Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes
Credit:Clement Tissot/SIPA/2304131231

Budget : « L’effort repose à 70 % sur des hausses de prélèvements », selon Pierre Moscovici

Selon l’avis du Haut Conseil des finances publiques, la précision de déficit faite par le gouvernement dans le budget 2025 est « fragile ». Quant au déficit 2024, le président de l’institution, Pierre Moscovici, juge son dérapage « absolument considérable et totalement inédit ». Il est auditionné vendredi matin au Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Il n’a pas la même vision. Alors que le gouvernement a présenté le budget 2025 et le budget de la Sécu ce jeudi soir, en Conseil des ministres, le Haut Conseil des finances publiques, présidé par Pierre Moscovici, n’a pas la même lecture des choses. Celle-ci est moins optimiste.

S’il salue dans son avis les efforts fait par le gouvernement Barnier, il met en garde. « La prévision de déficit public de 5,0 points de PIB pour 2025 est fragile du fait de l’optimisme du scénario macroéconomique sur lequel elle repose et de l’ampleur des mesures à mettre en œuvre sans que celles-ci soient documentées à ce stade », pointe l’institution.

Auditionné ce jeudi soir à l’Assemblée, Pierre Moscovici a mis les pieds dans le plat au sujet du déficit 2024. « Entre ce que vous avez voté et ce qui sera en principe réalisé, il y a 1,7 point de PIB (produit intérieur brut, ndlr) et 52 milliards d’euros. Je crois qu’on peut dire que c’est absolument considérable et totalement inédit », a affirmé Pierre Moscovici. Il sera auditionné demain matin par les sénateurs de la commission des finances.

« Incertitude non négligeable »

Dans son avis, le Haut conseil considère notamment que « la prévision de recettes, de dépenses et donc de solde public pour 2024 est encore affectée d’une incertitude non négligeable, mais est cohérente avec les informations comptables et budgétaires disponibles et avec le scénario macroéconomique. En revanche, il estime que le scénario macroéconomique pour 2025 est dans l’ensemble fragile », est-il précisé. De plus, « le détail des économies attendues sur le budget de l’État et les dépenses d’assurance-maladie, ainsi que certaines hausses de prélèvements obligatoires (baisse des allègements généraux de cotisations, mécanisme d’imposition minimale pour les particuliers), notamment, ne sont pas documentés ».

L’institution présidée par Pierre Moscovici lance aussi un pavé dans la marre. Contrairement à ce qu’affirme le premier ministre, qui soutient que sur les 60 milliards d’euros d’efforts, les deux tiers (40 milliards) viennent des économies et un tiers (20 milliards) vient des hausses d’impôts, le Haut conseil fait un tout autre calcul : « Cet effort repose à 70 % sur des hausses de prélèvements obligatoires (30 Md€, soit un point de PIB) et à 30 % sur les dépenses (12 Md€, soit 0,4 point de PIB) », est-il écrit dans l’avis, qui fixe le total de « l’effort structurel » à 42 milliards, un chiffre qui diffère des 60 milliards du gouvernement, en raison « d’un mode de calcul différent ». De quoi nourrir les questions des sénateurs, vendredi matin, pour son audition au Sénat.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Budget : « L’effort repose à 70 % sur des hausses de prélèvements », selon Pierre Moscovici
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le