale de l’IA et dans la continuité des travaux de 2020 de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, le Sénat publie ce lundi 21 septembre les conclusions de son rapport présenté par les rapporteurs Guillaume Chevrollier (LR), Damien Michallet (LR) et Simon Uzenat (PS).

Le