Arboviral Diseases, Asuncion, Paraguay – 29 Aug 2024

Chikungunya : « Après le cyclone Chido, cette épidémie est une autre catastrophe pour les Outre-mer », affirme Élisabeth Doineau

Alors qu’une nouvelle épidémie de chikungunya sévit à La Réunion, Philippe Mouiller et Élisabeth Doineau, président et rapporteure générale de la commission des affaires sociales du Sénat sont allés à Mayotte, puis à La Réunion pour établir les conséquences du virus sur le territoire réunionnais.
Camille Gasnier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

33 000 cas confirmés par Santé Publique France. Si La Réunion n’avait pas recensé de malades du chikungunya depuis 2010, l’arbovirus fait son retour sur l’île depuis le début de l’année. Les deux sénateurs sont d’abord passés par Mayotte, archipel encore dévasté par le cyclone Chido depuis décembre dernier. Ils ont pu constater les dégâts causés par la catastrophe naturelle. 4 cas de chikungunya y ont été détectés. Élisabeth Doineau déplore l’enchaînement des évènements sur les territoires ultramarins : « Après le cyclone Chido, cette épidémie est une autre catastrophe pour les Outre-mer ».

« Des services sont déstabilisés par le chikungunya, en raison du nombre de patients, mais aussi parce que des médecins sont également touchés »

Un plan blanc a été déclenché par le préfet de l’Ile début avril. « L’ensemble des équipes sont concernées et sont impliquées. Ils sont tous en soutien, dans le public comme dans le privé. Tous les soignants s’organisent pour accueillir les patients, il y a une complémentarité », assure Élisabeth Doineau. Depuis le début de l’épidémie, 224 hospitalisations de plus de 24 heures ont été dénombrées, concernant principalement des personnes de plus de 65 ans et des bébés de moins de 6 mois. Une tension commence à se faire ressentir dans les hôpitaux, à laquelle s’ajoute une contamination de plus en plus fréquente du personnel hospitalier. Philippe Mouiller a pu observer « des services déstabilisés par le chikungunya, en raison du nombre de patients, mais aussi parce que des médecins sont également touchés ». Néanmoins, pour le président de la commission des affaires sociales, cela n’atteint pas un niveau « où il faut envoyer des renforts », même si quelques lits supplémentaires vont être installés. Par ailleurs, le président de la commission des affaires sociales constate que l’Agence Régionale de Santé est investie avec une structure chargée de combattre les moustiques » : « Des centaines de personnes sont impliquées dans la décontamination ».

« La vaccination arrive un peu tardivement, l’enjeu était il y a un mois »

Par ailleurs, le dépistage et les vaccins visent les personnes les plus vulnérables. Une campagne de vaccination a été lancée le 7 avril. Près de 40 000 vaccins Ixchiq ont été déployés, initialement réservés aux personnes de plus de 65 ans atteints de maladies chroniques, puis étendus aux personnes de moins de 18 ans atteintes de comorbidités. Philippe Mouiller regrette une distribution retardée des vaccins : « La vaccination arrive un peu tardivement, l’enjeu était il y a un mois ».

« Il n’y a pas une personne qui ne connaît pas quelqu’un qui est atteint par la maladie »

Si 33 000 cas ont en effet été confirmés par Santé Publique France, ce nombre diffère de l’ampleur réelle du chikungunya sur l’archipel. L’Agence Régionale de Santé de la Réunion estime qu’il y a en réalité près de 100 000 Réunionnais touchés. Cet écart résiderait dans le fait que tous les malades ne se font pas dépister. Un constat que partage Élisabeth Doineau, rapporteure générale de la commission des affaires sociales : « Il y a des personnes qui sont atteintes, mais qui ne vont pas forcément se manifester ». Les deux sénateurs constatent qu’il « n’y a pas une personne qui ne connaît pas quelqu’un qui est atteint par la maladie ». Un manque de dépistage, qui, selon la sénatrice centriste de la Mayenne, s’explique par un épisode de moindre ampleur que celle qui avait eu lieu en 2005 : « Le virus semble moins fort que la dernière fois, certains se disent que cela va passer ». Entre 2005 et 2006, l’épidémie de chikungunya avait touché 260 000 personnes, soit un tiers de la population réunionnaise, et fait 225 morts ». A l’heure actuelle, « l’épidémie semble atteindre un plateau ». Sur la semaine du 31 mars au 6 avril, près de 4913 cas ont été établis, contre 6800 la semaine précédente.

A l’époque, un rapport d’information avait été rendu au nom de la commission des affaires sociales par deux sénatrices de l’archipel, Anne-Marie Payet et Gélita Hoarau. Philippe Mouiller estime que les deux épidémies ne sont pas comparables, et que ce fait, il n’est pas assuré qu’un tel travail parlementaire puisse être réalisé : « Rien n’est certain. J’ai le sentiment que l’impact est moins important, le système a mieux appréhendé la crise, et à première vue, l’épidémie a moins d’impact sanitaire, même si elle touche tout de même une population fragile ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Meeting of Candidate in France’s 2027 presidential election, Jean-Luc Melenchon in Le Bourget
8min

Politique

« Il est l’heure de tout changer » : au Bourget, LFI met en scène sa « Nouvelle France » 

À l’occasion de la présentation de la nouvelle édition de L’Avenir en commun, samedi 7 novembre, La France insoumise a transformé le Bourget en théâtre de campagne. Scénographie immersive, démonstration de force militante et discours de Jean-Luc Mélenchon résolument tourné vers la jeunesse, le mouvement entend faire de son programme le premier acte de la présidentielle de 2027. Reportage

Le

Chikungunya : « Après le cyclone Chido, cette épidémie est une autre catastrophe pour les Outre-mer », affirme Élisabeth Doineau
6min

Politique

Mobilisation de la jeunesse : « Nous avons construit un État-providence qui fonctionne seulement pour les adultes », reconnaît cette eurodéputée

Une Europe en ébullition sociale. De la France à l'Italie, en passant par la Belgique, la Grèce ou l'Allemagne, une vague de contestation secoue les capitales de l'Union. Nés de mouvements lycéens et étudiants initiés en France, ces soulèvements traduisent un malaise profond touchant l'avenir de la jeunesse, la crise du logement et l'effritement du pouvoir d'achat. Face à ce front commun qui surprend les gouvernements européens, des syndicats et des associations issus de sept pays appellent à des manifestations coordonnées pour la fin du mois de novembre.

Le

France : Edouard Philippe visits Zuydcoote to discuss immigration
10min

Politique

« La fébrilité est de leur côté, pas du sien » : sous pression du camp Attal et Retailleau, Edouard Philippe reste droit dans ses bottes et refuse la primaire

Après Gabriel Attal et David Lisnard, Bruno Retailleau s’est rangé à l’idée de primaire de la droite et du centre, au point de commencer à y travailler. Si le candidat Horizons ne change pas d’avis, « il portera seul la responsabilité de la division », prévient Laurence Garnier, porte-parole de Bruno Retailleau. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Trump ou Poutine, ce n’est pas celle des candidats mal partis qui fera fléchir Edouard Philippe », rétorque Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe…

Le