Chateauneuf sur Isere: Jean-Luc Melenchon at the 3rd day of the Amfis summer university LFI
Credit : Alain ROBERT/SIPA

Bon sondage pour Jean-Luc Mélenchon : « Ça doit être un sérieux clignotant orange pour la gauche sociale et écologiste »

Selon notre sondage Odoxa/Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale, Jean-Luc Mélenchon prend 4 points et se retrouve au coude à coude avec Edouard Philippe. Du pain béni pour LFI. Mais quand les candidatures se préciseront, « il y aura un rééquilibrage », se rassure le socialiste Patrick Kanner. Mais ce sondage doit « servir de rappel » face à l’« incurie de la gauche sociale-démocrate », alerte le sénateur Place Publique, Bernard Jomier.
François Vignal

Temps de lecture :

9 min

Publié le

Mis à jour le

Un sondage, à un an de l’élection présidentielle, est bien sûr à prendre avec des pincettes. Reste que notre étude Odoxa/Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale n’est pas passé inaperçu, ce mardi. Edouard Philippe, crédité de 17 % d’intentions de vote, baisse de 4 points, quand Jean-Luc Mélenchon, en gagne inversement 4, et talonne désormais l’ancien premier ministre, avec 16 %. Jordan Bardella, caracole toujours en tête, avec 32 % (mais en baisse de 2 points). De l’autre côté, Raphaël Glucksmann est plutôt stable mais loin derrière, avec un score de 11 % (+ 1), et 4 % d’intentions de vote pour l’écologiste Marine Tondelier (-1). Au second tour, le maire du Havre est donné perdant (52/48).

Le candidat LFI se retrouve ainsi aux portes du second tour. En tenant compte de la marge d’erreur, il peut même tout à fait se retrouver qualifié, selon ce sondage, et passer devant le candidat Horizons. Un quasi-croisement des courbes qui doit faire fumer quelques esprits. Et ce n’est pas la canicule.

A gauche, les lieutenants du leader Insoumis, qui ne se privent pas de critiquer les sondages habituellement, se relaient sur X pour saluer le sondage du jour. « En 2022, Odoxa avait attendu le 7 avril pour sonder Jean-Luc Mélenchon à 16 %. Celui-ci avait finalement réalisé 22 % des voix (6 points de +) 3 jours plus tard », rappelle Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, selon qui « une puissante dynamique est engagée ». « A la même période en 2022, ce même institut lui donnait 8 % d’intention de vote », ajoute Eric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l’Assemblée. « IL SE PASSE QUELQUE CHOSE ! » s’enthousiasme en capital la députée LFI Clémence Guetté, qui ajoute que « la gauche a son candidat. Le peuple a son candidat. Nous pouvons battre l’extrême droite et la Macronie pour que le pays respire enfin ». « Nous pouvons gagner l’élection présidentielle », conclut le député Paul Vannier, chargé des élections chez LFI.

« Il faudra que les choses s’accélèrent »

Chez les partisans d’une candidature sociale-démocrate et écologiste en revanche, on aurait pu espérer meilleur mardi matin. Mais tous minimisent la lecture d’une enquête d’opinion à placer avant tout dans son contexte : celui d’une gauche encore éparpillée. « Je ne suis pas étonné par les résultats de ce sondage, car Jean-Luc Mélenchon est officiellement candidat », réagit Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, opposé de longue date à tout rapprochement avec LFI. Et alors que Raphaël Glucksmann « n’est pas encore officiellement candidat » – il fait le 20 heures de TF1 ce mardi, avant de sortir un livre et un grand meeting à Aubervilliers, le 13 juin – pas plus que « tous les autres », la nature a horreur du vide.

« Dans ce monde incertain, il y a une tendance naturelle chez l’électeur à aller vers les choses un peu certaines », tempère l’ancien ministre de François Hollande, qui ajoute : « Quand il y aura des candidats assumés, assurés, et notamment soutenus par le PS, je pense qu’il y aura un rééquilibrage ».

« Je ne suis pas inquiet », insiste Patrick Kanner, « mais » il reconnaît que « les mois passent, nous sommes à un an exactement de l’installation du président en 2027, donc il faudra que les choses s’accélèrent ». Regardez (images de Basile Bayeux) :

« Jean-Luc Mélenchon profite du bordel à gauche »

Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France, rappelle qu’« à un an de la présidentielle, les sondages n’ont rien à voir avec ce que sera le résultat de l’élection », d’autant que « les Français ne sont pas dans la présidentielle ». A un an ou plus du scrutin, les études sont en effet loin du compte en général, sauf en 2022 sur le duel Macron-Le Pen et en 2007 sur l’opposition Sarkozy-Royal, déjà bien installés en amont (voir notre article sur le sujet). Si pour l’heure, « les électeurs de gauche ne sont pas stabilisés, ils sont orphelins » d’un candidat, « ça montre qu’il faut entrer en campagne », ajoute encore le sénateur socialiste.

« Les sondages, ce n’est pas prédictifs, c’est une photographie à instant T, peut-être que dans deux semaines Glucksmann remontera, puis ce sera Villepin », rappelle et se rassure une autre socialiste, pour qui « ceux qui regardent les sondages tous les jours vont juste se faire du mal ». Mais s’il s’agit d’un état de l’opinion, quel est-il ? « Pour l’instant, c’est le bordel global, à gauche et à droite », lâche cette sénatrice PS, et « Jean-Luc Mélenchon profite du bordel à gauche ». La même ajoute qu’« il n’est pas étonnant qu’il prenne un peu. Il sait faire campagne », reconnaît cette sénatrice.

« Il n’y a aucune espèce de dynamique dans l’espace social-écologique, il n’y a que des gens qui se disputent sur des choses dont tout le monde se contrefout »

« Avec Jean-Luc Mélenchon, on a un candidat très organisé, qui sait faire et a lancé son train. Il bénéficie de cet effet-là », admet aussi le sénateur Place Publique, Bernard Jomier. Mais celui qui a mis les pieds dans le plat il y a un mois, estimant sur publicsenat.fr que le quasi candidat de son parti, Raphaël Glucksmann, « est devenu un candidat parmi d’autres », malgré « des qualités indéniables », pointant le « spectacle absolument nullissime » de la gauche », n’est aujourd’hui pas surpris des scores affichés par le leader insoumis.

« Si j’étais le seul à faire le constat de cette incurie de la gauche sociale-démocrate et écologiste, ce ne serait pas grave, mais je vois que beaucoup font le même constat », affirme Bernard Jomier. Et face à un Jean-Luc Mélenchon déclaré et organisé, « on a un espace social-écologique où rien n’émerge pour le moment. Les sondages traduisent ça. Il n’y a aucune espèce de dynamique dans l’espace social-écologique, il n’y a que des gens qui se disputent sur des choses dont tout le monde se contrefout », lance sans langue de bois le sénateur de Paris. « Les multiples appels, comme réunir des dîners, ne représentent aucun intérêt pour nos électeurs », tranche le sénateur, qui ajoute que « les sondages, c’est une photo qui raconte quelque chose. Et ça doit être un sérieux clignotant orange pour la gauche sociale et écologiste ».

Pour Bernard Jomier, ce sondage doit ainsi « servir de rappel et montre qu’il y a une attente. Mais si cette attente ne se traduit pas dans une candidature qui fasse sens et rassemble largement, la présidentielle n’apportera pas grand-chose de positif à la mouvance sociale-écologique ». « Mais Raphaël va prendre la parole, il y aura son livre, son meeting. On va bien voir s’il arrive à être audible, à capter, et au-delà de notre espace politique », espère le sénateur Place Publique de Paris.

« Si jamais la gauche doit se rassembler, il ne faut pas trop tarder »

Pour le sénateur Les Ecologistes Thomas Dossus aussi, « ça montre qu’à gauche, il n’y a qu’un seul candidat en campagne actuellement. Mais en tant que Lyonnais, un sondage à un an de l’élection… » lâche-t-il dans un sourire, en référence aux municipales où Jean-Michel Aulas devait prendre la ville aux écologistes, « mais ça doit sonner l’alarme pour la gauche », reconnaît-il aussi, « si jamais elle doit se rassembler, il ne faut pas trop tarder ». Le sénateur craint néanmoins le pire scénario, si rien ne change : « On est en train de reproduire ce qu’il s’est passé en 2022, avec la gauche qui disparait du deuxième tour. Si c’est ça que la gauche veut, on est sur une bonne pente ».

Et chacun voit midi à sa porte en définitive avec ce sondage. « Évidemment pour nous, la primaire est le meilleur débouché pour obtenir une sélection démocratique du candidat et accéder au deuxième tour », soutient Thomas Dossus, qui « espère qu’il y aura des discussions sur la façon dont la gauche dite démocratique et pro européenne doit se parler ». Et à l’inverse, miser sur les enquêtes d’opinion pour départager est voué à l’échec selon l’écologiste. « Ce sondage est justement la preuve que cette stratégie ne fonctionne pas. Car Mélenchon profite de cet atermoiement », soutient Thomas Dossus.

Reste que pour l’heure, sa candidate, Marine Tondelier, qui reste une défenseure ardue de la primaire, ne décolle pas. « C’est l’enjeu pour les semaines à venir. Il y a un espace politique dans cette présidentielle, l’enjeu, c’est aussi de le tenir », soutient Thomas Dossus, qui espère que « les valeurs de l’écologie politique », et leurs propositions, comme « un congé climatique, qui s’avère pertinent dans la semaine qu’on vit », vont finir par percer.

« On est loin de l’élection et les dés ne sont du tout jetés »

Donc en attendant, on se calme et on boit frais. « On est loin de l’élection et les dés ne sont du tout jetés », confirme de son côté Bernard Jomier. Et « si Jean-Luc Mélenchon n’a jamais été aussi haut, il n’a jamais aussi été aussi haut aussi en termes de rejet. Il n’est pas en position plus favorable qu’à la dernière présidentielle et avec davantage de rejet, il est très mal placé pour le deuxième tour. C’est un trompe-l’œil de penser qu’il est en meilleure situation. C’est un très mauvais candidat », soutient le sénateur Place Publique. Mais en attendant que le reste de la gauche sorte du brouillard, Jean-Luc Mélenchon peut dérouler tranquillement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Hearing of France’s Justice Minister Gerald Darmanin at National Assembly
9min

Politique

Moratoire, quotas, OQTF…  Pourquoi le plan de Gérald Darmanin pour « tarir l'immigration » se heurte à la Constitution et au droit européen

Dans une interview fleuve au Journal du Dimanche, le ministre de la Justice explique vouloir refonder la politique migratoire. Il reprend pour partie des mesures déjà défendues par la majorité sénatoriale de droite et du centre, mais dont la faisabilité et la constitutionnalité questionnent. De son côté, la gauche lui reproche d’entretenir à dessein « l’idée d’une submersion ».

Le

Encyclical by Pope Leo XIV
6min

Politique

Encyclique du pape Léon XIV : « Une mise en garde contre la culture de la performance et de l’optimisation permanente »

Dans l'encyclique « Magnifica Humanitas » (Humanité magnifique) publiée ce lundi, le pape Léon XIV a appelé, dans son premier texte majeur, à « désarmer » l'intelligence artificielle (IA) pour « l'empêcher de dominer l'humain ». Pour Éric Salobir, président de la Human Technology Foundation et expert dans les nouvelles technologies auprès du Saint-Siège, il s’agit d’un nouveau chapitre important de la doctrine sociale de l’Église. Entretien.

Le

Bon sondage pour Jean-Luc Mélenchon : « Ça doit être un sérieux clignotant orange pour la gauche sociale et écologiste »
3min

Politique

Présidentielle : « Il n’y aura qu’un seul candidat du bloc central et ça sera Édouard Philippe », veut croire Naïma Moutchou (Horizons)

Invitée de notre matinale, la ministre des Outre-mer est revenue sur le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale qui place son candidat, Édouard Philippe, au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon. Naïma Moutchou estime que le maire du Havre a une longueur d’avance sur ses concurrents et s’imposera comme candidat du bloc central.

Le