Cabinets de conseils : « Le risque des consultants, c’est la solution toute faite, plaquée », selon Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF
Pour clôturer ses auditions, la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil a entendu les patrons de la SNCF, du groupe La Poste, et d’EDF. Les trois entreprises publiques défendent l’utilité du recours aux cabinets privés, mais ils ne doivent pas se substituer aux dirigeants, qui doivent définir « la stratégie ».

Cabinets de conseils : « Le risque des consultants, c’est la solution toute faite, plaquée », selon Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF

Pour clôturer ses auditions, la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil a entendu les patrons de la SNCF, du groupe La Poste, et d’EDF. Les trois entreprises publiques défendent l’utilité du recours aux cabinets privés, mais ils ne doivent pas se substituer aux dirigeants, qui doivent définir « la stratégie ».
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Dernière journée d’auditions pour la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseils privés sur les politiques publiques. Un cycle d’auditions commencé fin novembre. Le rapport de la communiste Eliane Assassi est attendu pour la « mi-mars », a précisé Arnaud Bazin, président LR de la commission d’enquête. Les sénateurs ont entendu ce mercredi les dirigeants de trois grandes entreprises publiques : la SNCF, le groupe La Poste et EDF.

« Accompagner » les « transformations »

Ces grands patrons ont chacun expliqué l’utilité, à leurs yeux, du recours aux cabinets de conseils. Comme lorsqu’il s’agit d’« accompagner La Poste et ses filiales dans ses transformations », explique Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste. Mais cet accompagnement ne doit pas dépasser une certaine limite. « La définition de la stratégie, c’est le travail des dirigeants de La Poste », précise bien son PDG, « la définition des objectifs, c’est la raison d’être des dirigeants ». Les cabinets sont utiles « pour la déclinaison opérationnelle, la comparaison avec les autres acteurs » ou encore la « réalisation d’un certain nombre de missions, notamment informatiques ». Philippe Wahl ajoute :

Ces cabinets extérieurs sont un réducteur d’incertitudes.

Les dépenses en cabinets de conseils sont en hausse au sein du groupe. « En 2020, 31 millions d’euros pour La Poste maison mère. Contre 40 millions en 2019. En 2021, on est passés à 80 millions d’euro, s car ça a été une année de très grosse transformation », lors du « rapprochement entre la Caisse des dépôts et La Banque Postale », explique Philippe Wahl.

« Si on ne fait pas attention, on peut transférer la validation à l’expertise prétendue des grands cabinets », met en garde Jean-Pierre Farandou

L’approche face aux cabinets est similaire à la SNCF. L’entreprise « ne confie pas ses missions stratégiques à des cabinets extérieurs. Nous y recourons uniquement pour une expertise pointue, qui ne serait pas présente en interne », soutient Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF. Côté dépenses, « après une envolée vers 2018/2019, liée à la préparation » de la réforme ferroviaire et sa « mise en œuvre », « on a une baisse significative », notamment sur la communication, avec un recul de « 50 % ». Mais le PDG ne donne pas de chiffres.

Lire aussi : Recours aux cabinets de conseil : les syndicats de la fonction publique dénoncent le manque de transparence

Si le conseil peut être utile, il n’en comporte pas moins des risques. Jean-Pierre Farandou évoque « le risque de standing pour certains grands dirigeants », « pour donner du poids à sa présentation », au risque que ce soit artificiel. Autre écueil : quand le Conseil d’administration préfère un travail du cabinet plutôt qu’une décision interne – « si vous présentez vous-même l’étude, bof. La même avec le tampon du cabinet, c’est génial ». « Si on ne fait pas attention, on peut transférer la validation à l’expertise prétendue des grands cabinets. Il faut faire très attention, car on peut être poussés à la faute », met en garde le patron de la SNCF, « mais ce qui compte, c’est ce que je pense moi, le management ».

Pour le PDG de la SNCF, « il faut du sens critique. Il n’y a pas de gourou. Il y a des gens qui ont des avis. Ils les expriment, on pèse les patates », mais « on garde un sens critique ». Car pour Jean-Pierre Farandou, « il n’y aucune solution toute faite. C’est le risque des consultants. C’est la solution toute faite, plaquée. Je la refuse, par principe. Il faut l’appliquer à la spécificité de l’entreprise et à son identité profonde ».

SNCF Connect : « On a très peu fait appel à des consultants, on a fait tout nous-même »

Interrogé sur le loupé du lancement du nouveau site de réservation de billets de la SNCF, SNCF Connect, Jean-Pierre Farandou explique que tout, ou presque, a été fait en interne. « On a très peu fait appel à des consultants, on a fait tout nous-même. On est en train de le corriger. Ce n’est pas par excès de consulting qu’on a ce résultat. Il n’y a pas de regret. On a les compétences. On a une de plus grosses agences de développement digital, on a un millier de personnes, on a une force de frappe énorme, on est en train de corriger le tir », assure le PDG de la SNCF.

L’entreprise, qui « cherche à internaliser » les compétences, a lancé « une démarche volontaire de formation » d’autant plus utile que la SNCF a « trop de salariés. On est dans un ajustement d’emplois », avec « parfois des cheminots qui n’ont plus de boulot. On demande s’il y a des volontaires pour devenir développeur. On en a », raconte Jean-Pierre Farandou. Mais « ça dure un an pour former un développeur » informatique.

Face aux déboires de l’EPR, EDF a eu recours aux sociétés de conseils pour « être plus performant dans la conduite de nos chantiers »

Pour Pierre Todorov, secrétaire général d’EDF, le recours aux cabinets de conseil permet « la transformation et la recherche d’efficacité opérationnelle ». « Ça couvre des domaines extrêmement vastes : de l’ingénierie nucléaire aux systèmes d’information qui permettent de gérer la relation avec le client », précise le responsable. « Le coût de ces cabinets de conseil est chez nous maîtrisé. Sur les cinq dernières années, en France, ça représente environ une soixantaine de millions d’euros par an », soit « moins de 0,6 % de nos dépenses de fonctionnement », ajoute le secrétaire général d’EDF.

Lire aussi : McKinsey : Olivier Véran révèle un nouveau contrat et répond à la commission d’enquête

EDF a notamment eu recours aux cabinets de conseil suite aux déboires de la construction du réacteur EPR à Flamanville, dans la Manche. « Il y a eu une proportion non négligeable de dépenses de conseils consacrées au plan Excell (le plan d’excellence de la filière nucléaire d’EDF, ndlr) », affirme Pierre Todorov. Plan « engagé en 2019, à la suite du rapport demandé à Jean-Martin Folz sur les raisons des difficultés opérationnelles que nous avons connues sur le chantier de Flamanville 3, qui appelaient sans doute une introspection forte et une interrogation sur la manière d’être plus performant dans la conduite de nos chantiers ». L’entreprise a alors cherché à « impulser dans l’ensemble du métier nucléaire des méthodes et modes de fonctionnement inspirés des meilleurs standards qu’on trouve dans d’autres professions ».

Cabinets de conseils internes 

Si elles recourent aux cabinets privés, les trois entreprises ont développé leurs propres cabinets de conseil internes. A la SNCF, c’est « SNCF consulting », avec « une centaine de personnes », « c’est très formateur », juge le patron de l’entreprise ferroviaire. L’électricien dispose lui en interne d’« EDF Conseil ». Philippe Wahl a de son côté « La Poste Conseil », avec « une vingtaine de personnes et une dizaine de stagiaires en plus »… Ce qui n’empêche pas « un travail mixte ». « McKinsey a travaillé avec La Poste conseils sur la définition de la stratégie des réseaux des bureaux de poste », explique Philippe Wahl, qui l’assure : « Ça nous a beaucoup aidés ».

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