Budget 2022 : « L’objectif, c’est de renflouer les caisses », défend Bruno Le Maire

Budget 2022 : « L’objectif, c’est de renflouer les caisses », défend Bruno Le Maire

Le ministre de l’Economie et des Finances était auditionné par la commission des finances du Sénat, quelques heures après la présentation du budget 2022. L’occasion pour lui d’expliciter les grandes tendances du projet de loi de finances, avec la fin du « quoiqu’il en coûte ». Mais aussi de se justifier sur des mesures attendues, mais encore absentes du texte dévoilé.
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Emmanuel Macron, qui s’était fait élire en 2017 sur la promesse du « sérieux budgétaire » et celle de la maîtrise des dépenses publiques, va-t-il être contredit par la fin de son quinquennat, chamboulée par la pandémie de covid-19 ? Alors que la France n’en a pas terminé avec la menace sanitaire, l’élaboration du dernier budget est scrutée avec attention, à l’aune de la campagne présidentielle de 2022. Le texte a été présenté ce matin en Conseil des ministres.

Rituel incontournable de l’automne budgétaire, le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire et celui des Comptes publics, Olivier Dussopt, sont venus successivement devant les commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat, ce mercredi 22 septembre après-midi. Pour le premier, le projet de loi de finances pour 2022 doit être l’occasion d’éteindre les mécanismes d’urgence introduits pendant la crise, sous toutefois compromettre la reprise économique amorcée cette année (6 % prévus par le gouvernement), et qui devrait se poursuivre dans une moindre mesure en 2022 (4 % attendus), après le plongeon du PIB de 8 % enregistré en 2020.

« Ce projet de loi de finances va marquer la fin du quoiqu’il en coûte […] 2022 doit marquer le retour progressif à la normale », martèle Bruno Le Maire, qui souhaite désormais passer au « sur-mesure » pour les entreprises à accompagner. Le Fonds de solidarité s’arrêtera le 1er octobre, mais l’accompagnement perdurera pour les Outre-mer, où l’épidémie fait encore rage. Dans une défense aux critiques sur le dérapage budgétaire, Bruno Le Maire a estimé que l’ouverture des vannes budgétaires au printemps 2020 a été la bonne solution. « Nous avons dépensé l’argent des Français à bon escient. Protéger est moins que réparer », a-t-il justifié.

Après un déficit à 8,4 % en 2021, un déficit attendu à 4,8 % en 2022

Conséquence du retour de bons chiffres sur le front de l’activité et de l’arrêt progressif des aides de crise, le déficit devrait poursuivre son reflux en 2022. Le déficit est attendu à 4,8 % du PIB l’an prochain, contre 8,4 % en 2021. Le scénario budgétaire du gouvernement s’est même amélioré depuis l’été. En juillet, alors il tablait encore sur un déficit à 5,3 % du PIB pour 2022.

Le discours de modération budgétaire ne semble pas avoir eu de prise sur la majorité sénatoriale de droite, qui a fait les comptes au fil des trois semaines dernières semaines des annonces présidentielles se comptant en milliards. La sénatrice LR Christine Lavarde a également gardé en tête, les observations critiques formulées le matin même par Pierre Moscovici, le président du Haut Conseil des Finances publiques. « Bruno Le Maire nous a parlé de maîtrise des comptes, il semble avoir oublié la remarque du Haut Conseil pour les finances publiques : une augmentation entre 2019 et 2022 des dépenses courantes. »

Le budget 2022 traduit en effet les récentes lois de programmation, qui rehaussent les budgets de la Recherche (700 millions d’euros supplémentaires en 2022), de la Justice (700 millions) encore la Défense (1,7 milliard). Les ministères régaliens sont particulièrement bien traités en cette fin de quinquennat. A la faveur du Beauvau, le ministère de l’Intérieur a récolté pour sa part 1,5 milliard d’euros de plus pour 2022.

Côté recettes, le gouvernement insiste sur la poursuite de la baisse des impôts : la baisse progressive de la taxe d’habitation (encore acquittée en 2021 par les 20 % de ménages les plus aisés) sera parachevée, de même que la baisse de l’impôt sur les sociétés, amenant le taux à 25 % pour toutes les entreprises. Attendu à 43,5 % du PIB en 2022, le taux des prélèvements obligatoires serait le plus bas depuis 10 ans, selon le ministre. Parmi les réformes de structure devant générer des économies : Bruno Le Maire n’a cité que la réforme de l’assurance chômage, appelée à s’appliquer à partir du 1er octobre.

Dans cette période de forte croissance et de retour au niveau d’emploi d’avant crise, la tentation pourrait être grande de sombrer dans le syndrome de la « cagnotte ». Le sénateur Union centriste Michel Canévet a demandé au gouvernement de préciser ses intentions. « Il n’y a pas de cagnotte. Il y a un trou c’est assez différent. Le trou, nous l’avons creusé pour répondre à la crise. L’objectif maintenant c’est de renflouer les caisses […] De cagnotte, il n’en est absolument pas question », a mis au point Bruno Le Maire. « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les comptes publics pas davantage. »

Le gouvernement veut contenir les nouvelles inscriptions au budget dans la limite d’un déficit à 5 %

L’audition a également été l’occasion d’aborder le principal reproche dressé par le Haut Conseil des finances publiques : l’absence dans le projet de loi de deux mesures, lourdes et emblématiques : le plan d’investissement dans les secteurs d’avenir (hydrogène, semi-conducteurs, batteries électriques, etc.) et le revenu d’engagement promis aux jeunes sur une voie d’insertion professionnelle. « Il est assez rare qu’un budget soit présenté et assumé dès le départ comme incomplet. Cela me rappelle le budget pour 2019, rendu caduc à cause de la crise des Gilets Jaunes. Là, il est caduc dès le départ », s’est étonné le socialiste Rémi Féraud. L’explication est simple pour les ministres : le plan d’investissement « demande encore des consultations ». Quant au revenu d’engagement, « la situation a drastiquement changé », admet Bruno Le Maire. « Nous sommes passés d’une crise très brutale à une pénurie de pain d’œuvre dans un certain nombre de secteurs, cela demande d’adapter les dispositifs. »

Interrogés à plusieurs reprises sur l’ordre de grandeur des mesures qui seront introduites au moment de la première lecture du projet de loi de finances à l’Assemblée nationale, les deux ministres ont botté en touche. Seul Olivier Dussopt a donné un élément de cadrage. « Le souhait que nous avons, c’est que ce déficit public puisse ne pas dépasser in fine 5 %, cela laisse quelques marges », a-t-il indiqué. La prévision de déficit de déficit budgétaire étant arrêtée pour le moment à 4,8 % du PIB, ce supplément pourrait donc représenter de l’ordre de cinq milliards d’euros.

Soucieux d’apparaître pour des « gestionnaires sérieux », les ministres ont dressé quelques perspectives budgétaires, dans la logique d’une pluriannualité de la dépense. « Il faut que progressivement, dans les années qui viennent, nous rétablissions les finances publiques sans affaiblir la croissance. » Bruno Le Maire donne pour objectif un retour sous la barre symbolique des 3 % du PIB en 2027, à la fin d’un prochain quinquennat.

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