Black Blocs : Patrick Kanner opposé à une nouvelle loi “anti-casseurs”

Le gouvernement doit se pencher sur une nouvelle loi “anti-casseurs” en réponse aux violences commises à l’encontre des forces de l’ordre en marge des manifestations. Une idée battue en brèche par le chef de file de la gauche au Sénat Patrick Kanner. En 2019, une proposition de loi similaire initiée par Bruno Retailleau avait été partiellement censurée par le conseil constitutionnel.
Lauriane Nembrot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

La justice française doit-elle se doter d’une nouvelle loi anti-casseurs ? « Non », tranche mercredi 3 mai le sénateur socialiste du Nord Patrick Kanner. C’est pourtant la position adoptée par plusieurs membres du gouvernement. À commencer par Éric Dupond-Moretti. Le ministre de la Justice a indiqué mercredi 5 mai réfléchir à une loi « anti-casseurs », jugeant que la loi telle qu’elle existe ne permet pas de condamner assez sévèrement les violences commises pendant les manifestations.

Même son de cloche pour son homologue à l’Intérieur Gérald Darmanin. Il s’est dit favorable à une loi anti-casseurs qui interdirait à des manifestants condamnés pour violences de participer à des rassemblements. « On interdit à des hooligans de venir dans des stades, on doit interdire à des casseurs de venir en manifestation », a relevé Gérald Darmanin mardi 2 mai sur BFMTV et RMC.

Forts de cette entente, les deux ministres devraient travailler ensemble sur un projet de loi comme l’a indiqué le porte-parole du gouvernement Olivier Véran à l’issue du conseil des ministres du mercredi 3 mai.

Interroger le maintien de l’ordre

Une idée balayée d’un revers de main par Patrick Kanner. Le président du groupe PS au Sénat assure qu’une nouvelle loi n’est pas nécessaire. Interpellé sur cette question mercredi 3 mai à l’issue de la séance traditionnelle des questions d’actualité au gouvernement, le sénateur socialiste a assuré que la réponse pénale déjà existante en France était suffisante.

Il faut interroger la doctrine du maintien de l’ordre.

« Ces violences sont inacceptables, je le dis et je le redis. Je souhaite que le gouvernement prenne toutes les dispositions mais dans le cadre de la loi actuelle pour empêcher ce qui constitue une violence », a fait savoir Patrick Kanner. Selon lui, « il faut interroger la doctrine du maintien de l’ordre ». « Dans ce cadre-là, je pense que notre pays dispose des moyens d’investigation qui permettraient de prévenir ces mouvements ».

Le précédent de 2019

Une proposition de loi visant à prévenir et à sanctionner les violences pendant les manifestations avait été initiée par le sénateur de droite Bruno Retailleau dès 2018. Le texte proposait notamment d’interdire à certaines personnes de manifester ou de participer à un rassemblement sur la voie publique pendant un mois. À l’époque, elle avait été partiellement censurée par le conseil constitutionnel avant d’être promulguée le 11 avril 2019.

Mardi 2 mai, le leader du groupe Les Républicains au Sénat était invité de la matinale de LCI. Il a vivement encouragé le gouvernement à « retrouver les moyens de frapper ceux qui veulent frapper la République, les policiers. À partir du moment où des individus ont déjà été condamnés pour des voies de fait, pour vraiment des choses graves, ils n’ont pas à se retrouver dans des manifestations. Et on doit les assigner d’ailleurs à résidence, on doit les interdire en tout cas de manifester pour les plus dangereux d’entre eux » a martelé le sénateur.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
5min

Politique

Encadrement du temps de parole sur les réseaux sociaux : « Une très mauvaise réponse à une très bonne question » 

A travers une proposition de loi, le député Renaissance Paul Midy souhaite encadrer le temps de parole sur les réseaux sociaux durant les périodes électorales et leur appliquer des règles similaires à celles que respectent les médias audiovisuels. Le texte suscite un certain scepticisme, tant sur le plan juridique que sur le plan technique.

Le

Philippe
7min

Politique

Présidentielle : Edouard Philippe met en place son organigramme pour « élargir au maximum le socle » et dépasser Horizons

Le candidat à la présidentielle réunit les cadres d’Horizons, ce dimanche, à Reims, pour montrer qu’il est prêt, avec la mise en « place d’une architecture de campagne ». Mais il s’agit aussi de « passer à une autre phase » et « ne plus être simplement le candidat Horizons et le président d’Horizons », décrypte un proche, pour mieux s’adresser à l’ensemble des Français, dans la perspective de 2027, mais aussi accueillir de futurs soutiens…

Le

Controles au Poste Frontiere Franco-Italien de Menton
6min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : les sénateurs alertent le gouvernement sur le « défi logistique et financier » de sa transposition dans le droit français

A quelques jours de l’examen, au Sénat, du projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration, la commission des affaires européennes a remis plusieurs recommandations, ce jeudi 7 mai. L’occasion pour les élus de rappeler à l’exécutif son insatisfaction sur la méthode employée.

Le