SIPA_01188734_000055

[Info Public Sénat] Budget : le PS décide de ne pas censurer le gouvernement Bayrou… ce coup-ci

Le bureau politique du PS a décidé de ne pas voter la censure, par 59 voix contre 4, afin de permettre aux pays d’avoir un budget. Ils ont pu négocier une série de gages avec le gouvernement. Une non-censure qui n’est qu’un sursis : les socialistes vont déposer d’ici quinze jours une motion pour défendre les valeurs de la République.
François Vignal

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Les socialistes ne voteront pas la censure. Du moins pas tout de suite. Réunis ce lundi midi en bureau national, le Parti socialiste a décidé de ne pas censurer le gouvernement Bayrou. Les membres du « BN », qui compte 72 personnes, se sont prononcés pour la non-censure par 59 voix, contre 4 pour la censure, sur le budget. Une position qui vaut théoriquement aussi pour le budget de la Sécu.

L’instance du parti était appelée à fixer la ligne, alors que le premier ministre s’apprête à recourir au 49.3 pour faire adopter son budget, mais aussi le budget de la Sécu. LFI comptant déposer une motion de censure, dont le vote aura lieu mercredi, le PS devait arrêter sa position.

Entre les gages obtenus par le PS à l’issue de la commission mixte paritaire et la volonté de donner au pays un budget, la balance est tombée du côté de la non-censure. Après des jours de négociations sur le budget et le budget de la Sécu, les socialistes revendiquent plusieurs victoires, comme la non-suppression de 4.000 postes de professeurs, les deux jours de carence pour les fonctionnaires, le maintien de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et pour les grandes entreprises, mais limitée à un an, ou une baisse du budget de l’aide médicale d’Etat limitée à 111 millions d’euros.

La dernière fois, sur l’opportunité de censurer François Bayrou lors de sa déclaration de politique générale, le bureau national s’était prononcé mi-janvier par 54 voix pour la non-censure, 10 pour la censure et 2 abstentions. La non-censure a donc progressé. Mais ce vote n’avait pas été suivi par tous les députés PS. Sur les 66 membres du groupe socialiste de l’Assemblée, 8 d’entre eux avaient malgré tout voté la censure, s’affranchissant de la ligne officielle. Il faudra voir si les troupes restent groupées cette fois-ci.

Motion de censure socialiste pour « la défense des valeurs de la République »

Avant le vote, les socialistes étaient partagés entre deux lignes. « On est pris entre les raisons de censurer le gouvernement, car le compte n’y est pas – c’est pourquoi on vote contre le budget – et car il y a eu les déclarations scandaleuses de Bruno Retailleau et de François Bayrou sur l’immigration. Et en même temps, censurer signifie ne pas avoir de budget, et on a tous des associations, des PME, qui nous disent qu’un tas de choses sont bloquées », résumait juste avant le conclave socialiste, Jonathan Kienzlen, à la tête du groupe PS de la région Ile-de-France. C’est finalement la seconde considération qui l’a emporté.

Mais si les socialistes ne censurent pas aujourd’hui, l’engagement ne vaut pas pour la vie. Autrement dit, le PS se réserve le droit d’opter pour une tout autre position, dans un avenir proche. Les socialistes ont ainsi décidé, en même temps, du dépôt prochain d’une motion de censure spontanée, via l’article 49.2, si possible avec les autres groupes de gauche – du moins les écologistes et les communistes – pour « la défense des valeurs de la République », afin de dénoncer la politique du gouvernement, en particulier sa politique migratoire. Elle devrait être déposée « incessamment sous peu, dans les 15 jours », explique-t-on au PS. Une position qui a l’avantage de rassembler plus largement les socialistes, y compris les plus critiques.

« Je suis surpris du niveau d’enfantillage de certains. On n’est pas au MJS là… »

Pour compliquer les choses, des considérations externes jouent un rôle comme grille de lecture et de décision : l’élection municipale hier, à Villeneuve-Saint-Georges, où le candidat LFI Louis Boyard a finalement perdu. Et les rapports de force internes au parti, alors qu’un nouveau congrès est attendu d’ici l’été prochain. Ce matin, un défenseur pur et dur de la non-censure renvoyait ainsi la faute au premier secrétaire. « Le problème du bordel, c’est qu’il est chez Olivier Faure. Les premiers à mettre le bazar sur la censure, ce sont les siens. Et plus il y a de non-censure, plus ça affaiblit son propre courant », lance cet opposant interne, qui ajoute : « Vouloir bloquer le pays pour son congrès, ça devient compliqué. On arrête la plaisanterie maintenant. Je suis surpris du niveau d’enfantillage de certains. On n’est pas au MJS là… »

Les amis d’Olivier Faure se sont eux réunis dans la matinée. « C’était assez partagé », confirme l’un des membres de son texte d’orientation, « mais beaucoup ont expliqué qu’ils étaient pour la censure, après, quand il faut voter et prendre une décision, c’est plus nuancé ». Le même salue les talents manœuvrier du député de Seine-et-Marne. « Olivier Faure essaie de ménager la chèvre et le chou, c’est un numéro d’équilibriste qu’il fait avec talent depuis plusieurs années, et lui permet une centralité dans le parti. Après, pour le congrès, si tout le monde veut se compter et faire n’importe quoi, c’est la responsabilité des uns et des autres », pointe ce fauriste. Chez les socialistes, on trouve toujours une bonne raison de se diviser.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Capture ICIEU
4min

Politique

L'IVG doit être un « droit » reconnu par l'Union européenne pour cette eurodéputée finlandaise

L’Union européenne apparaît comme un rempart des droits des femmes, mais si on y regarde à la loupe, elle connait aussi une forme de régression. Ainsi, le droit à l’avortement est en recul dans plusieurs pays tels que l’Italie, la Hongrie, et surtout la Pologne, où il est quasiment interdit, tout comme à Malte. Malgré une initiative populaire reprise par la Commission européenne pour donner un accès à l’IVG pour toutes les européennes, la bataille idéologique bat son plein. "Ici l'Europe" ouvre le débat, avec les eurodéputés Anna Cavazzini (Allemagne, les Verts), Sirpa Pietikäinen (Finlande, PPE) et Marc Angel (Luxembourg, S&D).

Le

[Info Public Sénat] Budget : le PS décide de ne pas censurer le gouvernement Bayrou… ce coup-ci
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Second round legislative election-Dijon
11min

Politique

Sondages : pour les municipales, « un exercice vraiment plus difficile » pour les sondeurs

Les sondages sont-ils fiables pour les municipales ? C’est la question qui se pose après la publication de deux sondages Odoxa et Ifop sur Nantes, totalement contradictoires. « C’est probablement la méthodologie qui a été choisie qui explique les écarts importants », explique Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa. « Les enquêtes par téléphone ne sont pas les plus efficaces ou faciles, et beaucoup sont réalisées par téléphone » dans les villes moyennes, ajoute Jean-Daniel Levy, directeur délégué de Harris Interactive. Plongée dans la fabrique des sondages.

Le