Des prises de parole déjà enflammées, des associations qui montent au front... L'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, première grande réforme sociétale du quinquennat Macron, domine le débat sur le projet de loi bioéthique, qui arrive mardi à l'Assemblée.
Promesse du candidat Macron maintes fois repoussée, la PMA va être autorisée aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, et non plus réservée aux couples hétérosexuels.
Cette mesure phare, dès l'article 1er du projet de loi, doit permettre d'"ouvrir les yeux sur ce qu'est la famille française contemporaine, une famille aux nombreux visages, qui s'épanouit sous des formes diverses", selon Agnès Buzyn.
La ministre de la Santé va porter pendant deux semaines et demie le vaste projet de loi avec Nicole Belloubet (Justice) et Frédérique Vidal (Recherche).
Le texte, qui doit être adopté définitivement avant l'été, prévoit également une délicate réforme de la filiation et de l'accès aux origines, en conséquence de l'ouverture de la PMA, et aborde nombre de sujets sensibles comme l'autoconservation des ovocytes ou la recherche sur les cellules souches embryonnaires.
Ex-belle fille de Simone Veil, qui avait fait voter il y a quarante-cinq ans la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans un climat extrêmement virulent, Mme Buzyn sait que la partie ne sera pas facile face à une droite vent debout.
Des échantillons de sperme conservés dans des cuves d'azote liquide au Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme (CECOS) à l'hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon le 25 Mars 2010
AFP/Archives
Le député européen LR François-Xavier Bellamy, catholique revendiqué, a porté la charge dans les médias contre cette ouverture de la PMA, qui sera "notre malédiction".
"Il est question de l'avenir de la condition humaine", a-t-il martelé lundi sur Radio classique, estimant qu'ainsi la médecine ne devrait plus "remédier à une pathologie" mais répondre au "désir".
L'eurodéputé ira manifester le 6 octobre, comme l'ont appelé à le faire une vingtaine d'associations, dont La Manif pour tous.
- "Tentations eugéniques" -
L'épiscopat catholique a d'abord affirmé qu'il était du "devoir" des citoyens de manifester, avant qu'un porte-parole ne tempère. Les associations LGBT craignent, elles, de revivre le climat de "violence" de 2013.
Les élus LR au Palais Bourbon n'ont cependant pas l'intention de "refaire le match" du mariage pour tous, qui les avait quelque peu enfermés dans des positions conservatrices.
Les Républicains sont les auteurs de plus de la moitié des quelque 2.500 amendements sur l'ensemble du projet de loi. Mais ils ne défendront mardi après-midi aucune motion de rejet préalable, laissant l'élue apparentée RN Emmanuelle Ménard monter au front.
Sur le seul article 1er, qui risque de ne pas être voté avant plusieurs jours, près de 600 amendements sont au menu. Certains LR, RN, UDI, Libertés et territoires ou Agnès Thill (ex-LREM) veulent en rester à une PMA réservée aux couples hétérosexuels infertiles, ou ne pas l'autoriser aux femmes seules.
Ils pourront s'appuyer sur l'Académie de médecine, qui vient de juger que "la conception délibérée d'un enfant privé de père" n'est "pas sans risques" pour son développement.
Ces oppositions pointent des "tentations eugéniques" au travers de la PMA sans infertilité, et un "effet domino" vers la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), face au gouvernement qui assure qu'elle "demeure un interdit absolu en France".
Selon Aurore Bergé, une des chefs de file LREM, les députés qui voudraient "enflammer l'hémicycle" seraient "à côté de la plaque".
Position des groupes politiques sur la question de la PMA étendue aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, qui sera débattue à partir de mardi à l'Assemblée nationale
AFP
"Une partie de la droite (...) devrait être heureuse de voir qu'il y a de plus en plus de personnes qui ont envie de créer des familles en France", a taclé cette ex-LR sur Cnews.
De son côté, la gauche, qui soutient la PMA pour toutes, a des amendements pour l'ouvrir aux hommes transgenres, de même que des LREM en pointe.
Autre débat dans le débat, celui sur la PMA post-mortem, que poussent certains "marcheurs" notamment, mais à laquelle le gouvernement est opposé.
Sur ces sujets éthiques complexes, Mme Buzyn relève que "les lignes de fracture se voient à travers les groupes".
Certains LR comme Maxime Minot ou Bérengère Poletti sont pro-PMA. Une douzaine de "marcheurs" emmenés par Marie Tamarelle-Verhaeghe veulent pour leur part supprimer l'accès à la PMA aux femmes seules, considérant que la conception d’un enfant "est liée à un projet commun entre deux personnes".
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