Bioéthique : le Sénat s’oppose à la création d’embryons chimériques
Lors de l’examen du projet de loi sur la bioéthique, le Sénat s’est opposé à la recherche sur des embryons chimériques et transgéniques en supprimant l’article 17 du texte.

Bioéthique : le Sénat s’oppose à la création d’embryons chimériques

Lors de l’examen du projet de loi sur la bioéthique, le Sénat s’est opposé à la recherche sur des embryons chimériques et transgéniques en supprimant l’article 17 du texte.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Nous ne sommes pas Dieu ». Par ce rappel, le sénateur LR Roger Karoutchi, a exprimé la position de l’ensemble de son groupe, qui, une fois n’est pas coutume, a soutenu un amendement du groupe CRCE visant à supprimer l’article 17 du projet de loi bioéthique. Le texte adopté par l’Assemblée nationale offre la possibilité d’effectuer des recherches nécessitant l’introduction de cellules-souches embryonnaires humaines (CSEh) dans un embryon animal. C’est-à-dire de mélanger deux espèces avec des cellules d’origines différentes. Ce qu’on appelle des embryons chimériques.

En commission, les sénateurs avaient posé des garde-fous et n’avaient autorisé que l’implantation de cellules-souches, dites pluripotentes induites (IPS) dans des embryons animaux. Des cellules qui peuvent former n’importe quelle partie d’un organe.

Une tribune publiée dans le journal Le Monde, co-signé notamment par l’ancien eurodéputé, José Bové, alertait contre la technique d’édition du génome Crispr-Cas9. Une technique permettant la création d’un embryon transgénique.

« Elle permet de mettre en œuvre, au niveau de la cellule, des ciseaux génétiques à base de protéines qui font automatiquement muter des séquences d’ADN (…) Nous connaissons bien cette technique. Monsanto en possède une licence d’utilisation pour créer des semences génétiquement modifiées. Fin 2018, en Chine, elle a permis la naissance de bébés OGM, censés être immunisés contre le virus du sida, hors de tout cadre légal. Avec la levée de l’interdit chimérique et transgénique, Crispr-Cas9 passerait officiellement de la semence agricole à l’humain. La nouvelle loi pourrait donc ouvrir la voie à l’industrialisation de la modification génétique des embryons humains à une vitesse encore jamais atteinte ». Cette tribune a été citée par plusieurs sénateurs lors des débats, notamment par le sénateur LR, Bruno Retailleau et par Guillaume Gontard, sénateur écologiste.

« Il s’agit d’expérimenter la régénération d’organes ciblés »

Embryon chimérique et transgénique: la position d'Olivier Henno, rapporteurt du projet de loi Bioéthique
03:19

« L’utilisation de cette technique conduira-t-elle à des bébés génétiquement modifiés ? La réponse est non » a assuré le rapporteur centriste du texte, Olivier Henno dans l’hémicycle car « le transfert de l’embryon à des fins de gestation est interdit » a-t-il rappelé. En ce qui concerne les embryons chimériques, le sénateur a rappelé que des scientifiques ont déjà transféré des embryons IPS humains dans des lapins et des singes avant de détruire les embryons au bout de 3 jours. « Il ne s’agit pas de verser dans la science-fiction mais de s’intéresser à la raison pour laquelle les chercheurs souhaitent s’engager dans des expérimentations de ce type (…) Ils font cette recherche pour améliorer la santé humaine (…) Il s’agit d’expérimenter la régénération d’organes ciblés (…) Si on n’est pas en capacité de mener ce type de recherches (…) Qu’est ce qui va se passer ? Les gens les plus aisés iront se soigner aux États-Unis » a-t-il mis en garde.

« Bien sûr que le monde de Narnia n’est pas pour nous »

« Bien sûr qu’il n’est pas question de créer des centaures. Bien sûr qu’on ne va pas rejouer la planète des singes. Bien sûr que le monde de Narnia n’est pas pour nous. Mais quand même, est-ce que le Parlement de la République ne peut pas dire aux chercheurs : faites ce que vous pouvez pour le bien commun mais ne mettez pas l’humanité en danger (…) Qui nous dit que dans 5 ans, dans 10 ans, dans 20 ans… Certains chercheurs n’outrepasseront pas tout ce qu’on n’a dit en se disant que la loi nous le leur permet ? » lui a répondu le sénateur LR, Roger Karoutchi avant de rappeler que le Parlement « était là pour préserver et protéger ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le