Budget 2026 : au Sénat, la droite entend « supprimer quatre milliards de hausse d’impôts » et « faire des économies à peu près pour le même montant »

A quelques instants de l’ouverture de l’examen du projet de loi de finances au Sénat, la majorité sénatoriale prévoit, comme promis, de couper dans la copie déposée par le gouvernement pour trouver de nouvelles pistes d’économies, au grand dam des élus de gauche.
Aglaée Marchand

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Le débat sur le projet de loi de finances (PLF) débute cet après-midi au Sénat. Les élus de la chambre haute vont plancher sur la copie initiale déposée par le gouvernement, la partie « recettes » ayant été rejetée par les députés le week-end dernier. Comme pour le financement de la sécurité sociale (PLFSS), la majorité sénatoriale a promis des coupes budgétaires, pour tenir une ligne du déficit du PIB à 4,7 % l’an prochain, contre 5,4 % cette année, alors même que Sébastien Lecornu tablait sur un objectif de 5 %.

La gauche sénatoriale « en posture de combat »

« On a bien travaillé en commission des Finances, depuis des semaines, mission par mission, sur des éventuelles économies et des éventuelles aussi baisses d’impôt de ce qui a été décidé par l’Assemblée, on est prêts et la copie a été validée », rapporte le sénateur LR Olivier Paccaud. « Nous allons proposer, en gros, de supprimer quatre milliards de hausses d’impôts et nous allons faire des économies à peu près pour le même montant », poursuit-il.

En face, la gauche minoritaire au palais du Luxembourg, se tient « en posture de combat », signale le sénateur communiste Ian Brossat. L’élu de Paris se dit « profondément écœuré », de l’issue des discussions sur le PLFSS : « Voilà une assemblée composée de gens […] correctement rémunérés et qui décident de geler les prestations sociales, de type RSA. Nous, qui vivons correctement, nous avons une majorité qui se dégage pour dire qu’à 500 ou 600 euros par mois, on peut s’en sortir. Qui peut concevoir une chose pareille […] dans notre pays qui compte dix millions de pauvres ? », s’indigne-t-il, « c’est profondément indécent ». Olivier Paccaud défend la ligne de la majorité de droite et du centre : « Pour beaucoup de prestations sociales, il n’y a pas eu de gel et il n’y en aura pas. On va revenir sur certains points […] : l’abattement des 10 % sur les retraites, nous proposer de ne pas supprimer totalement mais de la plafonner à 2500€ au lieu de 4000€ pour, qu’effectivement, les retraités les plus modestes ne soient pas touchés ».

La droite défend « le courage de prendre des mesures »

Quant à la trajectoire de la dette, le sénateur LR de l’Oise s’inquiète des « soixante-dix milliards de remboursements cette année des intérêts ». « On se prive d’une marge de manœuvre extraordinaire pour investir dans nos hôpitaux, nos écoles et nos services publics. Il faut avoir le courage de prendre des mesures ». Pas de quoi convaincre le porte-parole du PCF Ian Brossat : « Ce sont ceux qui nous gouvernent qui ont conduit le pays au bord du précipice […]. Ils ont multiplié les cadeaux au profit des très grandes entreprises et au profit des ménages les plus fortunés, en supprimant l’impôt de solidarité sur la fortune, et en multipliant ces aides publiques aux grandes entreprises, sans espèce de contrepartie ». « Je ne pense pas qu’il soit juste de dire que tout le monde doit faire des efforts. […] Il y a des gens qui ne cessent de se serrer la ceinture, et il y en a d’autres auxquels on ne demande strictement rien. […] Ce n’est pas ma vision de la justice sociale ». La droite, qui refuse la surtaxe de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, y voit le risque « de fragiliser notre tissu économique », explique Olivier Paccaud. Et la taxe prévue sur les holdings : « Nous voulons que ce soit une taxe anti-optimisation fiscale, donc nous l’avons recentrée sur les biens somptuaires ».

Autre piste de recettes avancée : la taxe sur les petits colis, évoluant de deux à cinq euros. « L’an dernier, il y a eu 775 millions de colis venant avant tout de Chine […], pour des produits fabriqués dans des conditions sociales particulièrement délicates, la problématique environnementale et écologie est mal traitée, et la concurrence déloyale pour nos entreprises ». Elle ne concernerait « que des entreprises étrangères », et « toucherait certainement les acheteurs », « mais peut-être qu’il vaut mieux qu’ils consomment français quand ils le peuvent ? », s’interroge Olivier Paccaud. Alors que la droite pourrait s’attendre à un consensus avec la gauche sur la question, Ian Brossat critique « typiquement ce qu’il ne faut pas faire » : « Ce sont les consommateurs qu’on va taper au porte-monnaie ».

Retour du clivage gauche-droite

Le volet des dépenses ne les met pas plus d’accord. Olivier Paccaud liste les pistes égrenées en commission : « 200 millions en moins sur l’AME, 200 millions en moins sur l’aide publique au développement, 90 millions sur la part individuelle du Pass Culture. […] Il faut trouver des recettes et minorer les dépenses ». Opposition claire d’Ian Brossat : « En réalité, ce que vous proposez, c’est de vous en prendre à la fonction publique et diminuer encore le nombre de fonctionnaires dans nos services publics ». Le clivage gauche-droite s’impose plus clair que jamais, dans un contexte budgétaire sous pression, dont l’issue positive peine à se dessiner.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

First Debate of the French Socialist Party Primary – Paris EB
6min

Politique

« Maintenant, il doit rassembler tout le monde » : les sénateurs PS attendent « des signes » d’unité de Raphaël Glucksmann

Après sa victoire écrasante à la primaire, les sénateurs PS seront « au service » de la campagne de Raphaël Glucksmann, assure leur président de groupe, Patrick Kanner, qui compte « inviter » le candidat devant le groupe. Mais plusieurs attendent qu’il montre par les actes sa volonté d’union. « Nous travaillons à un organigramme de rassemblement », assure le sénateur Alexandre Ouizille, directeur de la communication dans l'équipe de Raphaël Glucksmann.

Le

Patrick Kanner
2min

Politique

Les groupes PS, PCF et écologiste du Sénat appellent à un « cordon sanitaire » et à « ne rien céder » face au nouveau groupe RN

« Il ne peut y avoir ni ambiguïté, ni accommodement, ni complaisance : le cordon sanitaire doit se traduire par des actes », soutiennent dans un communiqué commun les groupes PS, communiste et écologiste du Sénat, face à la création du premier groupe RN/UDR de la Haute assemblée. Ils appellent à ne rien voter qui émanerait de l’extrême droite.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
4min

Politique

Cyberattaque contre des frigos connectés de supermarchés : « Des systèmes de réfrigération exposés sur Internet », alertent des experts en cybersécurité

300 magasins Intermarché/Netto, plusieurs du groupement E. Leclerc, 80 supermarchés Carrefour, 80 magasins U et une trentaine de Monoprix ont été touchés par une cyberattaque d’ampleur. Les hackers ont ciblé les systèmes de régulation frigorifique à distance du fabricant danois Danfoss. La vulnérabilité du logiciel avait pourtant déjà été repérée il y a quelques années par des experts en cybersécurité lors de différents audits.

Le

Budget 2026 : au Sénat, la droite entend « supprimer quatre milliards de hausse d’impôts » et « faire des économies à peu près pour le même montant »
7min

Politique

Gel des retraites au-delà de 1280 euros : « Un effort nécessaire, pour ne pas créer de fracture générationnelle », justifie le ministre David Amiel

Le ministre des Comptes publics assure que le gouvernement n’est pas dans l’affrontement des générations, avec son projet de désindexation partielle des pensions de retraite. Il souligne qu’il laissera le choix du curseur aux parlementaires, et la possibilité d’être plus souple, le cas échéant, avec l’évolution de l’abattement fiscal dont bénéficient les retraités.

Le