Paris: Questions au gouvernement Senat
ISA HARSIN/SIPA

Budget : quand Sébastien Lecornu zappe les sénateurs dans sa lettre aux parlementaires…

Suite aux recours au 49.3 par le premier ministre pour faire adopter le budget, Sébastien Lecornu a écrit aux parlementaires pour expliquer les principales mesures de ce budget de compromis. Une lettre envoyée aux seuls députés en réalité. Les sénateurs, eux, ne l’ont pas reçue. Ils devront attendre le retour du texte à la Haute assemblée pour que le premier ministre leur écrive.
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La lettre commence par « mesdames et messieurs les parlementaires ». Elle aurait dû plutôt débuter par « mesdames et messieurs les députés ». Comme annoncé, Sébastien Lecornu a écrit mardi une lettre aux parlementaires pour leur « rendre compte » de la copie finale du projet de loi finances (PLF) 2026, « fruit d’un compromis » avec les forces politiques, en particulier le PS. Grâce à un nouvel accord de non-censure avec le Parti socialiste, Sébastien Lecornu, qui engage la responsabilité de son gouvernement sur le budget avec le 49.3, va sauver sa tête.

« Il doit y avoir des problèmes avec La Poste »

Mais cette lettre de cinq pages, conclue d’un « bien à vous » de Sébastien Lecornu, a seulement été envoyée… aux députés. Selon nos informations, aucun sénateur ne l’a reçue. Y compris les présidents de groupe. Ni Mathieu Darnaud, président du groupe LR, ni Hervé Marseille, président du groupe Union centriste, les deux piliers de la majorité sénatoriale, ne l’ont reçue. Même sort pour Jean-François Husson, rapporteur général de la commission des finances, qui à ce titre, porte le budget au Sénat… Patrick Kanner, président du groupe PS, qui a négocié avec Sébastien Lecornu aux côtés de Boris Vallaud et d’Olivier Faure, ne l’a pas davantage reçue, tout comme Guillaume Gontard, président du groupe écologiste.

Bercy a pourtant trouvé le temps d’envoyer cette lettre, dès mardi soir, dans une boucle presse, où on ne trouve pas moins de 637 journalistes…

Au Sénat, certains préfèrent encore en rire. « Il doit y avoir des problèmes avec La Poste », sourit un centriste, qui l’a « obtenue sous le manteau ». Un poids lourd du Palais, encarté à gauche, a dû compter aussi sur des voies parallèles pour récupérer la lettre.

« Mépris » de Sébastien Lecornu

Pas sûr que l’histoire réchauffe les relations entre le gouvernement et la majorité sénatoriale, refroidies depuis le départ précipité des LR et de Bruno Retailleau du gouvernement, puis lors de l’échec de la CMP sur le budget, en fin d’année 2025. « No comment », préfère botter en touche un cadre des sénateurs LR, qui n’en pense pas moins. Max Brisson, porte-parole du groupe LR, dénonce lui le « mépris » de Sébastien Lecornu et pointe « le dialogue exclusif avec l’Assemblée, et particulièrement le groupe PS ». « Ce budget n’est pas sincère et cela lui reviendra en boomerang », ajoute le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques.

« Le Sénat est exclu », constate pour sa part Guillaume Gontard, qui ajoute que « depuis le début, le premier ministre ignore le Sénat et en particulier la majorité. Ils récoltent les effets de leur positionnement très dogmatique et sans compromis ».

Que les sénateurs se rassurent. S’ils ne sont pas dans la mailing liste, « c’est tout à fait normal », tente de convaincre un soutien du gouvernement. En réalité, on apprend qu’une lettre viendra, mais en temps voulu. Un texte spécifique, dédié au Sénat, sera envoyé aux sénateurs au moment ou la copie budgétaire leur sera renvoyée, confie une source avisée. Ce premier courrier n’était bien destiné qu’aux députés, suite au dépôt des motions de censure.

Une justification que reprend ironiquement à son compte un sénateur LR : « En fait, l’explication est que la lettre concerne les députés… Pour expliciter les choix de Matignon dans la perspective de motions de censure ». Est-il convaincu ? « Non, bien sûr… »

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Olivier Faure convention municipales 2026
10min

Politique

Municipales : le PS fait du scrutin un « enjeu majeur » dans la bataille du leadership face à LFI

Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».

Le

Rachida Dati, at the Mutualite, 2026 municipal elections. Paris.
9min

Politique

Municipales 2026 : les LR visent la stabilité, tout en rêvant d’un exploit à Paris

En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.

Le

BORDEAUX : second round of mayoral elections
17min

Politique

Municipales : les enjeux détaillés, parti par parti

Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.

Le

« Le gouvernement est à l’action », tient à rassurer Sébastien Martin.
4min

Politique

Prix des carburants : « Il n’y a pas de risque de pénurie », déclare Sébastien Martin

En réaction aux bombardements israélo-américains, l’Iran a bloqué le détroit très stratégique d'Ormuz. Plus de 20 % des stocks de pétrole mondiaux y transitent par bateaux, entraînant une flambée du prix des carburants à travers le monde. Invité dans l’émission Bonjour chez vous, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à balayer les inquiétudes des particuliers et des professionnels.

Le