Cherbourg : la justice de proximité menacée ?
À Cherbourg, les professionnels sont vent debout contre la réforme de la Justice à l’occasion d’une 3ème journée “Justice morte”. Selon les représentants des greffiers, des avocats et des magistrats ce projet de loi mènera inéluctablement à la fermeture de certains tribunaux.

Cherbourg : la justice de proximité menacée ?

À Cherbourg, les professionnels sont vent debout contre la réforme de la Justice à l’occasion d’une 3ème journée “Justice morte”. Selon les représentants des greffiers, des avocats et des magistrats ce projet de loi mènera inéluctablement à la fermeture de certains tribunaux.
Public Sénat

Par Quentin Clamet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La Rue des Tribunaux est très connue en plein coeur de Cherbourg et bientôt, elle pourrait très mal porter son nom. C’est là que se trouve le Palais de Justice. Les personnels de justice s’inquiètent de la réforme voulue par le gouvernement. Selon eux, certaines petites juridictions comme celle de cette ville du Cotentin pourraient à terme fermer.

 

Charly Lechevallier est syndicaliste à l’UNSA Services Judiciaires. Il représente ceux qu’il appelle les “petites mains”’ de la justice, Les greffiers et autres personnels en prise directe avec les victimes ou les inculpés au sein du Palais de Justice. Depuis plusieurs semaines, il est au coeur de la mobilisation contre les “chantiers” de la Justice voulus par le gouvernement. Equipé d’un casque, il veut démontrer que ces grands travaux pourraient encore aggraver la situation de la Justice en France.

 

« On envisage quand même une fermeture des sites à terme », explique Charly Lechevallier, «  aujourd’hui la ministre a été claire sur le fait qu’elle n’allait pas fermer les bâtiments, sauf qu’à partir du moment où vous avez une coquille vide c’est-à-dire que vous l’avez vidée de son contentieux et que vous l’avez vidée de son activité on se doute bien que vous n’allez pas pouvoir y conserver des fonctionnaires et des magistrats pour trancher les litiges. »

C’est là la principale crainte de ces fonctionnaires : le projet du gouvernement envisage, à terme, le regroupement des compétences dans entre les divers tribunaux d’un même département. Une forme d’éloignement de la justice pour les citoyens qui devront alors se rendre plus loin pour avoir accès à un greffier ou à un magistrat.

D’autant que ces syndicats avaient formulé des propositions qu’ils ne retrouvent pas du tout dans le texte de l’exécutif.

Un gâchis selon les syndicats : « Pendant plusieurs mois, ajoute Charly Lechevallier, on a pris le temps que ce soient les organisations syndicales ou les acteurs de justice de faire remonter certains points mais qui ont été complètement balayés. On ne retrouve rien dans ce projet de loi qui corresponde aux aspirations ou aux idées qui sont estimées bonnes par les gens de la profession. » 

 

Dématérialisation, regroupement, spécialisation des juridictions : au barreau de Cherbourg, les avocats dénoncent eux aussi cet éloignement de la justice du citoyen. Les garanties apportées par la ministre de la Justice ne les ont pas rassurés. Pour eux, la confiance avec Nicole Belloubet est totalement rompue. La bâtonnière de l’ordre du barreau de Cherbourg se veut très franche sur le sujet : « Je le dis très clairement, le regroupement des tribunaux d’Instance au sein des tribunaux de Grande Instance, c’est quelque chose qui n’a pas été évoqué de manière aussi claire avec les instances représentatives de la profession d’avocat lors des consultations et des concertations. On a découvert cela et les modalités de regroupement souhaitées dans l’avant-projet de loi, donc comment peut-on croire encore la ministre ? »

 Selon elle, ce projet du gouvernement cache un autre agenda : « La crainte aussi de la centralisation des chambres, des juridictions, dans un même site, ça nous inquiète effectivement sur le devenir de ce site, qui sera ou pas rentable pour la chancellerie et qui à plus ou moins court terme en fonction de la rentabilité pourra peut-être voir son devenir en danger. »  

 

Aujourd’hui, Caroline Botte avait prévu de rejoindre les représentants de la quasi-totalité des barreaux de France attendus à Paris pour manifester. Pour l’occasion elle portera un rabat rouge sur sa robe d’avocat.  Des avocats, qui comme les autres professions de la justice à Cherbourg, promettent de continuer à mobiliser l’opinion publique au fil des prochaines semaines.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Olivier Faure convention municipales 2026
10min

Politique

Municipales : le PS fait du scrutin un « enjeu majeur » dans la bataille du leadership face à LFI

Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».

Le

Rachida Dati, at the Mutualite, 2026 municipal elections. Paris.
9min

Politique

Municipales 2026 : les LR visent la stabilité, tout en rêvant d’un exploit à Paris

En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.

Le

BORDEAUX : second round of mayoral elections
17min

Politique

Municipales : les enjeux détaillés, parti par parti

Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.

Le

« Le gouvernement est à l’action », tient à rassurer Sébastien Martin.
4min

Politique

Prix des carburants : « Il n’y a pas de risque de pénurie », déclare Sébastien Martin

En réaction aux bombardements israélo-américains, l’Iran a bloqué le détroit très stratégique d'Ormuz. Plus de 20 % des stocks de pétrole mondiaux y transitent par bateaux, entraînant une flambée du prix des carburants à travers le monde. Invité dans l’émission Bonjour chez vous, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à balayer les inquiétudes des particuliers et des professionnels.

Le