La lettre commence par « mesdames et messieurs les parlementaires ». Elle aurait dû plutôt débuter par « mesdames et messieurs les députés ». Comme annoncé, Sébastien Lecornu a écrit mardi une lettre aux parlementaires pour leur « rendre compte » de la copie finale du projet de loi finances (PLF) 2026, « fruit d’un compromis » avec les forces politiques, en particulier le PS. Grâce à un nouvel accord de non-censure avec le Parti socialiste, Sébastien Lecornu, qui engage la responsabilité de son gouvernement sur le budget avec le 49.3, va sauver sa tête.
« Il doit y avoir des problèmes avec La Poste »
Mais cette lettre de cinq pages, conclue d’un « bien à vous » de Sébastien Lecornu, a seulement été envoyée… aux députés. Selon nos informations, aucun sénateur ne l’a reçue. Y compris les présidents de groupe. Ni Mathieu Darnaud, président du groupe LR, ni Hervé Marseille, président du groupe Union centriste, les deux piliers de la majorité sénatoriale, ne l’ont reçue. Même sort pour Jean-François Husson, rapporteur général de la commission des finances, qui à ce titre, porte le budget au Sénat… Patrick Kanner, président du groupe PS, qui a négocié avec Sébastien Lecornu aux côtés de Boris Vallaud et d’Olivier Faure, ne l’a pas davantage reçue, tout comme Guillaume Gontard, président du groupe écologiste.
Bercy a pourtant trouvé le temps d’envoyer cette lettre, dès mardi soir, dans une boucle presse, où on ne trouve pas moins de 637 journalistes…
Au Sénat, certains préfèrent encore en rire. « Il doit y avoir des problèmes avec La Poste », sourit un centriste, qui l’a « obtenue sous le manteau ». Un poids lourd du Palais, encarté à gauche, a dû compter aussi sur des voies parallèles pour récupérer la lettre.
« Mépris » de Sébastien Lecornu
Pas sûr que l’histoire réchauffe les relations entre le gouvernement et la majorité sénatoriale, refroidies depuis le départ précipité des LR et de Bruno Retailleau du gouvernement, puis lors de l’échec de la CMP sur le budget, en fin d’année 2025. « No comment », préfère botter en touche un cadre des sénateurs LR, qui n’en pense pas moins. Max Brisson, porte-parole du groupe LR, dénonce lui le « mépris » de Sébastien Lecornu et pointe « le dialogue exclusif avec l’Assemblée, et particulièrement le groupe PS ». « Ce budget n’est pas sincère et cela lui reviendra en boomerang », ajoute le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques.
« Le Sénat est exclu », constate pour sa part Guillaume Gontard, qui ajoute que « depuis le début, le premier ministre ignore le Sénat et en particulier la majorité. Ils récoltent les effets de leur positionnement très dogmatique et sans compromis ».
Que les sénateurs se rassurent. S’ils ne sont pas dans la mailing liste, « c’est tout à fait normal », tente de convaincre un soutien du gouvernement. En réalité, on apprend qu’une lettre viendra, mais en temps voulu. Un texte spécifique, dédié au Sénat, sera envoyé aux sénateurs au moment ou la copie budgétaire leur sera renvoyée, confie une source avisée. Ce premier courrier n’était bien destiné qu’aux députés, suite au dépôt des motions de censure.
Une justification que reprend ironiquement à son compte un sénateur LR : « En fait, l’explication est que la lettre concerne les députés… Pour expliciter les choix de Matignon dans la perspective de motions de censure ». Est-il convaincu ? « Non, bien sûr… »