Lecornu marche
Stephane Lemouton/SIPA

Budget : « On ne repartira pas de zéro, mais il sera forcément modifié » affirme François Patriat après sa rencontre avec Sébastien Lecornu

Le premier ministre Sébastien Lecornu a entamé ce mercredi ses consultations par son parti, Renaissance. Des rencontres qui ne se limiteront pas aux formations politiques. « Il recevra tout le monde, tous les partis et les syndicats aussi », affirme le patron des sénateurs macronistes, François Patriat, après avoir été reçu à Matignon. Voulant « un socle commun solidaire », Sébastien Lecornu « a dit qu’il allait beaucoup parler avec la gauche ».
François Vignal

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Il n’a pour l’heure rien ajouté sur son nouveau bureau de premier ministre. Pas le temps. A peine la passation de pouvoir entre François Bayrou et Sébastien Lecornu expédiée au pas de charge, ce mercredi, à l’heure du déjeuner, le nouveau locataire de Matignon a entamé ses consultations, conformément à la feuille de route donnée par Emmanuel Macron, en le nommant. L’objectif fixé par l’Elysée est clair : « Consulter les forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la Nation et bâtir les accords indispensables aux décisions des prochains mois », selon le communiqué de la présidence, annonçant sa nomination.

Cette nouvelle série de consultations – on commence à en avoir l’habitude – s’est donc ouverte dès ce mercredi, avec des représentants du socle commun. C’est Renaissance, parti du nouveau premier ministre, qui a ouvert le bal, à 14h30, avec le président du groupe EPR de l’Assemblée et patron de Renaissance, Gabriel Attal, le président du groupe RDPI (Renaissance) du Sénat, François Patriat, ainsi que Stéphanie Rist, première vice-présidente du groupe Ensemble pour la République.

« Sébastien Lecornu est habile, fin négociateur et en même temps réservé, pas expansif, adroit et malin »

A la sortie, François Patriat semble avoir apprécié cette première entrevue. « On connaît bien Sébastien, il est habile, fin négociateur et en même temps réservé, pas expansif, adroit et malin. Il a du savoir-faire », salue le président du groupe RDPI, dont le nouveau premier ministre a fait partie. Elu sénateur de l’Eure en 2020, on lui prêtait même alors quelques visées, à terme, pour le Plateau, c’est-à-dire la présidence du Sénat. En réalité, l’ancien ministre des Armées a à peine occupé la fonction, le temps de passer une tête à la première réunion de groupe, choisissant sans surprise de rester plutôt au gouvernement. Ce siège à la Haute assemblée lui assure ses arrières. Si l’aventure de Matignon ne dure que deux mois, Sébastien Lecornu pourra revenir au Sénat retrouver son fauteuil de sénateur.

Cette dimension sénatoriale n’est pas pour déplaire au président du groupe macroniste du Sénat. « Il est issu du groupe RDPI. Le poète Ronsard disait, quand il parlait du village de Pommard, « comment un aussi petit village a-t-il pu faire d’aussi grands vins ? » Et bien comment un aussi petit groupe peut-il produire d’aussi grands hommes ? » plaisante François Patriat, qui, faut-il le rappeler, est sénateur de la Côte-d’Or et ancien président de la région Bourgogne.

Plus sérieusement, François Patriat explique que le nouveau locataire de Matignon « mesure la gravité de la situation, du moment, de la tâche qui lui incombe, tout en restant le personnage qu’on connaît. Il est assez secret ».

Remettre de l’ordre dans le socle commun

Pour le nouveau premier ministre, sa prise de fonction sera déjà l’occasion de remettre de l’ordre dans le socle commun, dont le quotidien, depuis un an, a été marqué par les bisbilles, tensions et autres coups tordus. « Aujourd’hui, c’était un discours sur la méthode. Comment le socle va tourner, comment s’entendre avec la majorité, quel rythme de réunions », explique François Patriat.

Pour améliorer le fonctionnement de la majorité, Sébastien Lecornu entend remettre du liant. Et compte bien faire passer le message. « Il veut un socle commun solidaire. Il veut s’appuyer sur un socle capable de soutenir le gouvernement, d’impulser, de montrer son unité », explique le fidèle d’Emmanuel Macron. Pour les députés EPR, cela passe aussi par la nécessité de « considérer » le groupe, avec plus de réunions. Pour animer la vie du socle commun, François Patriat ajoute qu’« il y aura sans doute des réunions avec l’intergroupe. Je l’ai demandé ».

« Il recevra tout le monde, tous les partis et les syndicats aussi »

Toujours sur la méthode, le « PM » va consulter largement. « Il est convaincu qu’il est possible de dialoguer avec la majorité mais aussi les oppositions, ce qu’il va faire le plus vite possible. Il recevra tout le monde, tous les partis et les syndicats aussi », glisse François Patriat.

Sur le fond, Sébastien Lecornu n’aura pas le temps de se faire la main avec quelques dossiers. Il doit se confronter à la question très sensible du projet de loi de finances 2026, dont l’adoption est aussi incertaine qu’avoir de la neige à Noël au Touquet.

« Comment trouver une compensation aux jours fériés ? »

« Pour le budget, on ne repartira pas de zéro, mais il sera forcément modifié, tenant compte des irritants », nous affirme François Patriat. Le squelette budgétaire sera donc celui du plan présenté par François Bayrou le 15 juillet, de la même manière que le budget Bayrou partait du budget Barnier… qui lui-même avait été préparé en amont par le gouvernement Attal. Pas sûr que cette continuité, qui peut s’expliquer aussi par les contraintes de temps, plaise aux oppositions.

La suppression de deux jours fériés, proposition de François Bayrou dont à peu près personne ne veut, est évidemment sur la sellette. François Bayrou lui-même était déjà prêt à revenir dessus. L’enjeu est maintenant de savoir « comment trouver une compensation aux jours fériés, sachant très bien malgré tout, qu’il y a des chiffres sur lesquels on ne peut pas revenir ». Le sénateur Renaissance parle ici du rythme de réduction du déficit. Alors que le PS vise un retour sous les 3 % de déficit en 2032, au lieu de 2029, François Patriat pense pour sa part que « si (l’effort) est modifiable, c’est à la marge. Ce n’est pas 20 milliards de moins. Au Sénat, on dit que si on arrive entre 38 et 42 milliards d’économies, ce serait bien », alors que le budget Bayrou fixait 44 milliards d’économies dès l’année prochaine.

Taxer les plus riches, « une idée qui est passée dans l’opinion »

Quant à la taxation des plus riches, autre demande des socialistes, avec qui le gouvernement devra trouver un accord de non-censure s’il veut adopter son budget, le président du groupe RDPI soutient « à titre personnel, qu’il faut que chacun participe à proportion de ses moyens ». Selon François Patriat, « c’est une idée qui est passée dans l’opinion, on ne reviendra pas dessus ». Autrement dit, un point remporté par la gauche. Reste à déterminer quelle modalité de taxation et surtout pour quel rendement.

Autant de sujets qui devraient nourrir les consultations avec le PS ou les écologistes dans les semaines à venir. « Il a dit qu’il allait beaucoup parler avec la gauche », assure François Patriat. Encore faut-il qu’Emmanuel Macron lui laisse suffisamment de marge de manœuvre, soit de billes à lâcher aux socialistes. Ces derniers ont déjà prévenu : tout « deal » se paiera cette fois très cher…

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