50e anniversaire de la mort de Franco à Madrid - Luis Soto/ZUMA Press Wire

« Celui qui a fait tant de mal ne peut pas être distingué par le pays des droits de l’Homme » : une résolution déposée au Sénat pour retirer la Légion d’honneur à Franco

Déposée par la sénatrice Nadège Havet, petite fille de réfugiés espagnols, la proposition de résolution vise à déclarer le dictateur espagnol Francisco Franco « indigne de la Légion d’honneur ».
Aglaée Marchand

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Aujourd’hui marque « l’anniversaire » de la mort de Francisco Franco. Un demi-siècle plus tôt, le 20 novembre 1975, quarante ans de régime dictatorial en Espagne prenaient fin. Une date hautement symbolique pour la sénatrice Nadège Havet (Renaissance). Petite fille de réfugiés espagnols, l’élue du Finistère s’est saisie de ce jour pour déposer sur le bureau de la Chambre haute une proposition de résolution, co-signée par Émilienne Poumirol (PS), avec pour objectif de démettre le dictateur de sa Légion d’honneur. « J’ai une grosse pensée pour mes grands-parents aujourd’hui », confie Nadège Havet, dans un couloir bordant l’hémicycle du palais du Luxembourg.

« Franco incarne l’oppression et la répression »

« J’ai découvert par hasard, en août, qu’il avait la Légion d’honneur, ce qui m’a un peu glacée », raconte-t-elle. « La première réaction qui me vient, c’est de me dire que ce n’est pas possible de lui laisser cette décoration qui est la plus haute de notre République et qui a un sens sur les valeurs d’humanisme que l’on porte. Je ne pense pas qu’il incarne ces valeurs, quand on connaît l’histoire et les actions qu’il a effectivement menées. Franco incarne l’oppression et la répression, on ne doit pas oublier les centaines de milliers de morts, d’exécutés, de disparus et d’exilés ».

Remise par le maréchal Pétain en 1928, puis une seconde fois en 1930, l’élue rapporte par ailleurs « un certain vice de procédure » : « Pour recevoir une telle décoration, on doit avoir pris en grades de manière échelonnée, or Franco est passé du premier au dernier grade d’un coup ».

Cette action parlementaire « est bien évidemment liée à mon histoire personnelle », reconnaît la sénatrice, « mais elle défend aussi l’histoire de centaines de personnes qui vivent aujourd’hui en France parce qu’ils ont fui leur pays. Cette proposition de résolution, c’est aussi une reconnaissance pour eux, c’est affirmer que celui qui a fait tant de mal et fait fuir tant de ressortissants ne peut pas être distingué par le pays d’à côté, par le pays des droits de l’Homme que représente la France ».

Nadège Havet espère « pouvoir aller plus loin derrière » : « C’est la première marche de l’escalier, on va faire notre possible pour que le Sénat se prononce en faveur de la résolution, pour pouvoir ensuite inciter le gouvernement et l’ordre de la Légion d’honneur à lui retirer cette décoration ».

Une messe en hommage à Franco organisée à Paris

Hasard du calendrier, le 29 novembre se tiendra à Paris une messe en hommage au général Franco, organisée par le Cercle Franco-hispanique. Cette cérémonie survient quelques jours après celle tenue en mémoire du maréchal Pétain, ayant conduit à l’ouverture d’une enquête pour contestation de crime contre l’humanité. « Ce n’était pas fait exprès, mais effectivement quand j’ai vu l’organisation de cette célébration, j’ai voulu réagir vite », explique la sénatrice. De son côté, le sénateur de Paris Ian Brossat (PCF) a appelé à l’interdire, dans un post sur X : « A Paris l’extrême-droite ne doit pas faire sa loi, nous ne céderons pas ».

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