Oui à la non-censure. Les députés PS se sont « très largement » prononcés ce mardi matin en réunion de groupe, selon une source interne, pour ne pas voter la censure du gouvernement Lecornu. Après l’annonce par le premier ministre, Sébastien Lecornu, de finalement recourir au 49.3 pour adopter le budget, LFI et le RN ont déposé une motion de censure. Mais grâce à la non-censure des socialistes, près d’un an après la même situation avec le gouvernement Bayrou, l’équipe Lecornu va sauver sa tête.
Plus tôt dans la matinée, le numéro 1 du PS, Olivier Faure, avait vendu la mèche. « On n’a pas encore vu la copie finale mais de ce que l’on comprend de ce que nous dit le premier ministre, effectivement les conditions seront remplies, a expliqué le premier secrétaire au micro de France Inter, « donc nous ne censurons pas le gouvernement ».
Mais une non-censure, ça se paie. Les socialistes ont obtenu une série de concessions : hausse de la prime d’activité, repas à 1 euro pour les étudiants, prolongation de la taxe sur les grandes entreprises qui rapportera près de 8 milliards d’euros. Malgré les critiques des insoumis, peut-on parler d’une victoire pour le PS ? « C’est une victoire pour les Français », rétorque le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner, « une victoire pour ceux qui ne devaient pas être les variables d’ajustement des erreurs budgétaires commises pendant tant d’années. C’est bien qu’il n’y ait pas d’année blanche et que les plus modestes aient une petite revalorisation de leurs revenus. C’est bien que 200.000 Français soient épargnés de payer l’impôt sur le revenu (par son indexation, ndlr), ce qui aurait été une sanction pour ces personnes qui ont tellement de mal à payer leur fin de mois », salue ce mardi midi le patron des sénateurs socialistes, à l’issue de sa réunion de groupe.
« Victoire politique d’une stratégie »
Mais le PS espère bien en tirer les fruits. « Quelque part, ceux qui ont gagné, ce sont les Français, mais pour les socialistes, c’est leur crédibilité, leur esprit de responsabilité et le fait qu’on soit allé négocier sans jamais refuser les mains tendues du gouvernement », reconnaît quand même Patrick Kanner, qui « espère que cela sera reconnu, y compris lors des échéances municipales à venir ». « Globalement, les socialistes ont été entendus sur ce budget, que ce soit sur le PLFSS ou le PLF », ajoute un de ses collègues du groupe.
Selon un autre sénateur socialiste, « c’est une victoire politique d’une stratégie, depuis la nomination de Lecornu. Et ce n’était pas la stratégie du Nouveau front populaire », fait remarquer cet élu, qui continue : « Pour les macronistes, ça leur permet de rester au pouvoir tout en renonçant largement à leur politique. Chez les socialistes, c’est une victoire dans la mesure où tout ce que nous avons conquis est désintéressé en termes de postes ».
« Sur le PLFSS, on obtient sans doute davantage dans l’opposition, que si on était au gouvernement »
En « off », en sent presque un début d’euphorie chez quelques parlementaires. « C’est un beau budget », s’enthousiasme un socialiste. Certains, au PS, vont même jusqu’à dire qu’ils ont plus obtenu, que si Emmanuel Macron les avait nommés à Matignon. « Sur le PLFSS, on obtient sans doute davantage dans l’opposition, que si on était au gouvernement, où on devrait faire plus de concessions », estime ainsi un député PS qui a suivi de près les travaux. Le même ajoute : « Si on était au gouvernement, le socle commun nous ferait danser. Celui qui est au gouvernement prend le plus sur lui ». C’est la loi du plus faible, ou plutôt de la minorité qui, quand les conditions le permettent, peut s’imposer, du moins pour partie.
Mais tout n’est pas tout rose, y compris pour les socialistes. Mais comme dit un sénateur PS, « c’est un budget de moindre mal », qui ne plaira totalement à personne. Le Parti socialiste n’a pas été entendu sur tout. « Ce n’est pas notre budget. Si nous étions au pouvoir, nous aurions fait d’autres choix et des choix de justice fiscale beaucoup plus appuyés. Mais il faut avancer. Nous sommes sur un texte de compromis », soutient Patrick Kanner, qui ajoute : « On n’a pas tout obtenu, loin de là. Mais on a obtenu assez pour ne pas envisager de rajouter du chaos au chaos ».
Entourloupe sur le budget de l’hôpital ?
Sur les collectivités, si le gouvernement tente d’amadouer la majorité sénatoriale, en limitant à 2 milliards d’euros, au lieu de 4,6 milliards, comme l’ont voté les sénateurs LR, l’effort qui leur est demandé, pour les sénateurs PS, c’est encore trop. « On passe de 800 millions d’euros l’an dernier à 2 millions », rappelle Thierry Cozic, chef de file du groupe PS sur le budget. « Je veux avoir des propos extrêmement clairs et fermes : aujourd’hui, le groupe PS du Sénat a toujours dit que le Dilico (système d’épargne imposée aux collectivités, ndlr) ne fonctionne pas », pointe le sénateur PS de la Sarthe, qui ajoute que « l’effort demandé aux collectivités, c’est un choix gouvernemental qui n’est pas la proposition des socialistes. Au groupe PS, nous ne sommes pas d’accord avec ça ».
Autre critique : sur le budget de l’hôpital. Le PS a obtenu durant les débats, à l’Assemblée, une rallonge de 850 millions d’euros, favorisant son vote sur l’ensemble du budget de la Sécu. Mais depuis, le gouvernement a décidé par décret « + 0 % pour l’évolution des tarifs des hôpitaux », grince un sénateur du groupe PS, pour le moins remonté : « C’est une blague », lâche ce sénateur, qui craint l’entourloupe, surtout que les établissements sont financés par le nombre d’actes. Donc si victoire il y a, c’est une victoire au goût amer. « Mais en politique, ce sont les apparences qui comptent. A cet aune-là, c’est une victoire… », pointe le même.
« Si on avait dit, le 49.3 on s’en fout, on n’aurait jamais obtenu ce qu’on a obtenu »
Comme dit l’adage, cher aux sénateurs, c’est à la fin de la foire, qu’on compte les bouses. Alors fallait-il demander le non-recours au 49.3, comme l’a fait Olivier Faure ? Plusieurs socialistes critiquaient, en interne, sa prise de position. « Si on avait dit, le 49.3 on s’en fout, on n’aurait jamais obtenu ce qu’on a obtenu sur le PLFSS ou le PLF », soutient un proche du premier secrétaire. « Tactiquement, ça a permis de pousser au compromis », reconnaît un sénateur PS, lui-même opposé au départ.
Quant à Olivier Faure, qui a su négocier étroitement avec Sébastien Lecornu, échangeant régulièrement avec lui, sort-il gagnant de cette interminable séquence ? « Olivier Faure sort renforcé, Boris Vallaud sort renforcé, Philippe Brun sort renforcé, le groupe PS et le PS en général sortent renforcés », rétorque une sénatrice PS. Que des gagnants.
« Le talent de tacticien d’Olivier Faure en sort conforté »
Un de ses collègues, qui n’est pas dans la majorité au PS, est plus critique. « On verra aux municipales et dans les mois prochains. Je ne suis pas sûr que le positionnement politique d’Olivier Faure en sorte plus lisible. Il était à fond pour le NFP il y a un an, il est à fond pour des compromis avec Lecornu cette année », pointe ce sénateur PS, qui reconnaît que « son talent de tacticien en sort conforté. Ça le recentre ». Mais si le numéro 1 du PS a fait sa mue, après avoir coupé les ponts avec Jean-Luc Mélenchon, « il la refera dans l’autre sens », raille ce sénateur. Ironie du sort, c’est finalement la ligne défendue par le challenger d’Olivier Faure, Nicolas Mayer Rossignol, lors du dernier congrès, qui est aux commandes et porte ses fruits aujourd’hui. « Ça montre que Faure est très plastique », juge un socialiste.
Reste à voir maintenant si Olivier Faure, qui pourrait caresser, lui aussi, quelques ambitions pour la présidentielle, pourrait vouloir dévoiler son jeu davantage. « En 2027, il y a un risque de majorité totalement introuvable. Il a voulu montrer qu’on peut gouverner sans majorité absolue. Et on l’a montré sur le PLFSS », confie un proche du premier secrétaire. En se recentrant et se dessinant un costume de l’homme du compromis, Olivier Faure n’a peut-être pas seulement cherché à donner un budget à la France mais, aussi, à jouer le coup d’après.