Budget 2025 : devant le groupe LR, « Michel Barnier a manifesté la volonté d’écouter les propositions du Sénat »

Alors que l’incertitude plane sur les conditions de l’examen du budget à l’Assemblée, le Premier ministre, Michel Barnier était au Sénat mardi matin pour écouter les propositions des sénateurs du groupe LR. La majorité sénatoriale de droite devrait, contrairement aux années précédentes et du fait de la situation politique inédite, peser dans la construction du budget.
Simon Barbarit

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A écouter les salves d’applaudissements qui traversaient les portes de la salle du groupe LR, ce matin, Michel Barnier a été bien accueilli par les sénateurs de sa famille politique, majoritaire à la chambre haute. S’il avait besoin d’en avoir la confirmation, le Premier ministre pourra compter sur eux pour coconstruire son budget dans les prochaines semaines. « La chambre haute se retrouve dans une configuration nouvelle avec une composition du socle commun qui est ici majoritaire », souligne Jean-François Husson (apparenté LR), rapporteur général du Budget.

« Le Premier ministre nous a dit qu’il laisserait se dérouler la discussion budgétaire à l’Assemblée »

A l’Assemblée, Michel Barnier se retrouve avec une majorité bien plus réduite que sa prédécesseure, rendant l’issue de l’examen du projet de loi de finances pour 2025 pour le moins incertaine. L’ancienne Première ministre, Élisabeth Borne n’avait pas attendu le début de l’examen des 5 100 amendements sur la première partie du projet de loi portant sur les recettes, pour avoir recours au 49.3. Michel Barnier semble, lui, exclure cette possibilité à ce stade de la discussion. Le vote solennel de la première partie est prévu mardi prochain, si les députés parviennent à arriver au bout des 3 500 amendements. « Le Premier ministre nous a dit qu’il laisserait se dérouler la discussion budgétaire à l’Assemblée. Si les députés rejettent la partie recettes, dans ce cas, le texte arrivera au Sénat sans que la partie dépenses ne soit examinée à l’Assemblée, mais ça ne changera pas notre calendrier », rappelle la sénatrice des Hauts-de-Seine, Christine Lavarde.

« Michel Barnier a porté un message fort de responsabilité et surtout a manifesté la volonté d’écouter les propositions du Sénat. Notre groupe, en particulier a toujours été au rendez-vous », insiste le président du groupe LR Mathieu Darnaud.

« La priorité des priorités, c’est la baisse de la dépense publique »

« En fonction du texte qui sortira de l’Assemblée, nous verrons ce que nous ferons. L’idée n’est pas d’entraîner le pays dans un moment de folie fiscale. La priorité des priorités, c’est la baisse de la dépense publique. Nous devons faire maigrir l’Etat, mais il doit aussi retrouver du muscle, c’est-à-dire un taux de croissance à la hausse », complète Jean-François Husson. Une référence aux 60 milliards d’euros d’impôts supplémentaires ajoutés au projet de loi par les députés en commission des finances, avant de rejeter le texte.

« Gérard Larcher vivrait très mal de voir la situation de l’année dernière se reproduire »

Chose inimaginable il y a encore trois mois, la majorité sénatoriale de droite et du centre devrait fortement peser dans la discussion budgétaire. Elle avait d’ailleurs très mal vécu l’année dernière de voir ses amendements repris dans la version finale du budget adopté par le 49.3, se compter sur les doigts d’une main. « Gérard Larcher a prévenu Michel Barnier que si l’ensemble du projet de loi de finances était adopté par 49.3, il vivrait très mal de voir la situation de l’année dernière se reproduire. Il a également demandé à ce que les ministres de Bercy soient plus respectueux du fonctionnement du Parlement, sans arrogance », glisse un sénateur LR.

Le Sénat veut revoir les critères d’efforts demandés aux collectivités

En positon de force, la droite sénatoriale a fait part de pistes d’améliorations. La chambre des territoires s’est en particulier fait l’écho de l’inquiétude des élus locaux auxquels le gouvernement demande un effort de 5 milliards d’économies. « Il y a trois milliards d’économies à faire sur les 450 collectivités qui ont un budget de fonctionnement supérieur à 40 millions d’euros. Cette lecture-là ne permet pas de prendre en compte la situation financière réelle de certains départements, d’intercommunalités, voire de communes, qui ont des finances dégradées. Ce que nous souhaitons au Sénat, c’est avoir une lecture un peu plus qualitative pour faire en sorte que ces collectivités puissent demain agir. Pour une raison essentielle, c’est que la commande publique, les collectivités font vivre notre économie locale », argue Mathieu Darnaud.

Et si certains maires poussent pour la création d’un nouvel impôt local, ce n’est pas la piste privilégiée par les sénateurs. « Nous sommes dans un état d’urgence budgétaire et ce n’est pas en trente jours que nous allons trouver les modalités d’un nouvel impôt. Il faut agir en responsabilité », prévient Jean-François Husson.

Parmi les autres pistes d’économies, « il y a eu un appel de mes collègues à diminuer le budget de certaines agences de l’Etat », confie Christine Lavarde. « Ce n’aura pas d’effet plein sur les finances publiques dès 2025. Mais, c’est un signal qui parle à tout le monde et ça montre aussi que le politique reprend la main », veut croire Jean-François Husson.

Quant à la revalorisation des pensions de retraite sur l’inflation, avec six mois de retard, le 1er juillet, et qui pourrait permettre de dégager 4 milliards d’euros pour les finances publiques, le sujet n’a pas évoqué en réunion de groupe, selon nos informations. Comme nous l’écrivions, il y a quelques jours, cette question ne constituait de toute façon plus une véritable ligne rouge pour la droite.

Le rapporteur du Budget au Sénat n’a d’ailleurs pas exclu, à titre personnel, d’aller au-delà des 60 milliards d’économies proposées dans le budget.

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