Bruxelles surveille en silence le feuilleton présidentiel français
Le Pen les effraie, Macron les fascine, Fillon les embarrasse. A Bruxelles, dirigeants, diplomates et fonctionnaires européens observent dans l...

Bruxelles surveille en silence le feuilleton présidentiel français

Le Pen les effraie, Macron les fascine, Fillon les embarrasse. A Bruxelles, dirigeants, diplomates et fonctionnaires européens observent dans l...
Public Sénat

Par Clément ZAMPA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Pen les effraie, Macron les fascine, Fillon les embarrasse. A Bruxelles, dirigeants, diplomates et fonctionnaires européens observent dans l'incertitude la campagne présidentielle française mais se gardent de toute ingérence.

Micro ouvert: silence radio. Dans le quartier européen de la capitale belge, là où se concentrent les institutions, personne ne se risque à "sauter dans un débat national", selon l'expression du porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas.

Pas question de donner du grain à moudre aux candidats eurosceptiques, majoritaires. Ni de causer du tort aux europhiles.

La Commission se donne seulement le droit, notamment via un site internet --Les Décodeurs de l'Europe-- d'"établir" sa vérité, quand "il y a des mythes" ou "des mensonges", explique M. Schinas.

Voilà pourtant des semaines que la campagne française, ses rebondissements, ses affaires, ses sondages, tiennent la bulle bruxelloise en haleine. "On n'arrête pas de m'en parler!", souffle un diplomate français.

"Au début, il y avait l'inquiétude d'un enchaînement Brexit, Trump, puis (la candidate d'extrême droite Marine) Le Pen élue en France", poursuit-il. "Mais les élections aux Pays-Bas", mi-mars, où l'extrême droite a finalement terminé en deuxième position, "ont calmé ça".

L'intérêt de ses collègues s'est depuis tourné vers le centriste Emmanuel Macron, le plus pro-européen des 11 candidats, dont l'élection "pourrait signifier un renouveau du moteur franco-allemand". "Ça les fascine pas mal", observe-t-il.

La commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, le 5 avril 2017 à Bruxelles
La commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, le 5 avril 2017 à Bruxelles
AFP

Le candidat d'En Marche! est le premier, et l'un des rares, à avoir fait le voyage jusqu'à Bruxelles, fin octobre, quelques jours avant l'annonce officielle de sa candidature.

Il s'était affiché aux côtés de la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, la Danoise qui réclame à Apple le remboursement de 13 milliards d'euros à l'Irlande.

Pas de rencontre, en revanche, avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Mais les deux hommes "se sont vus à Paris à deux reprises", précise une source européenne.

Seuls François Fillon (Les Républicains) mi-décembre, puis le socialiste Benoît Hamon en mars, ont partagé cet honneur. Comprendre: Macron, Fillon et Hamon sont des candidats "fréquentables" pour la Commission.

- "On fera avec" -

Les autres, y compris les députés européens Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, n'ont de toute façon pas fait de déplacement de campagne à Bruxelles.

"S'il y a quelqu'un qui est un risque vrai et identifié, c'est Le Pen", qui prône une sortie de la zone euro et de l'Union après référendum, témoigne une source au Conseil de l'UE, l'institution qui représente les 28 États membres. "Tout le monde a un peu peur de la révolution."

Principales différences entre les programmes des favoris des sondages
Principales différences entre les programmes des favoris des sondages
AFP

La candidate du Front national, parfois donnée en tête des intentions de vote au premier tour, est même parvenu à faire sortir la Commission de sa réserve.

D'abord par la voix de Jean-Claude Juncker lui-même, qui a promis de "porter des vêtements de deuil" si elle l'emportait, puis via le commissaire aux Affaires économiques, le Français Pierre Moscovici --"Voter Le Pen, c'est quitter l'euro, (...) une folie mortifère".

Critique envers l'Union européenne, le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, considéré à Bruxelles comme proche du parti Syriza au pouvoir en Grèce, n'engendre pas les mêmes craintes. "A partir du moment où le type est démocrate et pas complètement anti-européen, on fera avec", résume la source au Conseil de l'UE.

Reste le cas François Fillon. Son programme "est bien vu" au sein des institutions, résume Charles de Marcilly, de la Fondation Schuman, mais les affaires qui le touchent ont entraîné "des interrogations sur les moeurs politiques françaises".

Selon une source au Parti populaire européen (PPE), qui regroupe les partis de droite dans l'UE, certains parlementaires étrangers, mais aussi français, lui préfèrent Emmanuel Macron.

La rencontre du candidat d'En Marche! avec la chancelière allemande Angela Merkel et les déclarations de son puissant ministre des Finances, Wolfgang Schäuble -- "si j’étais français (...) je voterais probablement pour Macron"-- ont semé le trouble parmi ces eurodéputés.

Pour Charles de Marcilly, MM. Fillon et Macron gardent "plutôt les faveurs de Bruxelles", qui les juge capables de mener "les réformes" pour permettre à la France de respecter durablement les stricts critères budgétaires de l'UE.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le