Boycott, grève, pénurie de médecins: l’été risque d’être chaud aux urgences
Déjà sous tension cet hiver, les urgences abordent l'été avec un manque persistant de médecins, qui conduit certains établissements à utiliser...

Boycott, grève, pénurie de médecins: l’été risque d’être chaud aux urgences

Déjà sous tension cet hiver, les urgences abordent l'été avec un manque persistant de médecins, qui conduit certains établissements à utiliser...
Public Sénat

Par Gabriel BOUROVITCH, avec les bureaux de Lille et Rennes

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Déjà sous tension cet hiver, les urgences abordent l'été avec un manque persistant de médecins, qui conduit certains établissements à utiliser la réserve sanitaire, alors que des jeunes praticiens menacent de faire la grève des gardes, et des intérimaires de boycotter les hôpitaux.

Huit titulaires pour 24 postes: à Bourges, les urgences sont dans "une situation très préoccupante", de l'aveu même de la directrice du centre hospitalier Jacques-Coeur, Agnès Cornillault.

Ces dernières semaines, l'hôpital de la préfecture du Cher a été contraint à plusieurs reprises de suspendre temporairement l'activité de son service mobile d'urgence et de réanimation (Smur), faute de médecins.

Les Smur voisins, dont ceux de Vierzon ou Nevers, "ont pris le relais", indique l'Agence régionale de santé, qui a tout de même demandé à l'établissement "d'identifier les périodes au cours des trois prochains mois qui posent problème" afin "d'anticiper l'activation de la réserve sanitaire".

Ce vivier de volontaires est d'ordinaire mobilisé "pour répondre à des situations sanitaires exceptionnelles", comme une épidémie ou une catastrophe naturelle, selon la doctrine édictée par le ministère de la Santé.

Depuis un an, la réserve a ainsi été sollicitée à 30 reprises, dont 15 dans les Antilles après l'ouragan Irma puis l'incendie du CHU de Pointe-à-Pitre, ainsi que 7 fois à Mayotte et 3 en Guyane.

- "trous dans le planning" -

En métropole, aucun hôpital n'y a eu officiellement recours récemment, mais celui de Troyes reconnaît que "plusieurs médecins engagés dans la réserve sanitaire" ont été contactés début mai, après la démission d'une poignée de jeunes praticiens excédés par leurs conditions de travail.

"On est 23 là où on devrait être 35", déplore Valéry Flipon, médecin urgentiste à Troyes, qui redoute un été "absolument catastrophique" avec "des dizaines de trous dans le planning".

"Le maximum est fait pour assurer la continuité des soins", affirme la direction de l'hôpital, qui admet une situation "tendue", avec un manque de médecins dans certains services, notamment en pédiatrie, qui se répercute sur les urgences.

"C'est en train de craqueler un petit peu partout", constate François Braun, président de Samu-Urgences de France. "Les soucis commencent avant même la période estivale, on l'avait remarqué ces dernières années dans de petits services, maintenant ça en touche de plus gros".

Son association propose "que chaque établissement en danger prépare un plan de continuité d'activité" prévoyant toutes les solutions "y compris la participation des médecins des autres services".

Mais cette pratique déjà courante n'est pas du goût de tous. Le syndicat des chefs de cliniques et assistants (ISNCCA) a ainsi déposé mercredi un préavis de grève pour "alerter sur la situation des jeunes praticiens", qui sont "désignés d'office pour réaliser les gardes au sein des services d'urgences".

- "chantage" et inquiétude -

Les hôpitaux publics doivent aussi composer avec un appel au boycott du Syndicat national des médecins remplaçants en hôpitaux (SNMRH), créé en avril en opposition à un décret limitant la rémunération des praticiens intérimaires.

"Cette attitude est irresponsable", a réagi mardi la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, appelant les établissements à "ne céder à aucune forme de chantage".

L'accumulation des écueils pose toutefois la question de la capacité des urgences hospitalières à faire face à une crise majeure durant la période estivale.

"Nous nous organisons pour qu'il y ait le personnel là où il le faut au moment où il y a des tensions et notamment dans les zones touristiques", a assuré Mme Buzyn jeudi, à l'occasion du traditionnel déclenchement du plan canicule.

Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France, à l'UNESCO en 2017
Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France, à l'UNESCO en 2017
AFP/Archives

Un discours qui est loin de convaincre Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Lui n'a "pas l'impression que le gouvernement prenne la mesure de la crise".

"Je suis très inquiet de ce qui se passe, les hôpitaux ne se préparent pas", observe l'emblématique lanceur d'alerte de la canicule meurtrière de 2003, qui accuse le ministère de "planquer les chiffres sur les fermetures de lits" programmées cet été.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Fighting Fake News
3min

Politique

La chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova visée par un arrêté d’expulsion du territoire français

La chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT en France et accusée d'être la voix du Kremlin dans des médias français, s'est vu remettre mercredi un arrêté ministériel d'expulsion, a indiqué à l'AFP la place Beauvau, confirmant une information de Libération. Selon l’AFP, cette dernière va “immédiatement former un recours” contre cet arrêté d’expulsion.

Le

FRA – PARIS – CONSEIL CONSTITUTIONNEL
6min

Politique

Aide à mourir : les sénateurs socialistes présentent leurs observations au Conseil constitutionnel 

Après l’adoption de la loi sur la fin de vie par le Parlement et les multiples saisines du conseil constitutionnel, les sénateurs socialistes ont adressé leurs observations juridiques au Conseil constitutionnel. A travers leurs arguments, les sénateurs défendent le texte tel qu’il est sorti de la navette parlementaire et son respect des droits fondamentaux.

Le

Capture d’écran du documentaire « Michel Debré et La Réunion, dérives d’une ambition républicaine » d’Alice Cohen
4min

Politique

Les « docus de l’été » : L’histoire oubliée de l’île de La Réunion

C’est un chapitre méconnu de l’histoire de France : la politique menée par Michel Debré à La Réunion entre 1963 et 1988. Pendant vingt-cinq ans, l’ancien Premier ministre du général de Gaulle mettra tout en œuvre pour contenir les velléités autonomistes qui traversent l’île, notamment celles portées par les communistes réunionnais. Traumatisé par l’indépendance de l’Algérie, inquiet de la montée des mouvements anticoloniaux et frappé par la misère qui touche alors une grande partie de la population, il engage une politique volontariste de modernisation fondée sur de grands travaux, des investissements massifs mais aussi des mesures beaucoup plus contestées, comme le transfert de milliers de mineurs vers la métropole. Cette période complexe et controversée de l’histoire réunionnaise est au cœur du documentaire d’Alice Cohen, "Michel Debré et La Réunion", dérives d’une ambition républicaine à voir cet été sur Public Sénat.

Le