Bioéthique et PMA: débats lancés à l’Assemblée, Buzyn vante une « chance »
Le marathon parlementaire sur le projet de loi bioéthique a démarré mardi à l'Assemblée, la ministre de la Santé vantant une "chance" pour la...

Bioéthique et PMA: débats lancés à l’Assemblée, Buzyn vante une « chance »

Le marathon parlementaire sur le projet de loi bioéthique a démarré mardi à l'Assemblée, la ministre de la Santé vantant une "chance" pour la...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le marathon parlementaire sur le projet de loi bioéthique a démarré mardi à l'Assemblée, la ministre de la Santé vantant une "chance" pour la société face à une droite majoritairement hostile à la mesure phare de la PMA pour toutes les femmes, mais assurant être disposée à un débat "constructif".

Cette première grande réforme sociétale du quinquennat d'Emmanuel Macron est "une chance et même un privilège pour notre société", a déclaré Agnès Buzyn au coup d'envoi des échanges sur ce texte sensible et très attendu.

Pour la ministre, qui porte ce texte avec Nicole Belloubet (Justice) et Frédérique Vidal (Recherche), il permet d'"adapter notre droit non pas à une société post-moderne (...) souvent fantasmée, mais à la société telle qu'elle est".

Les "familles monoparentales et homoparentales existent déjà" et il serait "hypocrite" de ne pas le voir, a-t-elle notamment souligné, repoussant cependant comme une "idée fausse" celle d'un "droit à l'enfant".

Outre la mesure phare maintes fois repoussée de l'extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, dès l'article 1er, le vaste projet de loi aborde nombre d'autres sujets hautement sensibles.

En 32 articles, il prévoit notamment une réforme de la filiation et de l'accès aux origines des enfants nés par don, et traite de l'autoconservation des ovocytes ou de la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

La liberté de vote est de mise pour les députés. Près de trois semaines de débats et plus de 2.500 amendements sont au menu avant un vote solennel le 15 octobre.

- GPA "inéluctable"? -

Gouvernement comme majorité ont prévenu qu'il fallait se garder de bouleverser les grandes lignes d'un texte issu d'un long processus et "très équilibré".

Des échantillons de sperme conservés dans des cuves d'azote liquide au Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme (CECOS) à l'hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon le 25 Mars 2010
Des échantillons de sperme conservés dans des cuves d'azote liquide au Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme (CECOS) à l'hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon le 25 Mars 2010
AFP/Archives

Et de se défendre de toute volonté d'en faire un "combat", six ans après les débats enflammés sur le mariage pour tous.

Promesse de campagne d'Emmanuel Macron, et avant lui de François Hollande, la PMA pour toutes, que le gouvernement espère voir adoptée "avant l'été", a le soutien de la gauche.

Mais jusque dans la majorité, certains sujets interrogent, de l'ouverture de la PMA aux femmes seules à la PMA post-mortem en passant par l'accès aux transgenres.

Hors du Palais Bourbon, pro ou anti-PMA fourbissent leurs armes à coup de tribunes et déclarations. Une manifestation de protestation est programmée le 6 octobre, à laquelle certains élus LR ou RN n'excluent pas de participer, aux côtés de La Manif pour Tous.

A l'Assemblée, une grande partie des députés LR sont vent debout contre une "PMA sans père". A l'instar de Thibault Bazin mardi, ils estiment que le texte ouvre une "voie inéluctable" vers la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), le gouvernement martelant qu'elle "demeure un interdit absolu en France".

Ne voulant pas "refaire le match" du mariage pour tous, ils n'ont pas défendu de motion de rejet. C'est l'élue apparentée RN Emmanuelle Ménard qui a plaidé d'emblée pour repousser un projet de loi "dangereux" et consacrant un "droit à l'enfant" selon elle.

Mais les élus LR se sont divisés sur le vote de cette motion entre pour, contre et abstention.

La majorité fait "le pari" de débats sereins et estime que ceux qui voudraient "enflammer l'hémicycle" seraient "à côté de la plaque". Ni "tabou", ni "posture politique", ont plaidé Jean-Louis Touraine et Coralie Dubost, co-rapporteurs LREM.

Près de 150 000 PMA en France
Tentatives de PMA, en 2016, par technique et par origine des gamètes, ainsi que nombre d'enfants nés de PMA, par origine des gamètes
AFP

Le patron des députés LR Christian Jacob a affirmé que l'état d'esprit dans ses rangs est que "le débat se passe correctement". Plus tôt, le président par intérim du parti Jean Leonetti avait déploré un débat "escamoté" et une volonté d'opposer "ringards" et "progressistes".

Un débat serein est le gage de décisions "les plus avisées" sur ces questions qui "viennent convoquer de manière profonde nos consciences", ont souligné les communistes, les socialistes évoquant "un chemin étroit et difficile" sur ce texte.

Plus de 600 amendements concernent le seul article 1er sur la PMA. Certains LR, RN, UDI, Libertés et territoires ou Agnès Thill (ex-LREM) veulent en rester à une PMA réservée aux couples hétérosexuels infertiles ou ne pas l'autoriser aux femmes seules.

L'examen des amendements sur cet article devrait démarrer mercredi et pourrait prendre plusieurs jours.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le