Budget : un accord en commission mixte paritaire ne se fera « pas à n’importe quel prix », prévient Jean-François Husson

Le projet de loi de finances, adopté à l’unanimité par le Sénat lundi, sera discuté en commission mixte paritaire à partir de vendredi. Les voies négociations s’annoncent contraintes, sur une copie portant le déficit à 5,1% du PIB. Un montant dont la majorité sénatoriale refuse de porter la responsabilité.
Aglaée Marchand

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Sortie du Sénat avec un déficit de 5,1 % du PIB, la copie du projet de loi de finances (PLF) s’est largement éloignée des 4,7 % initialement prévus par le gouvernement, et ardemment revendiqués par la majorité de la droite et du centre de la Chambre haute. Chez les élus LR, le doigt est pointé sur l’exécutif, et les négociations passées avec la gauche : « Il faut le dire : la copie que le gouvernement a finalement transmise au Sénat est dégradée par l’accord qui est intervenu sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale entre l’Assemblée nationale et le gouvernement », s’agace le rapporteur général de la commission des Finances, Jean-François Husson, « le gouvernement nous a transmis un déficit à 5,1 %, […] ça veut dire qu’il accepte 5,1 % ». Avec l’adoption mardi au palais Bourbon du PLFSS, le déficit public total monte à 5,3 %.

Le sénateur de Meurthe-et-Moselle fait part d’un « mécontentement » et d’une « exaspération » dans ses troupes, accentués par la prise de parole de Roland Lescure dans l’hémicycle lundi, renvoyant la balle aux élus et les appelant à revoir l’addition. « Il ne faut pas faire de provocation […], parce que le gouvernement aurait dû présenter une copie dans laquelle il donnait ses principales orientations, […] parce que dans tout pays, le pouvoir exécutif a la responsabilité de conduire la politique de la Nation », n’en démord pas Jean-François Husson. Pourtant, au sein même de la majorité, des voix discordantes s’élèvent, estimant que les efforts n’ont pas été à la hauteur. « Je le constate, [mais] ce n’est pas au Parlement de trancher tous les sujets », balaie-t-il, « on ne pourra pas nous reprocher de ne pas avoir mis de propositions sur la table. Certaines sont passées, d’autres ont été refusées ».

« Il y a déjà un peu de parasitages, on va essayer de faire au mieux »

La tension monte à l’approche de la commission mixte paritaire (CMP), qui réunira vendredi – et potentiellement samedi, sept sénateurs et sept députés, avec la lourde tâche de tenter de décrocher un texte d’accord. Le sénateur LR veut croire à une issue positive, et à l’esprit de bon sens des parlementaires : « La CMP, elle est globalement dans la même logique […] qu’au mois de janvier de cette année, avec une CMP qui s’annonçait impossible et explosive, et où le Sénat et l’Assemblée nationale ont su se mettre d’accord posément ». « La France mérite qu’on mette de côté nos plus fortes irritations et notre mécontentement, mais ça veut dire que ça ne peut pas se faire à n’importe quel prix, et pour personne », prévient-il tout de même. « J’en appelle à chacun à regarder les choses posément, calmement. […] Donner un budget à la France me paraît être un devoir, et un devoir collectif ».

Mais la voie vers des compromis semble bien mince, entre des députés socialistes réclamant dix milliards de recettes et de dépenses supplémentaires, et une majorité sénatoriale qui cherchera à couper davantage : « Il y a déjà un peu de parasitages, on va essayer de faire au mieux », concède Jean-François Husson. La loi spéciale s’imposera-t-elle in fine ? « A titre personnel, je vous le dis, ce serait un échec, […] même pour le Sénat. Je pense que notre République aujourd’hui, doit être dans la voie de la responsabilité. La responsabilité, aujourd’hui, il faut aller au bout. Le Premier ministre a une responsabilité imminente, il doit éclairer le paysage et donc dire dans quelles conditions il va utiliser le 49-3 ».

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