Saint Georges d Orques : Edouard Philippe meeting legislative elections
Credit:Alain ROBERT/SIPA/2406270629

Candidature d’Édouard Philippe à l’Élysée : « Il est un recours » pour ses soutiens

L’ancien Premier ministre annonce dans l’hebdomadaire Le Point qu’il sera candidat à la prochaine élection présidentielle. En pleine crise politique, il a décidé de sortir du bois. « Une clarification » pour ses soutiens, voire « un recours » à Emmanuel Macron.
Jérôme Rabier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Loyal mais libre », c’est avec cette formule qu’Edouard Philippe définissait sa relation avec Emmanuel Macron depuis son départ de Matignon en 2020. En annonçant dans une interview à l’hebdomadaire Le Point qu’il serait candidat à la prochaine élection présidentielle, « il est désormais de plus en plus libre », confie Louis Vogel, sénateur Les Indépendants de Seine-et-Marne, et responsable du pôle idées du parti Horizons.

« Ce n’est pas du tout une surprise » renchérit Emmanuel Capus, membre du bureau politique du parti et sénateur du Maine-et-Loire. « Édouard Philippe disait qu’il se préparait, il a désormais clairement dit qu’il irait, il sera candidat point à la ligne », appuie ce soutien inconditionnel. Pour Claude Malhuret, président du groupe sénatorial les Indépendants – République et territoires, « c’était un secret de polichinelle et personne ne doutait qu’il irait, ce n’est pas une annonce mais une confirmation. »

Le bon moment ?

Si peu de personnes doutaient de sa décision, c’est le moment de cette annonce qui peut interroger. En pleine attente d’un nouveau Premier ministre, l’ancien locataire de Matignon a pensé que c’était le bon moment. « Il y a un tel niveau de confusion et de marasme actuellement que lui apporte de la clarté », appuie Emmanuel Capus. Son collègue Louis Vogel estime lui qu’Édouard Philippe « parle peu, mais fort. Et avec un discours toujours cohérent, une ligne dont il ne dévie pas ». Avant d’ajouter que « oui, c’est le bon moment, car les Français ont besoin de repères, de recours, de gens clairs qui indiquent un chemin ». Même tonalité pour Claude Malhuret qui pense que « c’est justement dans une période de trouble qu’on a besoin d’un cap clair, et d’une personne qui prend de la hauteur ».

« Des solutions massives »

« Il dit aussi qu’il y a une relève » ajoute Louis Vogel. « Mais pas dans les pas d’Emmanuel Macron, ni avec les mêmes solutions ».  « Ce que je proposerai sera massif » a déclaré Édouard Philippe dans son interview au Point. Mais derrière cette phrase sibylline, son parti travaille. Responsable du pôle Idées, Louis Vogel reprend les quatre dossiers prioritaires : « L’éducation, l’écologie, la sécurité et le rétablissement des finances publiques ». « Mais pas avec des demi-mesures ou des coups de rabot » détaille-t-il, évoquant « des solutions massives, des changements profonds ».

« Quand on fait une annonce de candidature, c’est aussi un signal envoyé à ceux qui pourraient nous rejoindre », développe Claude Malhuret. Le parti, qui revendique 25 000 adhérents, s’appuie pour l’instant surtout sur son maillage d’élus locaux. « Mais oui pour aller à la présidentielle il faut des troupes, et cette annonce de candidature est là aussi pour convaincre » précise le sénateur de l’Allier.

Mais en se déclarant trois ans avant la prochaine élection présidentielle, Édouard Philippe attire aussi les critiques. Côté macronistes, le patron des sénateurs RDPI François Patriat estime, sur LCI, que « faire preuve d’individualisme ou parler d’une élection prochaine alors qu’aujourd’hui l’actualité, l’urgence, c’est de trouver une stabilité pour faire face au péril que connait ce pays, […] ça ne me parait pas opportun aujourd’hui. »

« La fin du macronisme »

Dans son ancienne famille politique de la droite, Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR s’interroge : « Est-ce que 2027 c’est la préoccupation actuelle des français ? Je pense que ce n’est pas dans le timing. » a-t-il répondu sur BFMTV. Mais pour lui, au-delà de cette candidature, c’est aussi une page qui se ferme :« Ça marque bien la fin du macronisme, c’est une course de petits chevaux qui est en train d’être lancée dans le camp du président de la République » analyse encore Bruno Retailleau.

Pour son homologue socialiste Patrick Kanner, si Édouard Philippe se déclare maintenant, c’est qu’«il a fait une faute stratégique en ne remontant pas sur le ring aux législatives. Ils l’ont tous fait : Le Pen, Wauquiez, Hollande, Attal, Borne. Le seul chef à plumes qui n’est pas remonté, c’est Édouard Phillipe. Il se rend compte aujourd’hui qu’il est en train d’être marginalisé. » Ce qui est, selon le patron du groupe socialiste au Sénat, « une initiative complètement décalée, exotique, baroque. Dans le même temps il anticipe une présidentielle anticipée qui est recherchée par beaucoup de gens, dont Marine Le Pen. »

Un scénario d’une présidentielle anticipée qui est officiellement balayée par les proches d’Édouard Philippe.  Mais hors micro, certains disent que « dans cette période, tout est désormais possible, et qu’il y avait donc un intérêt à parler en premier » pour se préparer à toute éventualité.

Partager cet article

Dans la même thématique

Candidature d’Édouard Philippe à l’Élysée : « Il est un recours » pour ses soutiens
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le

Several batches of infant formula sold in France and internationally have recently been recalled due to the potential presence of cereulide, a toxin produced by certain bacteria.
6min

Politique

Laits infantiles contaminés : « On est dans une situation qui est pire que le scandale Lactalis »

L’affaire des laits infantiles contaminés et rappelés ces dernières semaines va-t-elle tourner scandale sanitaire ? Plusieurs actions en justice ont été engagées contre les industriels et l’Etat. Pour Quentin Guillemain, président de l’Association pour la santé des enfants, la situation est bien plus préoccupante que le scandale sanitaire Lactalis fin 2017.

Le