Budget de l’Etat : le Sénat rejette les comptes de l’année 2020
Après examen du projet de loi de règlement et d’approbation des comptes de l’année 2020, la commission des finances du Sénat le rejette et dénonce notamment un manque de sincérité dans la gestion du budget de la part du gouvernement.

Budget de l’Etat : le Sénat rejette les comptes de l’année 2020

Après examen du projet de loi de règlement et d’approbation des comptes de l’année 2020, la commission des finances du Sénat le rejette et dénonce notamment un manque de sincérité dans la gestion du budget de la part du gouvernement.
Public Sénat

Par Jules Fresard

Temps de lecture :

4 min

Publié le

C’est une annonce symbolique, mais qui illustre les réserves qui existent à la Haute Assemblée concernant la gestion budgétaire du gouvernement durant la crise. Le 12 juillet, la commission des finances, présidée par le sénateur socialiste Claude Raynal, a fait connaître sa volonté de « proposer au Sénat de ne pas adopter le projet de loi de règlement ».

Pour comprendre les raisons qui ont motivé cette décision, il est d’abord nécessaire de revenir sur la nature d’un projet de loi de règlement, ou dans sa forme longue, « projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes ». Présenté au Parlement de manière annuelle en début d’été, il vient présenter les résultats comptables de l’Etat concernant l’année antérieure. C’est-à-dire l’ensemble des sommes qui ont été dépensées, mais également le déficit accusé par la France. Un rapport annuel de performance vient compléter cet inventaire budgétaire.

Celui concernant l’année 2020, adopté par l’Assemblée Nationale le 16 juin dernier, est exceptionnel de par les dépenses massives dont il fait état, engendrées par la gestion économique de la crise sanitaire. Pour Jean-François Husson, rapporteur général du budget pour la commission, « le gouvernement est venu ajouter un budget d’urgence de 40 milliards, qu’évidemment nous ne remettons pas en cause. Mais on s’aperçoit que ce sont les administrations publiques qui ont absorbé les effets de la crise, alors que le redressement des comptes publics, qui aurait pu être entamé au début du quinquennat, n’a pas eu lieu » fait-il savoir.

Des administrations déjà fragiles

Car pour la commission, le gouvernement n’était pas assez préparé pour faire face à la crise. D’abord car l’instabilité des administrations publiques, insuffisamment assainies avant la pandémie, n’a fait que renforcer le déficit. Avec une récession à hauteur de 7,8 % du PIB, « dont les effets ont été absorbés à plus de 80 % par les administrations publiques », ces dernières, faute d’avoir été remises sur les rails budgétaires, n’ont « pas pu prendre à leur charge les pertes de revenus des entreprises dans des proportions équivalentes à l’Allemagne ou à l’ensemble de la zone euro » fait savoir la commission.

« On peut dire simplement que sur ce sujet, l’état des finances avant la crise posait déjà une difficulté, mais le fait qu’il y ait une crise, cela ne pouvait que les dégrader encore plus » explique Claude Raynal, sénateur socialiste et président de la commission des finances.

Une gestion qui « nuit à la sincérité des lois de finances »

Autre point avancé, ayant motivé la décision de la commission de rejeter le projet de loi, la gestion « à vue » de la crise par le gouvernement. « Lors du quatrième projet de loi de finances, le gouvernement a rajouté 36 milliards de crédits. Mais ces derniers se sont révélés plus importants que les besoins, et ont tout simplement été reportés sur le budget 2021. Ce « gap » de 36 milliards d’euros n’est pas admissible » fustige Claude Raynal.

« C’est un tour de passe-passe, la première entorse grave du gouvernement qui avait jusqu’à maintenant bien géré les finances. C’est un maquillage qui porte préjudice à la sincérité des comptes publics, et à la pleine transparence de l’action de l’Etat, qui se garde une espèce de pelote de laine, pour en faire l’usage qui lui convient. C’est faire fît du pouvoir d’évaluation du Parlement », abonde Jean-François Husson.

Une manière opaque de gérer les finances publiques, qui ne viendrait que renforcer « la défiance des Français face aux urnes notamment lors des dernières élections » croit le rapporteur général du budget au Sénat. « Si on veut renouer un lien de confiance, on a intérêt à travailler en confiance avec les Français. Expliquer ce que l’on souhaite faire, alors que là, le gouvernement se carapate » conclut-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget de l’Etat : le Sénat rejette les comptes de l’année 2020
3min

Politique

Crise pétrolière : « Avec le transport maritime à la voile on est à 1g de CO2 par tonne de matériel transporté au km » se réjouit cet entrepreneur

Alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, et que les prix des hydrocarbures sont toujours au plus haut, certaines solutions de transports maritimes, hier décriées, montrent tout leur intérêt. Avec un taux d’émission de gaz à effet de serre faible et une ressource inépuisable, le transport maritime à la voile développé par une jeune entreprise bretonne a tous les avantages, comme l’explique ce chef d’entreprise dans l’émission « dialogue citoyen » présentée par Quentin Calmet.

Le

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le