Législatives : les boulettes politiques qui peuvent coûter cher

Législatives : les boulettes politiques qui peuvent coûter cher

Prolongement des présidentielles, les dernières élections législatives ont toujours été le signe d’une transformation de l’essai pour le président élu. Mais attention aux faux pas. Ces campagnes relativement calmes ont parfois été émaillées d’écueils ou de gaffes, qui peuvent parfois coûter cher.
Guillaume Jacquot

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On connaîtra le visage de la future Assemblée nationale dans six semaines. Une éternité pour la majorité sortante et singulièrement Emmanuel Macron, vainqueur d’une présidentielle qui s’est tenue cette année plus tôt qu’à l’accoutumée. Depuis sa réélection, le 24 avril, un moment de flottement s’est installé. Curieuse période de transition, durant laquelle les ministres se font plus discrets, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement. Si les Français ont toujours accordé une majorité parlementaire au président de la République dans la foulée de l’élection présidentielle, comme l’a montré l’histoire récente, l’intermède actuel reste une période à risque. Un moment où les erreurs de parcours et les couacs peuvent coûter cher. D’autant plus que le chef de l’État ne bénéficie pas cette fois d’un état de grâce, comme l’a montré le récent baromètre Elabe.

Déjà au lendemain de la présidentielle, une petite phrase a bien failli provoquer un incendie. Interrogé sur la future réforme des retraites, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire n’a pas exclu l’option d’un 49-3. « Je ne peux pas donner cette garantie, je ne le souhaite pas, ça c’est certain », avait-il maladroitement répondu. Il n’en fallait pas plus pour susciter de la nervosité dans les rangs du gouvernement.

« Dire la vérité, quoi qu’il en coûte »

Il faut dire que les dernières campagnes législatives sont jalonnées d’épisodes gênants, dont les partis favoris se seraient bien passés. La droite en sait quelque chose avec cet entre-deux-tours de 2007. Le 10 juin, Laurent Fabius réussit à mettre en difficulté, devant des millions de téléspectateurs, le tout nouveau ministre de l’Économie Jean-Louis Borloo. Ce dernier révèle que le gouvernement pourrait s’orienter vers une « TVA sociale », c’est-à-dire une baisse des cotisations sociales patronales financée par une hausse de la TVA sur les ménages.

Une majorité de Français est y hostile, inquiète pour son pouvoir d’achat. Loin de mettre la poussière sous le tapis, certains lieutenants UMP décident de jouer franc jeu, offrant sur un plateau un angle d’attaque à la gauche. Dans la dernière ligne, François Fillon va même jusqu’à préciser que la TVA pourrait augmenter de 5 points. « Dire la vérité, quoi qu’il en coûte, c’est cela la vraie rupture », assume le Premier ministre. La droite passe à la caisse le 17 juin. La TVA sociale coûte à la droite au bas mot une cinquantaine, voire une soixantaine, de sièges. Le ressac emporte même certaines personnalités, qui s’imaginaient déjà surfer sur une vague bleue importante : le ministre d’Etat Alain Juppé et Renaud Donnedieu de Vabres, ex-ministre de la Culture. En face, logiquement, la gauche limite la casse, et s’offre même le luxe de reconquérir une partie du terrain perdu cinq plus tôt.

L’avant-projet de loi explosif sur la réforme du marché du travail

À ce jour, cet épisode reste l’accident le plus spectaculaire durant une campagne des législatives, et le plus visible. L’inquiétude est aussi montée en 2017, à une semaine du premier tour, quand Le Parisien a révélé le contenu des ordonnances réformant le Code du travail. L’avant-projet de loi d’habilitation va « au-delà des éléments annoncés jusqu’à présent », selon le quotidien. Explosif. La gauche est vent debout, et le gouvernement sommé de déminer le terrain, à quelques jours du scrutin. Puisqu’il est daté du 12 mai, Matignon affirme que ce texte préparatoire « n’émane donc pas du gouvernement et ne l’engage pas ».

Cette fuite contrarie les marcheurs, déjà attaqués par leurs adversaires sur le projet de hausse de la CSG. Emmanuel Macron charge le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, de « bien insister » lors de son point presse hebdomadaire sur le fait que cette hausse sensible sera compensée par la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages.

Des vents contraires violents soufflent également sur la campagne de la macronie au même moment, avec une série d’enquêtes judiciaires. Le 1er juin, le parquet de Brest décide d’ouvrir une enquête préliminaire dans l’affaire immobilière impliquant le ministre de la Cohésion des territoires Richard Ferrand. Le parquet de Paris ouvre, lui, une enquête préliminaire pour « abus de confiance » dans l’affaire des assistants parlementaires du Mouvement démocrate au Parlement européen. Ces accrocs n’ont pas d’incidence sur le scrutin. La République en marche et ses alliés arrivent largement en tête du premier tour, avec une projection leur créditant de 400 à 400 députés (sur 577).

Les 100 premiers jours de François Hollande n’ont pas été de tout repos non plus. Le jour de sa prise de fonction, le ministre de l’Éducation nationale provoque le premier couac du quinquennat, en annonçant à la surprise générale le retour de la semaine de cinq jours à l’école. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault doit recadrer son ministre et promettre une « concertation » et un « arbitrage final ».

Cannabis et message Twitter

À cinq jours du premier tour des législatives, Cécile Duflot, ministre de l’Égalité des Territoires et du Logement, jette également un pavé dans la mare remarqué. Elle se prononce en faveur de la dépénalisation du cannabis, dans la matinale de BFMTV-RMC. Matignon et l’Intérieur doivent prendre leurs distances. La boulette tombe mal, la droite s’engouffre dans la brève. L’UMP profite de l’occasion pour dénoncer « l’angélisme de retour au gouvernement ». Jean-François Copé y voit une déclaration « irresponsable », quand Xavier Bertrand met en garde contre la « légalisation du cannabis », si la gauche remporte la mise au Palais Bourbon. Claude Bartolone, le futur maître du Perchoir, plaide pour « l’erreur de jeunesse gouvernementale » de Cécile Duflot.

Dans cette campagne des législatives de 2012, un autre évènement va provoquer un raz-de-marée médiatique d’une tout autre nature, deux jours après le premier tour. « Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé. » Probablement l’un des tweets politiques les plus célèbres des débuts du réseau social. Il est signé Valérie Trierweiler. La compagne de François Hollande adresse alors ses encouragements au dissident socialiste Olivier Falorni, le rival de Ségolène Royal aux élections législatives à La Rochelle.

Le message ne change pas le cours des législatives, mais il fait désordre en ce début de quinquennat. La sortie fait les choux gras de la presse à l’étranger, notamment celle du Royaume-Uni, qui n’hésite pas à parler de « guerre des roses », ou de « première crise de la présidence ». La droite n’est pas tendre non plus. Le candidat Charles Beigbeder commente ainsi l’affaire sur Sud Radio : « C’est une gaffe à la mesure de la gaffe de Borloo sur la TVA sociale. »

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