Paris: Weekly session of questions to the government
French Prime Minister Michel Barnier gestures during the weekly session of questions to the government at the national assembly in Paris, on November 26, 2024//01JACQUESWITT_choix056/Credit:Jacques Witt/SIPA/2411261734

Michel Barnier déclenche le 49.3 : comment fonctionne la motion de censure qui menace le gouvernement ?

Après le recours au 49.3 par le Premier ministre, les partis d’opposition ont annoncé déposer des motions de censure. Comment ça va se passer ? Explications.
Quentin Gérard

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le gouvernement de Michel Barnier est en sursis. Ce lundi 2 décembre, le Premier ministre a déclenché l’article 49.3 sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS), issu de la commission mixte paritaire (CMP). Le Nouveau Front Populaire et le Rassemblement national ont annoncé déposer des motions de censure.

La motion de censure provoquée

Concrètement, comment ça va se passer ? Depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, Michel Barnier a utilisé l’article 49.3 engageant la responsabilité du gouvernement. Cette procédure a entraîné la suspension de la discussion du budget de la sécurité sociale. Si aucune motion de censure n’est déposée 24 heures après le déclenchement du 49.3, le texte est considéré comme adopté.

Dans le cas présent, plusieurs motions de censure seront déposées par les partis d’opposition. Chaque motion de censure requiert la signature d’un dixième des membres de la chambre basse. Pour faire tomber le gouvernement et rejeter le texte, il faut qu’elle soit votée par la majorité absolue des députés, soit au moins 289 parlementaires. Les votes de ces motions de censure devraient avoir lieu ce mercredi 4 décembre, soit 48 heures après leur dépôt. Si elles n’obtiennent pas la majorité, le budget de la sécurité sociale est considéré comme adopté.

Depuis le début de la Ve République, aucune motion de censure n’a été adoptée après le recours à un 49.3. Depuis la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008 sur la modernisation des institutions, le premier ministre ne peut recourir au 49.3 qu’une seule fois au cours d‘une session parlementaire. Néanmoins, cette révision exclut les projets de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale, pour lesquels les 49.3 peuvent être utilisés sans limite. Le gouvernement d’Elisabeth Borne l’a par exemple utilisé 23 fois au cours de ses 10 mois et 18 jours de mandat.

La motion de censure spontanée

L’hypothèse d’une motion de censure spontanée était également sur la table. Si Michel Barnier n’avait pas dégainé le recours au 49.3 dès le début de la séance, une motion de rejet préalable déposée par les socialistes aurait été examinée. Si elle avait été adoptée, le projet de loi de finances de la sécurité sociale aurait été rejeté et aurait repris sa navette entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Mais un problème se serait posé. Jeudi 5 décembre, le délai imparti de 50 jours pour examiner le texte aurait été atteint. Michel Barnier aurait pu décider de faire passer le PLFSS via des ordonnances, comme le prévoit l’article 47.1 de la Constitution. C’est à ce moment que les partis d’opposition auraient pu déposer une motion de censure spontanée. C’est l’article 49.2 qui le permet. Elle aurait également dû être signée par un dixième des députés, soit 58 parlementaires sur 577. Pour être appliquée, elle aurait ensuite dû être votée par la majorité absolue, soit au moins 289.

Au cours de la Ve République, une seule motion de censure spontanée a été adoptée. Elle visait le gouvernement du premier ministre Georges Pompidou, en protestation contre la tenue d’un référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct, proposé par le président Charles de Gaulle. 280 députés sur 480 avaient alors adopté la motion de censure spontanée, qui s’est suivie de la démission de Georges Pompidou et de la dissolution de l’Assemblée nationale par le général de Gaulle.

Partager cet article

Dans la même thématique

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le