Budget : la droite sénatoriale dénonce « une fausse fiscalité écologique »
À quelques jours de l’examen du projet de loi de finances, la droite sénatoriale présentait ses premières conclusions, ce jeudi. « Un budget du renoncement », marquée par une réforme « bâclée » de la suppression de la taxe d’habitation ou encore « une fausse fiscalité écologique ».

Budget : la droite sénatoriale dénonce « une fausse fiscalité écologique »

À quelques jours de l’examen du projet de loi de finances, la droite sénatoriale présentait ses premières conclusions, ce jeudi. « Un budget du renoncement », marquée par une réforme « bâclée » de la suppression de la taxe d’habitation ou encore « une fausse fiscalité écologique ».
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

C’est d’abord un « renoncement » d’Emmanuel Macron que Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat, a pointé ce matin en conférence de presse : « Celui de la réduction de la dette publique ». La mesure phare du projet de loi de finances 2020, la baisse de cinq milliards d’impôts sur le revenu pour les ménages, promesse du chef de l’État à l’issue du grand débat national, ne serait, pour la majorité sénatoriale, qu’un « trompe-l’œil ».

Données de l’Eurostat à l’appui, la commission des finances de la haute assemblée, rappelle que la France reste le pays le plus fiscalisé de l’OCDE. « Des baisses d’impôts, il y en a. Le problème, c’est qu’elles sont compensées par la hausse d’une foultitude de petites taxes qui vont toucher un certain nombre de secteurs économiques » note Albéric de Montgolfier, rapporteur LR du budget. Pire, observe-t-il, « ces baisses d’impôts sont à crédit. Ce budget est payé par de l’endettement. 205 milliards d’euros seront empruntés sur les marchés cette année. Si nous avions une remontée des taux d’intérêt, nous n’aurions aucune marge de manœuvre ». « Emmanuel Macron avait promis une révolution mais où est la révolution ? La France est toujours lanterne rouge en matière de dépenses publiques » complète Bruno Retailleau. En commission les sénateurs ont évalué 99,6% du PIB au deuxième trimestre 2019, l’endettement de la France.

« Une fausse fiscalité écologique »

Budget 2020: c’est d’abord un « renoncement » pour Bruno Retailleau
01:09

À la lecture du budget, Bruno Retailleau relève qu’Emmanuel Macron « n’a pas retenu la leçon des gilets jaunes ». « Ce qui est terrible, c’est que la fiscalité écologique n’est pour l’État qu’un levier pour faire rentrer de l’argent supplémentaire. Une vraie fiscalité écologique, c’est surtout l’affectation de ces nouvelles recettes à la transition écologique » ajoute-il. Les sénateurs déplorent « l’absence de traçabilité » de ces hausses de taxes à visées écologiques avec la disparition de comptes d’affectation spéciaux : « Une fiscalité de rendement plutôt qu’une fiscalité d’accompagnement » regrettent-ils. « Le malus automobile va fortement augmenter mais pas le bonus. Ça restera difficile de changer sa voiture. La hausse des taxes sur le gazole non routier va toucher les entreprises. Les deux centimes de plus sur le gasoil routier vont toucher les transporteurs » détaille Alberic de Montgolfier avant de préciser qu’il est favorable, sur le principe, à la hausse des taxes sur les billets d’avion, « si elle était affectée à la transition écologique ». Alors « qu’elle ne vient que compenser les baisses de recettes des radars collecter par l’AFIT (Agence de financement des infrastructures de transport en France) » rappelle-t-il.

La suppression de la taxe d’habitation : « une réforme bâclée »

C’est un autre enjeu du projet de loi de finances, la suppression de la taxe d’habitation et la réforme du financement des collectivités locales, détaillées dans l’article 5. À l’unanimité des membres de la commission des finances, les sénateurs refusent « de voter à l’aveugle » « une réforme bâclée, faite sur un coin de table ». Le gouvernement a prévu de compenser la suppression totale de la taxe d'habitation par le transfert aux communes, en 2021, de la part de la taxe sur le foncier bâti qui revenait, jusque-là aux départements. Soit, 14,5 milliards d'euros annuels que l’État compensera avec une part de TVA. « La réforme n’est pas aboutie. Ce qu’on propose, c’est de proroger d’un an le dégrèvement par l’État, c’est-à-dire le fait que l’État se substitue aux contribuables. On va l’améliorer. On va la simuler et faire en sorte qu’elle ne rentre en vigueur que lorsqu’elle sera véritablement aboutie » explique le rapporteur LR du texte.

Budget 2020: La réforme de la suppression de la taxe d'habitation "n’est pas aboutie"
00:26

Le Sénat souhaite également transformer l’IFI (impôt sur la fiscalité immobilière), en IFI (impôt sur la fortune improductive). « Taper exclusivement sur l’immobilier me paraît extrêmement injuste. Alors que celui qui investit en bitcoin ou en obligations chinoises n’est pas taxé » insiste Alberic de Montgolfier.

Bruno Retailleau hostile « aux mesures de flicages numériques »

Au lendemain de l’adoption par les députés de l’article 57 du projet de loi de finances qui permet aux services fiscaux et douaniers de traquer la fraude fiscale par la collecte des données des Français sur les réseaux sociaux, Bruno Retailleau se dit, lui, « hostile aux mesures de flicages numériques ». « On ne va pas commencer à imiter la Chine. Je demande à l’État de renoncer. Dans le cas contraire, je demande  à ce qu’il y ait une régulation et une transparence sur les algorithmes. Il en va de nos libertés publiques ».

Le projet de loi de finances sera examiné en séance publique au Sénat à partir du 21 novembre. Malgré ces nombreuses critiques, les sénateurs ne rejetteront pas en bloc le texte comme ils l’avaient fait il y a trois ans. « Pour 2017, le texte était totalement insincère notamment en ce qui concernait les hypothèses de croissance. Là, les hypothèses de croissance sont sincères » explique Alberic de Montgolfier.

Partager cet article

Dans la même thématique

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
7min

Politique

Election présidentielle : qui sont les candidats à gauche ?

La course à la présidentielle est bien lancée à gauche. Certains, comme la France Insoumise, ont déjà leur candidat ; d’autres, comme le PS et Place publique, attendent les résultats d’une primaire ; d’autres encore, comme les Ecologistes, se divisent en interne sur la stratégie à adopter. Vous n’avez rien suivi pendant l’été ? Nous résumons ici qui sont les candidats à gauche en cette rentrée.

Le

Chateauneuf-sur-Isere: Jean-Luc Melenchon delivers a speech
6min

Politique

Présidentielle 2027 : le duel Le Pen-Mélenchon devient-il crédible ?

À huit mois de la présidentielle, un sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL place Jean-Luc Mélenchon en position de se qualifier pour le second tour dans trois scénarios sur cinq. Marine Le Pen domine toujours très largement les intentions de vote. Les politologues invitent toutefois à relativiser ces résultats, alors que le « casting » de 2027 est loin d’être arrêté.

Le

Paris : Press conference and signature during the Summit of the Coalition of the Willing
4min

Politique

« Les frappes ukrainiennes font mal parce qu’elles touchent le tissu économique russe » 

Ce lundi, les Etats membres de la "Coalition des volontaires" se réunissent à Kiev dans un contexte d'intensification de la guerre contre la Russie, quatre ans et demi après son déclenchement en 2022. Alors que l'Ukraine cherche à acquérir davantage d'armes pour frapper loin en Russie, le Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense nationale, fait un point sur l’état des forces en présence.

Le