Budget Sécu: vers un vote de l’Assemblée, le pouvoir d’achat au centre des débats
Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2019 sera soumis mardi au vote de l'Assemblée nationale après une semaine d...

Budget Sécu: vers un vote de l’Assemblée, le pouvoir d’achat au centre des débats

Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2019 sera soumis mardi au vote de l'Assemblée nationale après une semaine d...
Public Sénat

Par Pierre ROCHICCIOLI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2019 sera soumis mardi au vote de l'Assemblée nationale après une semaine d'intenses débats où la question du pouvoir d'achat des retraités a provoqué des tensions jusqu'au sein de la majorité.

Soutenu par la majorité LREM-MoDem, le texte devrait être adopté sans difficulté en première lecture comme l'a été le volet recettes du budget de l'Etat le 23 octobre.

Pour la première fois depuis 18 ans, ce budget, le deuxième du quinquennat, est positif, avec 700 millions d'euros d'excédents prévus en 2019 pour les quatre branches du régime général et le Fonds de solidarité vieillesse (FSV).

Un résultat dont le gouvernement entend profiter pour désendetter la Sécu, l'objectif étant de "faire totalement disparaître" la dette "en 2024", a indiqué la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui porte le texte avec Gérald Darmanin (Comptes publics).

La ministre a également expliqué vouloir avec ce budget conforter "un état providence" en l'adaptant à "l'évolution de notre économie", pour investir dans "notre système de santé" et protéger "les plus fragiles".

Mais pour atteindre les objectifs budgétaires, des économies de 5,7 milliards d'euros sont demandées aux grandes branches de la Sécu, notamment sur les prestations sociales, la médecine de ville et l'industrie pharmaceutique.

L'Assemblée a voté dans ce cadre une limitation à 0,3% de la revalorisation des pensions de retraites et allocations, bien en deçà de l'inflation, pour économiser 1,8 milliard d'euros.

- "Trahison" -

"Nous avons décidé d'augmenter toutes les prestations mais selon des taux différenciés. Nous nous sommes focalisés sur les prestations qui nous semblent les plus importantes pour les personnes vulnérables" (minimum vieillesse, allocation adulte handicapé...), a justifié la ministre.

Mais cette mesure, qui intervient après le report d'octobre 2018 à janvier 2019 de la revalorisation des pensions retraites et la hausse de 1,7 point de la CSG (contribution sociale généralisée) de janvier 2018 pour financer des suppressions de cotisations afin de "récompenser le travail", a été vivement critiquée par l'opposition.

"Vous avez perdu la bataille du pouvoir d'achat", a notamment lancé Eric Woerth (LR) aux ministres, tandis que le communiste Pierre Dharréville a dénoncé "une attaque en règle contre le pouvoir d'achat des retraités".

Pour compenser l'impact de la hausse de la CSG, l'Assemblée a voté une exonération en faveur de 350.000 foyers modestes, pour un coût de 350 millions d'euros.

Elle a en revanche rejeté l'amendement de députés LREM qui proposaient, contre l'avis du gouvernement, une progressivité de la CSG pour faire moins contribuer les plus pauvres et davantage les plus aisés. Une démarche qualifiée "d'erreur politique" et de "trahison" du programme présidentiel par le patron du groupe majoritaire, Gilles Le Gendre.

En revanche le gouvernement a fait machine arrière sur la fin programmée dès 2019 de l'exonération de cotisations pour l'emploi de travailleurs saisonniers (TO/DE), dénoncée comme "coûteuse" pour "les maraîchers, arboriculteurs et viticulteurs".

Une sortie progressive sur deux ans, présentée comme un compromis, a finalement été adoptée. Mais l'opposition a dénoncé "une compensation incomplète", qui fera 40.000 perdants selon le PS.

Face aux critiques, les ministres avaient pourtant rappelé la volonté du chef de l'Etat de porter l'effort vers le travail, les actifs, tout en protégeant les plus fragiles.

Dans ce cadre, les députés ont d'ailleurs voté la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires à compter du 1er septembre 2019, "une mesure favorable au pouvoir d'achat des ouvriers et des employés", a vanté Gérald Darmanin.

Ils ont aussi donné leur feu vert au futur "reste à charge zéro" qui vise à offrir à tous les Français un accès à des lunettes, prothèses dentaires et auditives pris en charge par la sécu et les complémentaires santé. Mais l'opposition a prédit en compensation "une augmentation des tarifs des mutuelles".

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Budget Sécu: vers un vote de l’Assemblée, le pouvoir d’achat au centre des débats
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le