Budget de la défense : Sébastien Lecornu s’explique sur les débats 50-1 au Parlement

Le Premier ministre et la ministre des Armées ont rassemblé cet après-midi les parlementaires des commissions chargées des sujets de défense, dans une réunion à huis clos. Au menu des discussions : la hausse des crédits budgétaires militaires et l’organisation d’un débat sur ce thème à l’Assemblée nationale, et au Sénat.
Aglaée Marchand

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Aux côtés de Catherine Vautrin, Sébastien Lecornu est revenu sur sa volonté d’organiser un débat thématique sur la défense à l’Assemblée nationale, en vertu de l’article 50-1, avant la fin des discussions sur le projet de loi de finances (PLF). « J’ai pris cette décision tenant compte du fait que la partie recettes du budget de l’État, ayant été repoussée à l’Assemblée nationale », ceci n’a pas permis aux députés « d’observer tous les crédits de dépense », a retracé à la presse le locataire de Matignon. Il y voit un « problème démocratique », « parce qu’il est question d’une augmentation particulièrement importante […] pour nos armées l’année prochaine ». En l’espèce : une hausse de 6,7 milliards d’euros, annoncée dès le mois de juillet dernier par Emmanuel Macron. « Il est important d’avoir un moment spécifique dédié à ce sujet », alors que les risques se cumulent, en particulier terroristes. « On ne veut pas prendre la représentation nationale en traître », a-t-il poursuivi, avant de prévenir que cette croissance des crédits dédiés aux Armées « va durer dans le temps », évoquant une augmentation de 36 milliards entre 2026 et 2030. Et risque de « s’imposer pendant la campagne présidentielle ».

L’enjeu de la souveraineté nationale

« L’enjeu est considérable en matière de souveraineté », a affirmé Sébastien Lecornu. Sa ligne est claire : « Nous avons fait un choix depuis les années 1960, de ne dépendre de quasiment personne pour nos systèmes d’armes […]. Ça veut dire que derrière l’enjeu budgétaire », se trouve un « enjeu industriel », de « commandes publiques » et de « compétences », à l’égard des « neufs grands géants de notre industrie de défense », mais aussi des PME et TPE, « sous-traitantes du secteur ». « Je ne proposerais jamais d’acheter des armes américaines », a-t-il renchéri.

Avec les difficultés à faire adopter un budget en début d’année, « on a dû gérer […] des décalages importants, pas complètement rattrapés », a-t-il mis en garde. Néanmoins, « je ne veux pas instrumentaliser le sujet de la défense sur le terrain de la politique intérieur », a précisé le Premier ministre, « c’est pour ça qu’on a souhaité une réunion retirée loin des micros […], pour donner de manière très transparente […], les effets du non-vote d’un budget pour l’État au 1er janvier ». Et de préciser que Catherine Vautrin « s’est vue confier le soin d’imaginer un plan de contingence, si d’aventure il arrivait qu’il n’y ait pas de budget, pour justement documenter les retards, ce à quoi il faudrait renoncer et le donner à la représentation nationale avant le 31 décembre pour que le débat soit […] largement éclairé ».

L’actualisation de la loi de programmation militaire, attendue d’ici la fin de l’année, dépendra également de l’atterrissage du PLF : « Tant qu’on n’a pas de certitude qu’on a bien un budget pour l’année prochaine, il est compliqué de se lancer dans une mise à jour de la programmation ».

« Trouver des voies de compromis sur la question militaire est essentiel »

« Il y a un point commun parmi toutes les familles politiques, de LFI au RN, c’est que tout le monde réclame de la souveraineté, de l’autonomie voire de l’indépendance », a insisté le Premier ministre. C’est donc l’heure d’un « moment de clarification ». Le chef du gouvernement n’a pas manqué de rappeler que « notre capacité à avoir un budget dans les temps », sera observée « par nos alliés » et « nos compétiteurs ».

Sébastien Lecornu a mis sur la table la responsabilité et la capacité des parlementaires à « isoler la défense nationale et la question de la défense de notre souveraineté du reste ». Et d’ajouter : « Trouver des voies de compromis sur la question militaire est essentiel ». « De mes nombreuses consultations, je vois bien qu’il y a des convergences sur ces thématiques […], sur lesquelles l’ensemble des formations politiques doivent pouvoir se retrouver ». Mais pas question de se reposer uniquement sur le débat du 50-1 : « Le vote du budget est une question politique, donc la seule question de la défense ne peut pas suffire à emporter un vote ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget de la défense : Sébastien Lecornu s’explique sur les débats 50-1 au Parlement
6min

Politique

Grande distribution : les syndicats agricoles appellent à « une rémunération digne de ce nom »

Lors d’une table ronde menée par la commission d’enquête sénatoriale sur les marges dans la grande distribution, des syndicats agricoles ont alerté sur le niveau de rémunération des agriculteurs. Au centre des griefs : les négociations menées avec la grande distribution et les industriels, ainsi que la politique des marges qui pénalise les produits français.

Le

[Document] Imposition des plus fortunés : la commission des finances du Sénat exige « une clarification »
6min

Politique

[Document] Imposition des plus fortunés : la commission des finances du Sénat exige « une clarification »

Dans une lettre au ministère de l’Économie, le président de la commission et le rapporteur général de la commission des finances demandent des éléments chiffrés précis, après les déclarations d’Éric Lombard sur les cas de non-imposition sur le revenu chez les plus fortunés. Ils veulent également s’entretenir avec la direction générale des finances publiques.

Le

Paris: Meeting E. Gregoire elections municipales Mairie de Paris
5min

Politique

Municipales à Paris : À la Bellevilloise, la gauche se rassemble sous la bannière « Tout sauf Dati »

Pour son premier grand meeting de campagne, mercredi à la Bellevilloise, le candidat socialiste de la gauche unie (hors LFI) a cherché à s’imposer comme le visage du rassemblement progressiste à Paris. Emmanuel Grégoire a attaqué frontalement la droite et l’extrême droite, tout en admettant que la majorité sortante devait « faire mieux » sur la propreté et la sécurité, un aveu destiné à marquer une inflexion, sans renier l’héritage d’Anne Hidalgo. REPORTAGE

Le