Chèque carburant : le gouvernement face à la quadrature du cercle
L’explosion des prix de l’énergie fait craindre pour le pouvoir d’achat des Français et le bouclier tarifaire et le chèque-énergie ne semblent pas suffisants pour endiguer la hausse. Le gouvernement réfléchit donc à un dispositif supplémentaire concernant les prix des carburants. Mais aucune des options sur la table ne se détache et l’exécutif semble avoir du mal à trancher. Une équation impossible ?

Chèque carburant : le gouvernement face à la quadrature du cercle

L’explosion des prix de l’énergie fait craindre pour le pouvoir d’achat des Français et le bouclier tarifaire et le chèque-énergie ne semblent pas suffisants pour endiguer la hausse. Le gouvernement réfléchit donc à un dispositif supplémentaire concernant les prix des carburants. Mais aucune des options sur la table ne se détache et l’exécutif semble avoir du mal à trancher. Une équation impossible ?
Louis Mollier-Sabet

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Cela aura été l’épine dans le pied d’Emmanuel Macron tout au long de son quinquennat. Après la crise des Gilets Jaunes et un hiver social particulièrement chaud en 2018, c’est encore la hausse des prix de l’énergie qui s’invite dans la dernière phase du mandat du chef de l’Etat. Alors que la présidentielle se profile, les prix de l’énergie explosent. Le gouvernement a réagi, mais le bouclier tarifaire annoncé par Jean Castex le 30 septembre semble surtout être un lissage des prix pour contenir la hausse jusqu’à avril prochain, alors que la rallonge de 100 euros sur le chèque énergie ne touchera que 5,8 millions de foyers les plus modestes, couvrant à peine l’augmentation totale des prix de l’électricité et du gaz cette année.

C’est donc dans un contexte de tension extrême sur les dépenses contraintes des ménages qu’intervient une hausse des prix du carburant, qui ramène les prix à la pompe au niveau atteint lors de la crise des Gilets Jaunes, un peu en dessous des prix du début des années 2010. Or, les mêmes causes produisant les mêmes conséquences, le gouvernement n’entend pas laisser ce cocktail explosif des prix de l’énergie déclencher une crise sociale qui pourrait se répandre comme une traînée de poudre dans le pays. Plusieurs options sont donc sur la table pour compenser cette hausse des prix, mais face aux défauts de chacune des options, le gouvernement tergiverse et peine à trancher en faveur d’une moins mauvaise solution.

>> Lire aussi : « Prix du carburant : flambée des prix ou fièvre politique ? »

Baisse des taxes sur les carburants : coûteux financièrement, socialement et écologiquement

En France, plus de la moitié du prix des carburants provient de taxes comme la TVA ou la TICPE. Une option est donc de réduire le niveau de ces taxes, ce qui fera mécaniquement baisser les prix à la pompe. C’est ce que proposent certains à gauche, comme Anne Hidalgo ou Fabien Roussel. Mais passer par une baisse de taxe pose plusieurs problèmes de taille. Déjà, Bruno Le Maire expliquait lundi matin sur Europe 1 que par cette méthode, faire baisser d’un centime le litre de carburant coûterait environ « un demi-milliard » d’euros, soit à peu près la somme investie dans la rallonge du chèque-énergie. La mesure est donc coûteuse, pour des effets minimes. C’est ce qu’avait conclu la Cour des Comptes en 2005, dans un rapport sur la TIPP flottante instaurée par Lionel Jospin entre 2000 et 2002. Le but était d’ajuster la taxe aux variations du cour du baril, mais la mesure avait coûté 2,7 milliards à l’Etat pour une baisse du prix à la pompe de 2 centimes par litre.

Un autre reproche fait à la baisse des taxes sur les carburants est qu’elle n’est pas ciblée et bénéficierait donc même à des ménages aisés qui ne consomment pas de carburant par contrainte. Julien Bayou expliquait par exemple dans notre matinale : « Comment justifiez-vous de faire un chèque à la personne qui a acheté un SUV pour faire les 800 mètres qui le sépare de l’école ? » Ainsi, passer par une baisse des taxes subventionnerait les énergies fossiles sans cibler les ménages pour lesquels le carburant représente une « dépense contrainte » liée à une densité de population faible ou à une desserte en transports en commun insuffisante.  

Les alternatives : la peur de l’usine à gaz

Les écologistes, Yannick Jadot en tête, préfèrent donc une deuxième rallonge du chèque énergie, à 400 euros pour les 5,8 millions de foyers aujourd’hui concernés, ainsi qu’un élargissement du dispositif actuel aux 15 millions de ménages les plus pauvres. Ce dispositif cible certes les ménages les plus modestes, mais pas nécessairement ceux qui subissent le plus la hausse des prix du carburant. Contrairement aux dépenses liées à la consommation d’électricité, auxquelles tous les ménages doivent faire face, tout le monde n’utilise pas quotidiennement la voiture.

À droite, on propose donc un dispositif centré sur le remboursement des dépenses de transport par les employeurs, sur le modèle de ce que Xavier Bertrand a mis en place dans la région Hauts-de-France. Depuis 2016, une « aide aux transports aux particuliers salariés » permet en effet aux salariés éligibles de se voir rembourser 20 euros par mois de frais de déplacement. Sur le fond, cette solution reste problématique puisqu’elle oublie les inactifs, comme les étudiants, les retraités, ou les chômeurs. Or ce sont des populations particulièrement précaires, qui peuvent être soumises, en zone rurale notamment, à des déplacements routiers contraints et donc être fortement touchées par l’augmentation des prix du carburant.

L’autre difficulté pour le gouvernement est un problème de mise en œuvre. Le but est en effet de soutenir le pouvoir d’achat dès cet hiver, et la mise en place de dispositifs ciblés peut faire craindre l’usine à gaz. Même dans l’hypothèse où le gouvernement arriverait à imaginer une mesure lisible et facile à mettre en œuvre, une telle réflexion prendrait un temps dont ne dispose pas l’exécutif pour réagir. Coincé entre les impératifs écologiques, financiers, de justice sociale et de faisabilité administrative, le gouvernement semble donc bien chercher la quadrature du cercle.

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