Ex-socialiste ralliée à En Marche, la députée du Pas-de-Calais Brigitte Bourguignon, qui a longtemps oeuvré auprès d'associations d'insertion, demande à la majorité de s'appuyer davantage sur sa "jambe" gauche, non sans irriter dans son camp.
Cette femme blonde discrète mais résolue, qui à 58 ans pilote la commission des Affaires sociales, récuse "toute volonté de fronder" et clame que son "seul objectif est de travailler à la réussite du quinquennat".
Ancienne candidate au "perchoir" face à François de Rugy et Sophie Errante, cette élue qui effectue son deuxième mandat demande en même temps à l'exécutif des "signes" plus à gauche depuis l'automne.
Alors que l'opposition de gauche attaquait sur le thème Emmanuel Macron "président des riches", Brigitte Bourguignon a lancé un "cercle de réflexion" autour du "progrès social" au sein du groupe majoritaire, composé d'une trentaine de députés, dont plusieurs anciens socialistes.
En décembre, cette élue, dont la circonscription est proche de Calais, a aussi appelé pour les migrants à travailler "en partenariat, et non en conflit avec le secteur associatif". Cette semaine, elle a plaidé pour le rétablissement de l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, rappelant au président de la République sa promesse de campagne.
Née à Boulogne-sur-Mer dans une famille ouvrière avec un père chaudronnier, Brigitte Bourguignon, "pas bardée de diplômes" selon sa formule, a d'abord travaillé au centre communal d'action sociale de la ville.
"Résiliente et battante", selon un proche, elle surmonte le décès brutal de son mari en 1995, alors qu'elle est jeune mère de trois enfants.
Elle crée dans le Boulonnais trois structures d'insertion sociale, dont "les paniers de la mer" en 2002, ensuite déclinées au niveau national: des personnes en voie d'insertion récupèrent le poisson invendu des criées pour le transformer et le livrer aux banques alimentaires.
- "Dingue de maladresse" -
Le travail social reste "son ADN", assure l'élue LREM, qui préside le Haut conseil donnant des avis au gouvernement sur le sujet.
A sa volonté d'incarner une "jambe" gauche dans la majorité, le président des députés LREM Richard Ferrand répond "marcher sur nos deux jambes, pas à cloche-pied".
La députée Brigitte Bourguignon le 15 mars 2016 à l'Assemblée nationale
AFP/Archives
L'initiative de cette ancienne est "folklorique", tacle un nouvel élu. "Dingue de maladresse", peste un jeune "marcheur", pour lequel "on peut peser dans la balance sans constituer un groupe et l'étaler dans la presse". Un ténor de la majorité épingle un récent "lâchage de ses petits camarades" de la jambe gauche lors d'un vote en commission. "Elle vient de l'aile droite du PS", raille un responsable.
Adhérente au Parti socialiste depuis 1989, elle était devenue en 2001 adjointe au maire de Boulogne-sur-Mer, Frédéric Cuvillier. En 2008, cette adepte de course à pied qui, à 16 ans, courait le 800 mètres à un niveau proche du national, avec un record à 2'21", était nommée secrétaire nationale du PS au sport.
Succédant en 2012 à Jack Lang dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais, elle est, au Palais Bourbon, "toujours loyale et extrêmement droite", salue un collègue. Brigitte Bourguignon affirme avoir "mal vécu" la législature précédente, "avec beaucoup de postures" et "une minorité de trente frondeurs l'emportant sur 250" députés PS.
Membre de la commission spéciale pour la loi Macron, elle apprécie alors chez le jeune ministre "la démarche de pragmatisme" et l'idée "de prendre le meilleur de la gauche et de la droite".
En mai 2017, elle se rattache à la dernière minute à En Marche et conserve sa circonscription face au FN. La députée assure "rester une personne de gauche affirmée, tout comme le Premier ministre est de droite".
Voyant chez les ex-socialistes devenus LREM comme Brigitte Bourguignon "des gens très malheureux, mal à l'aise" avec la ligne, le chef de file des députés PS Olivier Faure leur prédit des jours mauvais: "on ne peut attendre des lendemains qui chantent, il n'y a jamais de deuxième temps".
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