« C’est France passoire ! » : une commission d’enquête sur les fuites de données demandée au Sénat
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« C’est France passoire ! » : une commission d’enquête sur les fuites de données demandée au Sénat

La sénatrice centriste Nathalie Goulet demande l’installation d’une commission d’enquête sur les cyberattaques et les fuites de données, qui portent atteinte à la souveraineté numérique du pays. Ces derniers mois, les incidents de ce type se sont accumulés à une fréquence inquiétante.
Guillaume Jacquot

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Vos données et vos mots de passe ont peut-être été compromis. L’avertissement est devenu une ritournelle un peu lassante dans nos courriels. Pas une semaine ne passe sans qu’une entreprise ou une plateforme ne révèle avoir été victime d’une fuite de données ou d’un piratage.

Plus inquiétant encore, des administrations publiques et des services sensibles sont aussi concernés par le phénomène. Fin avril, dernier exemple retentissant en date, une attaque de grande ampleur visant 12 millions de comptes a visé l’Agence nationale des titres sécurisés (relire notre article).

Face à ce fléau, la sénatrice centriste Nathalie Goulet a décidé de demander la création d’une commission d’enquête « sur les cyberattaques et les fuites de données portant atteinte à la souveraineté numérique ». Rendue publique ce mercredi, sa proposition de résolution a été enregistrée à la présidence du Sénat le 5 mai.

À lire aussi >> Piratages de données : « On n’a pas été au rendez-vous depuis des années, on en paye la conséquence aujourd’hui »

La sénatrice de l’Orne confie avoir hésité avant de déposer sa proposition de résolution. Son groupe a déjà utilisé en février son droit de tirage annuel, en mettant en place une mission d’information sur l’évaluation des lois littoral et montagne, qui fêtent leurs 40 ans. De plus, le calendrier parlementaire est loin d’être optimal. Le Sénat est à deux mois de l’interruption estivale de ses travaux, et le mois de septembre sera consacré à la dernière ligne droite de la campagne des élections sénatoriales 2026, qui concerne, rappelons-le, la moitié des sièges.

Au vu de la gravité du sujet, la sénatrice membre de la commission des finances a néanmoins voulu tenter le coup. « Le mouvement est quotidien, il faut que ça s’arrête, on ne peut pas du tout rester indifférents. C’est France passoire ! » s’exclame l’élue normande, convaincue de l’utilité du contrôle parlementaire pour faire émerger des solutions mais aussi pointer les dysfonctionnements.

« Je ne prendrai pas un non pour une réponse »

« Il faut un état des lieux, déterminer les responsables. À un moment, il y a eu des budgets dépensés, des consultants nommés, des choix stratégiques, il faut peut-être que dans cette République de l’irresponsabilité complète, on finisse par parler de responsabilité », poursuit-elle.

Cosignée par 37 de ses collègues de l’Union centriste, son initiative va devoir convaincre les hautes instances du Sénat, afin qu’elle puisse être installée. « Sur un sujet comme celui-ci, il faut faire bouger les lignes. Puisque l’Assemblée nationale ne l’a pas encore fait, le Sénat serait bien inspiré de saisir la balle au bond sur ce sujet majeur, de monter une structure ad hoc, avec des gens de toutes les commissions », se projette-t-elle.

« Si on ne montre pas un peu de créativité, non seulement on ne sera pas éclairés, mais on va rater une opportunité. On n’est jamais aussi bons que dans les travaux de contrôle. » Pour rappel, la commission Benalla de 2018 montre que l’été n’est pas un frein aux travaux d’investigations. « Je ne prendrai pas un non pour une réponse », insiste-t-elle. La prochaine conférence des présidents du Sénat est fixée au 3 juin.

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