Bygmalion: la justice va examiner le recours de Sarkozy contre son renvoi au tribunal
La cour d'appel de Paris examine mercredi le recours de Nicolas Sarkozy contre son renvoi devant le tribunal correctionnel dans l...

Bygmalion: la justice va examiner le recours de Sarkozy contre son renvoi au tribunal

La cour d'appel de Paris examine mercredi le recours de Nicolas Sarkozy contre son renvoi devant le tribunal correctionnel dans l...
Public Sénat

Par Nathalie ALONSO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La cour d'appel de Paris examine mercredi le recours de Nicolas Sarkozy contre son renvoi devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012 et des fausses factures de la société Bygmalion.

A l'issue de l'audience à huis clos, la chambre de l'instruction devra dire début 2018 si les charges sont suffisantes pour ordonner le procès de Nicolas Sarkozy et de treize autres protagonistes, comme le réclame le parquet général.

Tous avaient fait appel de l'ordonnance du juge d'instruction signée le 3 février, une possibilité rarissime pour ce type de décision. Un seul recours, celui du parti Les Républicains, partie civile, a été déclaré irrecevable, pour une question de délai.

Retraité politique depuis sa défaite à la primaire de la droite en novembre 2016, Nicolas Sarkozy a été renvoyé pour "financement illégal de campagne électorale". Il lui est reproché d'avoir dépassé le plafond légal des dépenses électorales en ayant engagé des frais pour au moins 42,8 millions d'euros, sans tenir compte de deux alertes des experts-comptables de sa campagne en mars et avril 2012.

Ce chiffre est presque le double du plafond, alors fixé à 22,5 millions d'euros, conséquence d'une "stratégie" d'"occupation maximale de l'espace médiatique et télévisuel, avec la multiplication de meetings souvent spectaculaires", écrivait le juge Serge Tournaire dans son ordonnance.

Pour justifier son recours, la défense de Nicolas Sarkozy avait souligné "l'inanité" de cette ordonnance signée par un seul juge d'instruction, Serge Tournaire. L'autre magistrat cosaisi, Renaud Van Ruymbeke, ne partageait pas l'analyse de son collègue sur la responsabilité pénale de l'ex-candidat à l'Elysée, selon plusieurs observateurs du dossier.

"S'il y a un désaccord des juges, c'est qu'il y a des doutes, mais on ne sait pas sur quoi portent ces doutes", estime Me Alexandre Varaut, conseil de Philippe Blanchetier, l'un des avocats de l'UMP (devenu LR) mis en examen.

Pour l'avocat général, l'ensemble des charges doivent être confirmées. Dans ses réquisitions écrites, il estime que la responsabilité de l'ancien chef de l'Etat est "pleinement engagée", malgré "ses fermes dénégations quant à sa connaissance du dépassement du plafond de dépenses", selon une source proche du dossier.

- "Instructions" -

L'affaire, révélée en 2014, a mis au jour un système de fausses factures pour masquer l'emballement des dépenses de meetings, alors organisés par une filiale de Bygmalion. L'un des responsables de la campagne, Jérôme Lavrilleux, avait évoqué un "train qui filait à toute vitesse".

La fraude avait consisté à imputer à l'UMP (devenue Les Républicains) 16,2 millions d'euros de dépenses de Bygmalion, qui auraient dû figurer au compte officiel du candidat.

Pour l'avocat général, c'est "en connaissance de cause" que Nicolas Sarkozy a donné, "des instructions en faveur d'une augmentation des dépenses", ce que l'ancien chef de l'Etat a toujours nié. Contacté par l'AFP, son avocat n'a pas donné suite.

D'anciens cadres de l'ex-UMP, comme son directeur général Eric Cesari, ainsi que des responsables de l'équipe de campagne, dont son directeur Guillaume Lambert ou Jérôme Lavrilleux, et des dirigeants de Bygmalion et des experts-comptables: les treize autres protagonistes sont poursuivis pour faux, escroquerie ou complicité, abus de confiance ou recel et complicité de financement illégal de campagne.

La perspective d'un éventuel procès pourrait être retardée en cas de pourvoi en cassation. Si le procès devait avoir lieu, ce serait la deuxième fois qu'un ancien chef de l'Etat est jugé au tribunal dans une affaire politico-financière sous la Ve République, après Jacques Chirac (1995-2007), condamné en 2011 dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris.

L'audience à la cour d'appel coïncide avec l'examen le même jour d'un pourvoi en cassation, formé par Guillaume Lambert, contre la constitution de partie civile de l'association anticorruption Anticor dans ce dossier Bygmalion.

Partager cet article

Dans la même thématique

POLICE MUNICIPALE
3min

Politique

Projet de loi sur les polices municipales : « Il faut faire attention que ce qui a été ajouté est bien constitutionnel », prévient Laurent Nunez

L’extension de la liste des délits constatés par les policiers municipaux et les gardes champêtres s’apprête à être votée ce mardi 10 février au Sénat. Au cœur de ce texte, la possibilité pour les agents de verbaliser un certain nombre de délits pris sur le fait. Le Sénat a étendu le nombre d’infractions de neuf à une quinzaine, telles que l’occupation illicite de halls d’immeuble ou le port d’armes blanches. Le ministre de l’Intérieur, qui se félicite de débats « très constructifs », espère cependant que certains amendements votés par le Sénat, n'engendrent pas une censure du Conseil constitutionnel.

Le

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez
3min

Politique

Narcotrafic : « Il y a une crainte d’ingérence » lors des élections municipales », déclare Laurent Nunez

A un peu plus d’un mois des élections municipales, les candidats mettent un coup d’accélérateur à leur campagne et déroulent leurs propositions. Pourtant, une inquiétude monte jusqu’au plus haut sommet de l'État : le risque d’une ingérence de la part des narcotrafiquants. Le ministre de l’Intérieur scrute la potentielle menace avec « vigilance ».

Le

NICE: Coronavirus Peur des Gens du Voyage
4min

Politique

Gens du voyage : ce que contient la proposition de loi du Sénat pour lutter contre les installations illicites

Ce mardi, le Sénat examine la proposition de loi du Sénat visant à lutter contre les installations illicites des gens du voyage a été déposée au Sénat. Elle a pour objectif de revoir le cadre juridique afin d’aider les propriétaires des terrains et les élus « démunis » face aux « agressions » et à « l’impunité qui s’installe ».

Le

Paris : Press conference of the new Year of Jordan Bardella
9min

Politique

Jordan Bardella n’exclut pas des listes « d’union » au second tour des municipales : « Un piège » pour nuire à la droite, mettent en garde les LR

Alors que le président du RN n’exclut pas de « tendre la main » au second tour des municipales, pour faire barrage « à l’extrême gauche », plusieurs LR s’opposent clairement à tout rapprochement avec le parti d’extrême droite. Mais la ligne n’est pas unanime et certains, comme le sénateur LR Etienne Blanc, ne seraient « pas choqués une seconde » par « un désistement de la liste la moins bien placée », y compris en faveur du RN, pour « faire barrage à la gauche ».

Le