LES RENCONTRES DE LA GAUCHE 2025
PASCAL RODRIGUEZ/SIPA

Budget : Olivier Faure juge « très en deçà » les pistes de Matignon, mais donne une « chance » à Lecornu de se rattraper

« Je veux donner sa chance au premier ministre », a réagi le numéro 1 PS, alors que Matignon a donné plusieurs pistes à la presse, jugées insuffisantes par les socialistes. Si rien ne change, « nous censurerons le gouvernement dès le discours de politique générale », met la pression Olivier Faure.
François Vignal

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Pas encore de budget, mais des « pistes », que Matignon a fait fuiter opportunément auprès de la presse, ce jeudi. Alors que les manifestants battent à nouveau le pavé ce jeudi, l’exécutif a levé le voile sur les mesures qui pourront se retrouver dans le projet de loi de finances : « Défiscalisation et allègement de charges sociales sur les heures supplémentaires », « rétablissement de la prime du partage de la valeur », soit la « prime Macron », « baisse de l’impôt sur le revenu sur les couples légèrement au-dessus du Smic » et une « mesure encourageant les transmissions intergénérationnelles ciblées sur les petits enfants et les jeunes », a fait savoir dans la matinée l’entourage du premier ministre, qui précise qu’« à ce stade rien n’est encore arbitré ».

Autant de mesures qui caressent dans le sens du poil les LR. Les heures supp’ font d’ailleurs partie explicitement de leur liste de course. Celles sur la transmission est aussi une demande. Et toute baisse d’impôt sera toujours appréciée à droite. On comprend pourquoi ces mesures vont « plutôt dans la direction » de la droite, reconnaissent des conseillers LR.

« Il a dit qu’il était prêt à renverser la table, avouez que pour l’instant, on est loin d’avoir vu la table se renverser », pointe Olivier Faure

A gauche en revanche, on reste clairement sur sa faim. C’est depuis les rangs de la manifestation, dans les rues de Paris, que le premier secrétaire, Olivier Faure, a réagi. « C’est sûr qu’il vaut mieux faire quelque chose en direction des salariés plutôt que rien », admet le député PS, « mais la réalité, c’est que c’est très en deçà de ce que nous attendons », a regretté le numéro 1 du PS. Le député ne ferme cependant pas la porte, avant de se rendre à Matignon rencontrer à nouveau Sébastien Lecornu vendredi matin. « Nous verrons demain. Moi, je veux donner sa chance au premier ministre », affirme Olivier Faure. Quelques minutes après, quelques sifflets, à l’adresse des socialistes, se font entendre du cortège.

Mais les socialistes espèrent ne pas se déplacer pour rien demain, sinon… « Peut-être que demain rien n’aura changé. Auquel cas, nous censurerons le gouvernement dès le discours de politique générale », prévient Olivier Faure, alors que le gouvernement a besoin de la non-censure du PS pour espérer adopter son budget. « Il a dit qu’il était prêt à renverser la table, avouez que pour l’instant, on est loin d’avoir vu la table se renverser », raille le responsable PS, qui « attend de voir ce que le premier ministre a à dire, quelle est sa copie, qu’est-ce qu’il veut présenter aux Français ».

Dans l’idéal, il « souhaite qu’il reprenne l’intégralité de nos propositions », mais Olivier Faure reconnaît n’être « pas sûr qu’il le fasse ». Il rappelle que le PS propose « 6 milliards d’euros pour le pouvoir d’achat des Français » via une baisse de la CSG entre 1 et 1,4 Smic, pouvant représenter « 1500 euros de plus par an » pour un couple. Et si le premier ministre a clairement écarté la taxe Zucman, qui rapporterait 15 milliards d’euros par an selon les socialistes, le PS a déjà fait savoir qu’il était prêt à accepter une autre mesure, à condition qu’elle vise les ultras riches qui échappent à l’impôt, et rapporte autant. « Ce que je veux, c’est un rendement », dit le numéro 1 du PS, qui remarque que « la grande vertu de la taxe Zucman, c’est d’avoir mis en lumière que plus vous êtes riche, moins vous payez d’impôts ».

« Demain, à Matignon, on n’ira pas négocier, on aura une petite explication de texte », prévient Marine Tondelier

Si les socialistes attendent que le premier ministre abatte toutes ses cartes pour se prononcer, Les Ecologistes savent déjà qu’ils ne sont pas prêts à suivre. Ils honoreront l’invitation à Matignon, vendredi. Mais on risque d’être plus dans le face-à-face que dans la visite de courtoisie.

« Demain, à Matignon, on n’ira pas négocier, on aura une petite explication de texte », a lancé au micro de BFMTV la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, elle aussi présente dans la manifestation. Elle préfère ironiser sur les pistes mises sur la table. « Maintenant, il faut être en couple pour avoir des avantages sociaux dans ce pays. Je ne sais même pas combien de personnes ça concerne. Et ils ont rappelé l’AFP pour dire que ce sera un peu plus que le Smic. Je ne comprends rien à ce qu’ils racontent », pointe la secrétaire nationale des Ecologistes. Evoquant les heures supplémentaires, elle ajoute :

 Ils ressortent la même mesure. Il y a une forme de recyclage. Il y a au moins un truc écolo dans ce qu’ils racontent… 

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes.

Pour Marine Tondelier, il n’y a « pas de compromis » qui se dessine, si ce n’est « des choses minuscules », soutient-elle, bien insuffisant. Pas de quoi renverser la vapeur. Et les noms qui circulent – Retailleau, Darmanin, Borne, Valls – pour le gouvernement, soit des sortants, n’a pas de quoi la rassurer : « Leur équation est insoluble car à remettre les mêmes, au même endroit, les mêmes causes produisent les mêmes conséquences ».

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