Cataclysme pour La France insoumise, loin derrière EELV et à touche-touche avec le PS
Catastrophe pour La France insoumise: la liste emmenée par Manon Aubry, estimée entre 6,1% et 6,6%, est reléguée très loin...

Cataclysme pour La France insoumise, loin derrière EELV et à touche-touche avec le PS

Catastrophe pour La France insoumise: la liste emmenée par Manon Aubry, estimée entre 6,1% et 6,6%, est reléguée très loin...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Catastrophe pour La France insoumise: la liste emmenée par Manon Aubry, estimée entre 6,1% et 6,6%, est reléguée très loin derrière les Verts d'EELV, avec qui elle était au coude-à-coude dans les sondages, un résultat qui pourrait plonger le mouvement de Jean-Luc Mélenchon dans une profonde crise.

A 20H00, dans le bar Le Belushi's près de la gare du Nord, où LFI a organisé sa soirée électorale, le silence a résonné longuement, seulement coupé par des jurons étouffés... L'endroit était, il faut le dire, quasi désert, en dehors des journalistes, parmi lesquels certains ont vite décampé pour se diriger vers le QG en fête, celui d'EELV.

Les sondages avaient, depuis plusieurs mois, prévu la dégringolade de LFI par rapport aux 19,58% réalisés par M. Mélenchon en 2017. Cette semaine, l'un d'eux en pointait le facteur-clé: seuls 18% des électeurs du chef de file prévoyaient de voter à nouveau pour LFI, tandis que 57% d'entre eux s'abstenaient.

Mais les Insoumis se voyaient tout de même au-dessus d'EELV, eux qui avaient fixé leur objectif autour des 11,3% des législatives de 2017. Manon Aubry avait même affiché la volonté, la semaine dernière, de dépasser Les Républicains.

Las, LFI n'est même pas la première force de gauche, dépassée par la liste EELV menée par Yannick Jadot, qui a été portée par une dynamique des derniers jours typique des campagnes européennes. La formation de Jean-Luc Mélenchon en est réduite au voisinage avec le PS, le parti qu'il a quitté en 2008. Un résultat qui place LFI en position de faiblesse dans la recomposition à suivre de la gauche.

D'autant que les troupes de M. Mélenchon auront aggravé leurs relations avec les autres partis. Les diatribes au sommet mais aussi sur les réseaux sociaux ont souvent fusé avec EELV, Générations de Benoît Hamon, et même leurs anciens alliés du PCF. La "fédération populaire" proposée par Jean-Luc Mélenchon - sous la bannière d'une France insoumise qui aurait été en tête - paraît loin...

- Campagne en berne -

Les quelques cadres présents, comme Younous Omarjee, réélu, s'attachaient cependant à relativiser l'importance des élections européennes pour les rapports de force nationaux. Ils ont aussi rappelé que LFI a gagné de trois à quatre eurodéputés par rapport au scrutin de 2014.

Mais Jean-Luc Mélenchon, la mine grave, a semblé décrire la situation de son mouvement autant que celle de la France: "La pente engagée est mauvaise, il est possible de l'inverser, mais cela est impossible si chacun en conscience ne prend pas ses responsabilités, c'est l'heure des combats et des caractères", pour "libérer notre pays de la pesanteur économique, anti-écologique, et des ombres que projette sur son destin l'extrême droite".

Manon Aubry a regretté des "résultats décevants" au regard des "efforts déployés" dans la campagne. Les Insoumis n'avaient pas ménagé leur peine. Après la désignation de Mme Aubry en tête de liste dès décembre, ils ont labouré le terrain lors de centaines de petites réunions publiques, et aucune autre liste n'a organisé autant de meetings communs - faisant souvent le plein - entre la tête de liste et le chef de file.

L'échec de ces élections européennes est donc tout autant imputable à Jean-Luc Mélenchon, qui a enchaîné les meetings depuis mars, qu'à Manon Aubry, ancienne porte-parole de l'ONG Oxfam, qui a dû apprendre la politique à marche forcée.

Les Insoumis ont aussi souhaité renouer avec la créativité de leur campagne présidentielle: ateliers participatifs de directives européennes, commission d'enquête fictive sur le groupe McDonald's, camions avec hologrammes des candidats sillonnant les petites villes...

Mais ces méthodes confinant au marketing politique ont trouvé leurs limites et la mayonnaise n'a jamais pris. L'annulation pour raisons météorologiques de deux meetings en plein air, à Marseille et place Stalingrad à Paris, auront achevé de donner l'impression d'une campagne en berne.

Cette défaite majuscule ne manquera pas de poser la question du rôle joué, dans la désaffection des électeurs, par la colère de Jean-Luc Mélenchon face aux perquisitions du siège de LFI en octobre, et par le slogan de "référendum anti-Macron" adopté à l'été 2018, qui n'a pas fonctionné. Enfin, le résultat remuera immanquablement le couteau dans les multiples plaies internes de ce jeune mouvement.

Depuis l'été dernier, les départs se sont succédé: des candidats ont dénoncé les travers d'une organisation "gazeuse" où un petit clan autour de Jean-Luc Mélenchon profite de l'absence de structures de décision collectives pour régner sans partage.

Déjà début décembre lors de la désignation de Manon Aubry, un militant insoumis confiait à l'AFP: "Des choix qui nous ont parfois irrités au départ, nous les militants, se sont révélés bons. J'accepte d'être éduqué politiquement", tant qu'il y a "une dynamique". La dynamique n'existe plus.

Partager cet article

Dans la même thématique

Cataclysme pour La France insoumise, loin derrière EELV et à touche-touche avec le PS
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le