Ces « petits candidats » de la Vème République
Ils sont nombreux, les outsiders, à se présenter à la campagne présidentielle de 2017. De Nathalie Arthaud à Jacques Cheminade, en passant par Philippe Poutou et François Asselineau, tous défendent leur programme malgré la très faible probabilité que l’un d’eux remporte l’élection. Mais cette année n’est pas une exception. Sous la Ve République, ils sont nombreux à avoir été de « petits candidats ».

Ces « petits candidats » de la Vème République

Ils sont nombreux, les outsiders, à se présenter à la campagne présidentielle de 2017. De Nathalie Arthaud à Jacques Cheminade, en passant par Philippe Poutou et François Asselineau, tous défendent leur programme malgré la très faible probabilité que l’un d’eux remporte l’élection. Mais cette année n’est pas une exception. Sous la Ve République, ils sont nombreux à avoir été de « petits candidats ».
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Par Alice Bardo

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A l’extrême gauche

« Eh bien oui, je suis une femme et j’ose me présenter comme candidate à la présidence de cette République des hommes ». Cette formule est celle d’Arlette Laguiller, première femme à se présenter à une élection présidentielle en France. C’était en 1974. La candidate de Lutte ouvrière ne récoltera que 2,33% des voix, mais il en faudra plus pour la décourager. Elle renouvèlera l’expérience quatre fois consécutives, jusqu’en 2002, année de son score le plus élevé (5,72% des suffrages exprimés).

Alain Krivine (Ligue communiste) défendra à deux reprises son programme présidentiel, en 1969 et en 1974. Ses scores quasi nuls (1,1% puis 0,4%) auront raison de ses ambitions. Il ralliera Olivier Besancenot aux présidentielles de 2002 et 2007, qui fera mieux que lui (4%) et qui obtiendra un meilleur score que Philippe Poutou, son successeur. Le syndicaliste, candidat pour le NPA (Nouveau parti anticapitaliste), n’a obtenu que 1,15% des voix en 2012, mais réitère l’expérience puisqu’il fait partie des onze candidats à la présidentielle 2017.

A l’extrême droite

Jean-Louis Tixier-Vignancour fut candidat en 1965. Et son directeur de campagne n’était autre que Jean-Marie Le Pen. Cet oublié de l’extrême-droite avait obtenu 5,2% des suffrages exprimés. A peine plus que Philippe de Villers, en 1995. Le candidat du Mouvement pour la France avait obtenu 4,74% des voix. Un faible score, mais toujours plus élevé que celui qu’il a obtenu en 2007 (2,23%). S’il avait fait des « technocrates de Bruxelles » ses principaux adversaires lors de sa première campagne, c’est désormais l’islam qu’il combat avec vigueur dans son livre « Les cloches sonneront-elles demain », sorti à la fin de l’automne dernier.

Les écolos

René Dumont fut le premier écologiste à se présenter à une élection présidentielle. Reconnaissable à son pull rouge, ses cheveux blancs brossés en arrière et ses lunettes à la monture épaisse, il dénonçait « une société de domination, de profit, de gaspillage des ressources rares de la planète, d’oppression et de pollution invraisemblable ». En 1974, année de son unique candidature à la présidentielle, il obtiendra seulement 1,32% des voix.

Un mandat plus tard, l’écologie sera représentée par Brice Lalonde. Son programme : « Protéger la vie, briser la solitude, domestiquer l’économie, développer la solidarité mondiale et créer une véritable démocratie du quotidien. » Dans son clip de campagne, il s’était démarqué des autres candidats en invitant le commandant Cousteau. Pas suffisant pour convaincre les électeurs puisqu’il ne remportera que 3,88% des voix. En 2007, il revient sur la scène politique, appelé par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie sous Sarkozy, qui le nomme ambassadeur chargé du changement climatique. Noel Mamère dénoncera une « dérive droitière » du candidat. 

Enfin, Antoine Waechter. Le candidat des Verts avait d’abord tenté sa chance en 1988, puis en 2007, mais il n’avait pas obtenu les parrainages nécessaires, comme ce fut le cas cette année. Antoine Waechter s’était notamment fait remarquer lors de sa candidature aux législatives de 1997, à l’occasion de laquelle il s’était fait interviewé par un homme déguisé en castor.

Candidat ancien Premier ministre

Michel Debré, ancien Premier ministre du général De Gaulle fut candidat en 1981. Il est la personnalité ayant réalisé le plus petit score à une élection présidentielle parmi les Premiers ministres ayant convoité la présidence de la République (1,66%).

Les inclassables

Marcel Barbu, illustre inconnu, s’était présenté en 1965 et avait marqué les esprits par ses larmes. D’une voix chevrotante, il s’adressait dans son clip de campagne au général de Gaulle : « Mon général, vous avez faim d’amour des Français, j’en suis sûr, cela crève les yeux. Mais jusqu’ici vous n’avez su obtenir d’eux que leur admiration. Les Français vous admirent mais ne vous aiment pas. Pour autant, eux aussi ont faim de vous aimer. » Il s’était exprimé peu après celui qui l’avait déçu, « ce grand vieillard (…) au cœur dont nul ne sait où il peut bien être perdu dans ce grand corps ».

Côté campagnes atypiques, on peut citer celle de Jacques Cheminade. Le candidat aux élections de 1995, 2012 et 2017 veut « industrialiser la Lune » et « coloniser Mars ». Un programme qui ne semble pas avoir convaincu les Français puisqu’il a obtenu seulement 0,28% lors de sa première tentative, puis 0,25% en 2012.

Enfin, on peut noter les candidatures de Jean Saint-Josse (2002) et de Frédéric Nihous (2007), pour Chasse, pêche, Nature et Traditions. Le parti n’a jusqu’ici pas réussi à convaincre. Saint-Josse a tout de même réussi à avoisiner les 5%, contrairement à Nihous, qui a à peine dépassé les 1%.  

Un score que redoutent Nathalie Artaud (2,47% des voix en 2012), Jacques Cheminade, Philippe Poutou et François Asselineau (il n’avait pas obtenu les parrainages nécessaires en 2012), « petits candidats » de 2017.

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