Bilatéralisme, Russie, Union européenne… Marine Le Pen détaille sa politique internationale
Marine Le Pen a présenté mercredi les grands axes de la politique internationale qu’elle souhaite mettre en œuvre si elle accède à l’Elysée. Elle a été longuement interrogée sur la place accordée à la Russie dans son projet diplomatique.

Bilatéralisme, Russie, Union européenne… Marine Le Pen détaille sa politique internationale

Marine Le Pen a présenté mercredi les grands axes de la politique internationale qu’elle souhaite mettre en œuvre si elle accède à l’Elysée. Elle a été longuement interrogée sur la place accordée à la Russie dans son projet diplomatique.
Romain David

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Marine Le Pen soigne sa stature internationale. Au troisième jour de la campagne de l’entre-deux-tours, la présidente du Rassemblement national a tenu en milieu d’après-midi une conférence fleuve sur sa vision de la politique internationale. Un sujet délicat pour la députée du Pas-de-Calais, qui a dû éviter deux chausse-trappes : les questions sur les revirements de sa ligne politique concernant l’Union européenne, et celles sur les sympathies longtemps affichées pour la Russie, et vivement pointées du doigt depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Marine Le Pen a ouvert sa conférence par un long préambule sur la place « singulière » de la France au sein du « concert des nations » - « expression qu’[elle] préfère à celle de communauté internationale » - citant notamment Jean-Paul II, Charles de Gaulle, Romain Gary ou encore Dominique de Villepin. « Je restaurerai la diplomatie secrète, c’est la seule qui est efficace. À la diplomatie bavarde et ouverte d’Emmanuel Macron, je substituerai la diplomatie du silence et de l’action confidentielle, ce qui nécessitera une réforme des méthodes, des ressources et des leviers de la diplomatie française, top brouillonne, trop peu informée et si peu discrète », a-t-elle taclé.

Levant, Maghreb, Europe… Le monde selon Marine Le Pen

Au multilatéralisme, Marine Le Pen préfère une vision « bilatérale » des relations internationales. Elle a détaillé une longue liste de pays avec lesquels elle souhaiterait que la France approfondisse, ou redéfinisse, ses relations.

« Le Liban est cher à mon cœur et constituera l’une de mes priorités », a expliqué la candidate. Elle souhaite également « enrichir » les liens avec les pays du Maghreb. Elle a longuement évoqué les relations conflictuelles qu’entretiennent depuis plusieurs décennies Alger et Paris, privilégiant une approche autour de la question migratoire - l’un de ses thèmes de prédilection. « Mon souhait est de conditionner tout nouvel octroi de visa, toute autorisation de transfert de fonds, toute acquisition de propriété en France par un dignitaire à plusieurs éléments, incluant une mise en œuvre effective de la réadmission par les autorités algériennes consulaires en France », a-t-elle expliqué. « Je pense qu’il vaut mieux s’attaquer à ces irritants d’emblée, ce qu’aucun de mes prédécesseurs n’a eu le courage de faire », a-t-elle ajouté.

Sur le sol européen, elle explique vouloir réinvestir le dialogue avec les pays baltes, les pays de l’est et le groupe de Visegrád, ces Etats (Hongrie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie) réputés pour leur position très eurocritique. Sévère vis-à-vis de l’Allemagne, dont elle a voulu dénoncer « les intérêts divergents des nôtres », parce que Berlin « considère l’Otan comme le pilier naturel de sa sécurité », Marine Le Pen a rappelé sa volonté de mettre fin aux coopérations industrielles avec en matière d’armement. « L’Allemagne s’affirme comme le négatif absolu de l’identité stratégique française, fondée sur l’indépendance, la dissuasion et une armée de rang mondial », a-t-elle martelé.

L’encombrant dossier russe

La Russie n’a été citée que trois fois au cours de sa prise de parole. « Dès que la guerre russo-ukrainienne sera achevée et aura été réglée par un traité de paix, je me prononcerai en faveur de la mise en œuvre d’un rapprochement stratégique entre l’OTAN et la Russie, comme cela avait naguère été envisagé », déclare Marine Le Pen. Il a fallu les relances des journalistes, à la fin de sa conférence de presse, pour qu’elle approfondisse ce point. « Jusqu’au déclenchement de la guerre en Ukraine, je pensais qu’il était de l’intérêt de la France de réarrimer la Russie à l’Europe, pour l’empêcher de constituer une alliance si soudée avec la Chine, sur le plan économique, énergétique, et peut-être militaire. Tout ceci n’est pas bon pour la France et l’Union européenne », justifie Marine Le Pen.

Interrogée sur sa rencontre avec Vladimir Poutine en 2017, la candidate tente de nuancer. « Concernant la Russie, le procès qui m’est fait est particulièrement injuste. La réalité, c’est que j’ai toujours défendu, dans les positions que j’ai prises, l’intérêt de la France et exclusivement l’intérêt de la France », explique-t-elle. « Je pense aussi que dans ce dossier, il y avait des similitudes entre ma position et elle d’Emmanuel Macron », pointe encore la fille de Jean-Marie Le Pen, qui rappelle que le maître du Kremlin a été reçu par le chef de l’Etat à Versailles et à Brégançon. Sa prise de parole a été brièvement interrompue par une militante d’un collectif de gauche, brandissant une photographie de la présidente du RN et du président russe, avant d’être brutalement sortie par le service de sécurité.

Également questionnée sur le prêt russe de neuf millions d’euros auquel le RN a eu recours en 2014, elle a indiqué que le parti était toujours en train de le rembourser, suivant un « rééchelonnement » obtenu en 2020 auprès de ses créanciers. « Je suis totalement indépendante de tout lien, de toute puissance, de tout cabinet de toute nationalité. J’ai effectué un prêt à une banque tchéco-russe car je n’ai jamais réussi à en obtenir en France, ni en Europe », a-t-elle précisé.

Sortir du commandement intégré de l’Otan, rester dans l’accord de Paris

Marine Le Pen veut faire sortir la France du commandement intégré de l’Otan. « Je voudrais dissiper tout malentendu ; je souhaite simplement renouer avec la politique qui fut la nôtre de 1966 à 2009, qui n’impliqua nullement une soumission à Moscou, un éloignement de nos engagements au titre de l’article 5. Jamais, entre 1966 et 2009, la loyauté de la France à l’égard de l’OTAN n’a été mise en défaut », a-t-elle précisé.

À rebours, la candidate a voulu redire attachement à l’accord de Paris sur le climat, tout en indiquant que la lutte contre le réchauffement ne faisait pas partie de ses priorités en matière de politique internationale. « La question environnementale, internationale par nature, ne constituera pas l’alpha et l’oméga de ma politique étrangère et je pense que les coopérations dans ce domaine peuvent être bilatérales ou transfrontalières. »

Elle semble vouloir privilégier une forme de pragmatisme de circonstance sur ces sujets – « efficacité et souplesse », a-t-elle déclaré. « Un travers, asphyxiant pour l’outil diplomatique français, est de le concentrer sur de prétendus grands enjeux globaux, définis par telle ou telle agence de l’ONU ou par exemple par le GIEC », estime Marine Le Pen. Pour mémoire, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, publié début avril, prône une transformation rapide de nos économies pour parvenir à enclencher d’ici 2025 un processus de réduction des gaz à effet de serre, et ainsi parvenir à limiter le réchauffement climatique dans la limite des 2 degrés.

Un grand écart sur l’Europe

Depuis avril 2019, le Rassemblement national a officiellement renoncé au Frexit, c’est-à-dire à une sortie de l’Union européenne et de la zone euro. Marine Le Pen défend désormais une alliance européenne des nations « libres et souveraines ». Elle souhaite affirmer la suprématie des lois françaises sur le droit européen, pour pouvoir empêcher les textes jugés contraires à la Constitution française d’entrer en application. Ce mercredi, la candidate a tenté, tant bien que mal, de déconstruire l’opposition entre anti et pro-Européens qui s’est mise en place durant la précédente élection présidentielle, et qui renvoie à l’opposition entre progressistes et populistes théorisée tout au long du quinquennat par la majorité présidentielle.

« Personne n’est contre l’Europe, nous sommes tous des défenseurs de l’Europe », assure Marine Le Pen, qui accuse Emmanuel Macron de vouloir créer « de l’ambiguïté dans cette élection ». « Le projet que je porte est un projet qui va réconcilier le peuple français avec une organisation européenne respectueuse des nations libres et souveraines », défend-elle. « Ce sont deux visions différentes, mais il ne s’agit pas d’une vision pro et d’une vision anti-Europe. Parce que l’Europe, nous y sommes. Nous sommes Européens et personne ne conteste qu’il faille une organisation entre les nations », soutient-elle. Des propos qui illustrent la stratégie politique déployée par la fille de Jean-Marie Le Pen au cours de cette campagne – à savoir : apparaître comme moins clivante sur certaines thématiques –, et qui feraient presque oublier qu’elle s’était présentée en 2016 comme la candidate du « non à l’Union européenne ».

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