Ces marcheurs de la première heure qui renoncent à se représenter aux législatives

Ces marcheurs de la première heure qui renoncent à se représenter aux législatives

Une trentaine de députés marcheurs devraient laisser leur place aux législatives des 12 et 19 juin prochains. Certains ne cachent pas leur envie de retourner au monde du privé, pour d’autres ce renoncement achève un éloignement amorcé depuis de longs mois avec la macronie.
Romain David

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Coup de blues chez certains marcheurs de la première heure. Alors qu’Emmanuel Macron peaufine son plan de bataille pour les législatives – une première vague d’investitures, avalisées par le chef de l’Etat en personne, devrait être rendue publique cette semaine, selon France Info –, une trentaine de députés du parti présidentiel ont choisi de ne pas briguer de second mandat. Dernier renoncement en date, celui de Coralie Dubost. « Est venu pour moi le temps de me mettre en retrait de la vie politique et de me consacrer à ma famille. Je ne serai pas candidate à ma réélection », a annoncé la députée de l’Hérault dans un communiqué publié dimanche sur son compte Twitter. L’élue, qui attend son premier enfant, a été épinglée dans un rapport transmis au déontologue de l’Assemblée nationale, et révélé fin mars par Mediapart, pour sa gestion de ses collaborateurs et de ses notes de frais. Coralie Dubost dénonce « une cabale antiparlementaire », mais ces accusations pourraient aussi expliquer sa volonté de retrait.

Ces derniers mois, le doute et la lassitude ont gagné les rangs de la majorité parlementaire. Au point que plusieurs de ses poids lourds, qui avaient accompagné l’ascension fulgurante d’Emmanuel Macron en 2017, choisissent aujourd’hui de raccrocher les crampons. Certains après avoir déjà pris leur distance avec l’exécutif. D’autres échaudés par cinq années de réformes et de crises tous azimuts, préférant s’en retourner vers le monde de l’entreprise.

De guerre lasse

Il y a ceux pour qui la lune de miel a tourné court. Député de la 13e circonscription de Paris, Hugues Renson, ancien conseiller de Jacques Chirac, avait rejoint En Marche dès 2016. Devenu vice-président de l’Assemblée nationale, il est rapidement identifié comme l’un des tenants de l’aile gauche de la macronie. En juin 2018, dans une interview accordée à L’Obs, ce proche d’Anne Hidalgo critique notamment la politique migratoire du gouvernement, au moment où Rome et Paris se déchirent sur l’accueil de l’Aquarius. Suivront un soutien au candidat dissident Cédric Villani aux municipales à Paris, puis la création du groupe « En commun » avec la ministre Barbara Pompili, afin de défendre une ligne sociale et écologiste. Le 16 février 2022, Hugues Renson annonce finalement ne pas vouloir se représenter à la députation. Sur son site internet, il confie ses doutes « sur la recomposition politique et le projet progressiste », et estime que l’Assemblée nationale est devenue « une chambre d’enregistrement de décisions élaborées ailleurs ».

Il y a aussi eu délitement avec Pacôme Rupin, l’un des coordinateurs de l’impressionnante mobilisation des militants En Marche durant la présidentielle de 2017. Elu député de Paris, il se démarque pendant la crise sanitaire par son opposition tranchée au passe sanitaire, ce qui le pousse à démissionner de son poste de coordinateur du groupe à la commission des lois. Selon un article du Parisien, celui qui est également conseiller d'arrondissement, laissera sa place au Palais Bourbon en juin prochain.

La vie d’avant

Il y a ceux aussi qui rêvent de s’en retourner à leurs premières amours. Cofondateur en 2015 des Jeunes avec Macron, premier mouvement de soutien à celui qui était encore ministre du Budget, Pierre Person, le député de Paris, devait lever le voile sur ses intentions électorales après le second tour de la présidentielle. Selon une information de Politico, l’ancien socialiste plancherait sur la création d’une cryptomonnaie européenne. Un domaine dont il s’est rendu spécialiste pendant la mandature, avec un rapport sur le cadre juridique des monnaies virtuelles. Rappelons que Pierre Person a quitté en septembre 2020 la direction de La République en marche, dont il était le numéro 2, estimant auprès du Monde que l’organisation du parti ne permettait pas « de faire vivre [les] différentes sensibilités, ni de mener le rassemblement, ni de produire des idées neuves. »

Le député de Toulouse, Mickaël Nogal, n’a pas attendu la fin de la législature, seulement la suspension des travaux parlementaires durant la présidentielle, pour quitter la vie parlementaire. Il est devenu le 1er mars directeur général de l’Association nationale des industries alimentaires. Une nomination décriée par certains élus, en raison des activités de lobbying de l’organisation, relevées ces dernières années par plusieurs médias comme Cash Investigation.

Si Cédric O, le secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique, a annoncé avant la présidentielle qu’il arrêtait la politique, Jean-Baptiste Djebbari, le ministre délégué des Transports, entretient le suspense depuis le début d’année. Vendredi, sur RMC, il s’est contenté d’indiquer qu’il ne voulait pas faire de la politique toute sa vie. Cet ancien pilote d’avion d’affaire pourrait donc laisser son siège de député dans la Haute-Vienne.

Ancien secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, qui avait également piloté le versant numérique de la campagne de 2017, a annoncé à Libération qu’il ne se représenterait pas dans sa circonscription parisienne. Notons également que François de Rugy, qui avait rejoint Emmanuel Macron après son échec à la primaire citoyenne de 2017, devrait lui aussi arrêter la politique, et quitter son siège de la première circonscription de Loire-Atlantique. À la revue Fondamental, il a confié vouloir « agir dans la vie économique » ou « s’investir dans la vie citoyenne à travers une association ou un think tank ». La polémique sur son train de vie comme président de l’Assemblée nationale l’avait contraint à quitter son portefeuille de la Transition écologique et Solidaire en juillet 2019. Depuis son retour dans l’hémicycle, l’ancien vert s’est fait relativement discret.

Chaises musicales

En 2017, le parti d’Emmanuel Macron avait réussi à décrocher 308 sièges à l’Assemblée nationale. Mais cinq ans et une quarantaine de départs (ou d’exclusions) plus tard, la majorité parlementaire ne tient plus que grâce au soutien du MoDem. Une nouvelle réduction du nombre de députés marcheurs à l’issue des prochaines législatives risque de renforcer la dépendance du parti présidentiel à ses deux principaux partenaires, le MoDem, et désormais Horizons, le parti fondé par l’ancien Premier ministre Edouard Philippe. D’autant que ces différents départs élargissent aussi le champ des négociations électorales autour de la question, généralement épineuse, de la répartition des circonscriptions.

Le renoncement des élus parisiens, Mounir Mahjoubi, Hugues Renson, Pacôme Rupin, mais aussi Benjamin Griveaux, l’ancien porte-parole du gouvernement, plongé dans la tourmente après la diffusion de vidéos intimes, et qui a démissionné de son mandat de député en mai 2021 pour rejoindre la chaîne B Smart, ouvre le jeu dans la capitale. Mais ces circonscriptions parisiennes, généralement très convoitées, pourraient bien satisfaire les appétits électoraux de certains ministres.

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