Bilan a minima pour le plan national sur la biodiversité
Un an après la présentation en grande pompe par le gouvernement d'un plan pour préserver la biodiversité, un bilan a minima a été...

Bilan a minima pour le plan national sur la biodiversité

Un an après la présentation en grande pompe par le gouvernement d'un plan pour préserver la biodiversité, un bilan a minima a été...
Public Sénat

Par Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS, Laure FILLON

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Un an après la présentation en grande pompe par le gouvernement d'un plan pour préserver la biodiversité, un bilan a minima a été présenté mardi, des ONG jugeant les avancées insuffisantes.

Le 4 juillet 2018, Edouard Philippe et Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique, présentaient 90 actions pour s'attaquer à la disparition accélérée des espèces et des espaces naturels à cause des activités humaines. "Nous sommes bien décidés à prendre cet enjeu à bras le corps", promettait alors le Premier ministre.

Les mesures présentées balayaient un vaste champ: lutter contre l'étalement urbain avec un objectif de zéro artificialisation nette des sols (sans échéance fixée), éviter tout rejet de plastique en mer d'ici 2025, chercher des alternatives aux pesticides, rémunérer les agriculteurs pour qu'ils restaurent des zones de refuge pour la nature, végétaliser les villes, inciter les entreprises à réduire leur impact sur la biodiversité, développer des aires protégées, mieux protéger les espèces menacées, sensibiliser les citoyens aux enjeux de protection de la nature et la défendre à l'échelle internationale...

Entretemps, le groupe d'experts de l'ONU sur la biodiversité (IPBES) a dressé un tableau glaçant du déclin des espèces et de la biodiversité à travers la planète, qui menace la survie de l'humanité même. Dans la foulée, le président Emmanuel Macron annonçait une série d'actions en faveur de la biodiversité.

Mais quel bilan un an après la présentation du plan biodiversité? 90% des mesures ont été engagées, selon le ministère. Ce plan, pensé pour la période 2018-2021, préfigure la nouvelle stratégie nationale pour la biodiversité pour la prochaine décennie.

Le ministère rappelle les annonces présidentielles de porter la part des aires marines et terrestres protégées à 30% du territoire d'ici 2022 (contre 20% actuellement), dont un tiers "protégées en pleine naturalité", ou encore de lutter contre le gaspillage alimentaire au niveau "des écoles, des restaurateurs et des distributeurs". En France, près d'un tiers de la nourriture est gaspillée.

Emmanuel Macron avait aussi répété l'objectif de sortir du glyphosate en 2021 et de réduire les produits phytosanitaires de 50% en France d'ici 2025, un objectif resté voeu pieux par le passé.

- "Changement de société" -

La création en 2020 de l'Office français de la biodiversité (OFB) s'inscrit aussi dans cette démarche, fait valoir le ministère.

"C'est déjà une bonne chose qu'on ait un plan au niveau national", juge Bernard Cressens, président de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) France. "On va dans le bon sens mais on ne va pas assez vite", ajoute-t-il, prônant "un changement de société".

Quatorze ONG de défense de l'environnement ont une toute autre lecture que le ministère. Elles ont évalué 80 des mesures: moins de 20% sont jugées abouties et bénéficient d'un "smiley" vert pour satisfaisant, 55% d'un orange "pas satisfaisant" et un peu plus de 25% d'un rouge "inacceptable"...

"Notre groupe (...) n'a pas été sollicité pour travailler avec le ministère sur ce plan biodiversité comme il conviendrait", a regretté Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Les sources d'insatisfaction sont diverses. Pour la LPO, les modalités de la nouvelle gestion des espèces chassables ne va pas dans le bon sens. "La France a le chic pour inverser les concepts : la gestion adaptative devient +comment on peut faire quand une espèce va mal pour continuer à prélever+", a ironisé Allain Bougrain-Dubourg. En France, des espèces vulnérables peuvent être chassées, comme la tourterelle des bois.

"Il y a une vingtaine d'évolutions du droit de l'environnement qui fragilisent le droit lui-même", a dénoncé pour sa part Jean-David Abel, de France nature environnement (FNE). S'il salue les promesses du gouvernement d'agrandir les aires protégées, il regrette "des intentions mais pas de moyens".

Concernant la lutte contre le plastique, si les objectifs sont très ambitieux, "on n'y est pas du tout", pour Diane Beaumenay de Surfrider.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le