Christophe Gomart : « Quand on parle d’industrie de défense, l’Allemagne entend ‘industrie’ et la France ‘défense’ »

Friedrich Merz, nouveau chancelier allemand, n’a été élu qu’au second tour du vote du Bundestag, le parlement allemand, une première depuis 1949. La coalition entre la CDU, parti conservateur, et le SPD, parti social-démocrate, semble fragilisée. Est-ce que cela pourrait avoir un impact sur le couple franco-allemand, sur fond de tensions internationales ? C’est le sujet cette semaine de l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. 
Mathieu Terzaghi

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L’élection du nouveau chancelier Friedrich Merz a été compliquée, élu au second tour du vote du parlement allemand, une première de l’histoire de la République fédérale allemande. La grande coalition CDU-SPD est apparue plus fragile que prévu, avec peu de marges de manœuvre. Dans le même temps, le désengagement des États-Unis et la menace d’une guerre avec la Russie obligent le couple franco-allemand à se renforcer.

Une élection compliquée pour Merz

L’élection du nouveau chancelier, du parti conservateur de la CDU, n’a pas été évidente. Pour Tobias Cremer, eurodéputé social-démocrate au Parlement européen et membre du SPD en Allemagne, « ce n’était pas un départ idéal. C’est irresponsable de la part de ceux qui ont voté contre ». L’eurodéputé allemand, membre de Renew Europe et du FDP allemand, Jan-Christoph Oetjen, abonde : « C’est un mauvais départ. Ça montre qu’il y a des oppositions au sein de cette nouvelle coalition, qu’ils ne sont pas d’accord avec tout ce qui a été discuté ».

Un impact négatif sur le couple franco-allemand ?

L’Allemagne et la France représentent l’équivalent de 40% du PIB de l’Union européenne. Le tandem « Merzcron », d’Emmanuel Macron et Friedrich Merz, semble être obligé de fonctionner. « C’est un nouveau couple où on espère qu’il durera un certain temps, pour qu’il puisse faire avancer les choses en Europe » estime Jan-Christoph Oetjen. Christophe Gomart, eurodéputé français, du Parti populaire européen, affirme qu’avant d’arriver au Parlement européen, le couple franco-allemand était pour lui « quelque chose qui n’existait pas vraiment ». « Mais en arrivant au Parlement, des collègues de petits pays sont venus me voir en me disant ‘Il faut que la France et l’Allemagne s’entendent sinon l’Europe n’avance pas’ », analyse-t-il.

Selon Tobias Cremer : « Je crois qu’ils n’ont pas le choix, ils doivent se comprendre. Le chancelier Merz a fait sa première visite à Paris, ce qui est un bon signe… On n’a pas le choix, on a besoin du couple franco-allemand ».

Les Allemands, « réalistes et pragmatiques », investissent

Face aux menaces de la Russie, l’Allemagne a sorti un « bazooka » d’investissements de 1 000 milliards d’euros, destinés aux infrastructures et à la défense, mais les libéraux allemands sont opposés à ces dépenses massives. Jan-Christoph Oetjen, membre du FDP, explique : « Ce qu’a fait ce nouveau gouvernement, au lieu de voir où l’on peut réduire les dépenses, c’est de financer tous ces investissements avec une dette. C’est du jamais-vu en Allemagne. On était critiques par rapport à cette dette, mais pas par rapport aux investissements ».
Tobias Cremer ajoute : « On est réaliste et on est pragmatique. Je suis transatlantiste, mais je vois qu’il y a une administration américaine qui essaye de quitter cette alliance ».

La France, plus endettée, n’a pas les moyens de réaliser de tels investissements. De quoi recevoir des leçons de rigueur budgétaire par l’Allemagne ? D’après Christophe Gomart, « il est nécessaire que la France en ait, parce qu’on ne peut pas continuer à s’endetter à cette vitesse ».

L’Allemagne et la France comme ciment d’une Europe renforcée militairement ?

Emmanuel Macron préconise d’être plus indépendant vis-à-vis des Américains et de soutenir plus massivement l’Ukraine avec des garanties de sécurité. Outre-Rhin, Jan-Christoph Oetjen n’est « pas sûr que l’on arrive sur des lignes politiques françaises », mais pense « qu’il est nécessaire de converger plus ».

Pour Christophe Gomart : « On est à un moment de choix pour la France et l’Allemagne comme pour l’Union européenne, face à l’impérialisme russe, très visible dans son agression totale de l’Ukraine ». Face à l’isolationnisme et au désengagement américain, « il est nécessaire que la France et l’Allemagne prennent le lead d’une Europe renforcée. Quand on parle d’industrie de défense, l’Allemagne entend ‘industrie’ et la France entend ‘défense’. On doit se coordonner, se rejoindre sur ce point-là », conclut-il.

Une émission à revoir en intégralité sur notre espace replay.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Christophe Gomart : « Quand on parle d’industrie de défense, l’Allemagne entend ‘industrie’ et la France ‘défense’ »
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Christophe Gomart : « Quand on parle d’industrie de défense, l’Allemagne entend ‘industrie’ et la France ‘défense’ »
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le