Budget 2020 : faute d’accord avec l’Assemblée, le Sénat expédie le débat et rejette le texte
Les sénateurs ont rejeté le projet de loi de finances 2020 en nouvelle lecture par l’adoption d’une question préalable. Une manière de couper court aux débats, alors que députés et sénateurs s’opposent sur de nombreux sujets du texte.

Budget 2020 : faute d’accord avec l’Assemblée, le Sénat expédie le débat et rejette le texte

Les sénateurs ont rejeté le projet de loi de finances 2020 en nouvelle lecture par l’adoption d’une question préalable. Une manière de couper court aux débats, alors que députés et sénateurs s’opposent sur de nombreux sujets du texte.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après un marathon de près de trois semaines sur l’examen du budget 2020, le Sénat a expédié l’examen du projet de loi de finances 2020 pour sa nouvelle lecture après l’échec de la CMP (commission mixte paritaire). Constatant les nombreux points de désaccords, les sénateurs ont adopté une motion tendant à poser la question préalable, comme en 2018 et en 2017, ce qui revient à rejeter le texte. Il s’agit d’une arme de procédure qui permet de mettre fin à l’examen d’un texte avant d’en examiner chaque article. Une célérité qui arrange finalement tout le monde.

« Une nouvelle lecture complète ne serait pas de nature à faire évoluer les choses »

« Les sujets de désaccord restent nombreux, et même si le Sénat proposait une nouvelle lecture complète, je pense que les désaccords sont tels, que ça ne serait pas de nature à faire évoluer les choses » a expliqué le rapporteur LR du budget, Albéric de Montgolfier. Autrement dit, les sénateurs auraient pu rejouer le match avec le gouvernement, mais avec un résultat connu d’avance. Pas vraiment utile.

Les députés, qui ont terminé la nouvelle lecture au petit matin, ce mercredi, sont revenus sur les principales modifications du Sénat. Ils n’ont pas conservé la hausse du quotient familial, ni le report d’un an de la réforme de la fiscalité locale, sujet cher aux sénateurs. Les membres de la Haute assemblée avaient aussi voulu serrer la vis aux fonctionnaires, en instaurant trois jours de carence et par une hausse de leur temps de travail. Les députés n’ont pas suivi.

Désaccords sur la hausse du gazole pour les transporteurs et le Loto du patrimoine

Autre désaccord : sur la fiscalité énergétique. La majorité LREM de l’Assemblée a maintenu la hausse des taxes sur le gazole pour les transporteurs routiers de marchandises, que les sénateurs avaient supprimée. Ils sont aussi revenus sur des compensations décidées pour les compagnies aériennes.

Les sénateurs avaient supprimé les taxes que prélève l’Etat sur le Loto du patrimoine. Mais l’Assemblée est aussi revenue sur cette décision, au grand dam de Stéphane Bern.

« Le seul tort du Sénat, je le redis à chaque fois, c’est d’avoir raison trop tôt »

Les députés ont cependant conservé quelques apports de la Haute assemblée, notamment sur la domiciliation fiscale des dirigeants des grandes entreprises, la suppression de la taxe sur le spectacle perçue au profit de l’association pour le soutien du théâtre privé, sur le taux de TVA à 5,5% dans le secteur du logement social ou encore un amendement qui exonère les chaînes d’information de la taxe sur les services de télévision due par les éditeurs. Des gestes insuffisants pour le Sénat.

Albéric de Montgolfier espère que le temps donnera raison à la majorité sénatoriale. « Finalement, il faut juste attendre un tout petit peu » dit le sénateur d’Eure-et-Loir. Il pense à la hausse des taxes sur les carburants, que « le Sénat a proposé de ne pas augmenter. Le gouvernement a dit non. Il a dû faire volte-face et reprendre l’amendement du Sénat ». C’était l’an dernier, en pleine crise des gilets jaunes. Et Albéric de Montgolfier d’entonner son refrain favori : « Le seul tort du Sénat, je le redis à chaque fois, c’est d’avoir raison trop tôt. Nous sommes une assemblée qui a la patience et la sérénité pour elle ». En attendant, la Constitution donne à l’Assemblée le dernier mot.

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget 2020 : faute d’accord avec l’Assemblée, le Sénat expédie le débat et rejette le texte
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le