Cinq ans de LREM : « En Marche parle à lui-même, or le mouvement doit parler au peuple », estime François Patriat
Le parti présidentiel souffle sa cinquième bougie avec des réussites, à commencer par la victoire d’Emmanuel Macron, mais aussi des échecs, comme les municipales. « Ce mouvement n’a pas encore permis qu’il y ait un ancrage local très fort dans les territoires » note l’ancien ministre Stéphane Travert. L’enjeu pour 2022 est finalement de dépasser En Marche.

Cinq ans de LREM : « En Marche parle à lui-même, or le mouvement doit parler au peuple », estime François Patriat

Le parti présidentiel souffle sa cinquième bougie avec des réussites, à commencer par la victoire d’Emmanuel Macron, mais aussi des échecs, comme les municipales. « Ce mouvement n’a pas encore permis qu’il y ait un ancrage local très fort dans les territoires » note l’ancien ministre Stéphane Travert. L’enjeu pour 2022 est finalement de dépasser En Marche.
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Cinq ans, et toutes ses dents. Ou presque. « C’est l’âge où on perd ses premières dents, cinq ans… » sourit un parlementaire de La République En Marche (LREM). Le parti présidentiel fête ce mardi 6 avril ses cinq années d’existence. Cinq ans qui ont vu passer un mouvement, lancé par un ministre alors assez peu connu des Français, de la case OVNI à celle de parti présidentiel au pouvoir. Certains y ont vu le plus beau hold-up de la Ve République. D’autres, l’expression d’un fort appel au changement, face à un système droite/gauche à bout de souffle.

« J’étais allé à la cathédrale d’Amiens brûler un cierge pour que ça marche… » raconte François Patriat

« Ça fait cinq ans qu’Emmanuel Macron avait donné rendez-vous aux premiers adhérents à Amiens » se souvient l’ancien ministre de l’agriculture LREM, Stéphane Travert. « C’est un quinquennat pour ce mouvement. C’est court et c’est long à la fois. Mais en réalité, c’est très court pour un parti, dans la vie politique française », ajoute le député LREM de la Manche.

François Patriat, patron des sénateurs marcheurs (groupe RDPI) et macroniste historique, était aussi présent à Amiens, le 6 avril. « J’étais allé à la cathédrale d’Amiens brûler un cierge pour que ça marche… (rire) Et ça marché ! » raconte le sénateur LREM de la Côte-d’Or. « J’ai eu à la fois le sentiment de vivre un moment d’histoire et un moment d’espoir », dit aujourd’hui François Patriat. Pour le retour, quelques jeunes loups de la macronie naissante montent avec lui. « J’ai ramené dans ma bagnole Stéphane Séjourné, Pierre Person, Clément Beaune. Tout le monde était très emballé, mais personne n’imaginait la suite, tout en l’espérant », se souvient le président du groupe RDPI du Sénat.

420.000 adhérents revendiqués depuis cinq ans

Pour son anniversaire, le parti organise autour de son délégué général, Stanislas Guerini, un meeting 100 % digital sur le thème de l’engagement, avec une plateforme intitulée « pour une cause », à destination des adhérents et sympathisants. Un nombre d’adhérents à En Marche qui s’élève aujourd’hui, selon les chiffres donnés par le parti, à 420.000.

Précision utile : pour adhérer, il suffit de laisser ses coordonnées sur internet et d’adhérer à la charte des valeurs. L’adhésion est gratuite et ne nécessite pas d’être renouvelée… Il s’agit donc de 420.000 inscriptions depuis 5 ans. Mais le parti présidentiel fait valoir que 200.000 personnes étaient déjà là, lors de la campagne de 2017. Soit plus du double aujourd’hui. Reste qu’on ne sait pas combien de marcheurs sont réellement actifs.

« Se structurer dans les territoires »

Le parti s’est révélé être en 2017 une bonne machine de guerre pour la victoire d’Emmanuel Macron. Mais à quoi peut-il servir aujourd’hui, après quatre ans usants de pouvoir ? C’est souvent la difficulté pour tout parti au pouvoir, avec des scrutins intermédiaires toujours compliqués. « Le parti, qui est né autour d’une idée de transformation du pays, a permis qu’un candidat puisse émerger à la présidentielle, qu’il y ait une majorité. Mais ce mouvement n’a pas encore permis qu’il y ait un ancrage local très fort dans les territoires car c’est un parti qui est jeune, et il continue à avoir besoin de se structurer dans les territoires », note Stéphane Travert, qui ajoute : « Il ne suffit pas d’avoir un siège à Paris, d’avoir un bureau exécutif pour que les choses aillent dans le bon ordre sur tous les territoires ».

Avec l’association « La République ensemble », un réseau d’élus locaux proches de la majorité présidentielle, membres de LREM ou pas, il entend participer à cette structuration. « Nous organisons toutes les semaines des rencontres avec des membres du gouvernement pour faire remonter ce qui se passe dans les territoires », explique l’ancien ministre, « on fait des notes pour le gouvernement, mais aussi pour le Président. C’est un réseau d’élus, qui est là pour accompagner le Président dans sa réflexion, et aussi pour préparer l’avenir ».

« Pour gagner les scrutins locaux, il faut une implantation locale. Ça nécessite un travail militant »

Selon Sylvain Maillard, porte-parole du groupe LREM de l’Assemblée nationale, le bilan est quelque peu mitigé. « Il y a des choses qui vont bien, des choses qui vont moins bien. Ce qui va bien, c’est d’être au pouvoir. C’est important pour transformer la société. Mais il y a encore un manque d’implantation territoriale, avec une grosse disparité. Les forces, ce sont dans les grandes métropoles. C’est plus difficile dans le monde rural, dans beaucoup de territoires éloignés des grandes métropoles », constate-t-il. Mais selon Sylvain Maillard, c’est au fond, normal. « Ça prend au moins 10 ans pour installer une identité », tempère le député de Paris.

Si le mouvement a réussi à porter au pouvoir Emmanuel Macron, « ensuite, il a fallu structurer, construire le mouvement. C’est plus compliqué, car le succès électoral a créé tellement de désirs, qu’ils ne pouvaient être que forcément déçus par la suite », pense François Patriat. Il continue : « Beaucoup ont ensuite pensé qu’il suffisait de se présenter pour être élu. Or pour gagner les scrutins locaux, il faut une implantation locale. Ça nécessite un travail militant. On a des marcheurs engagés, qui vont sur le terrain, mais discutent plus entre eux qu’avec la population. C’est le succès des boucles WhatsApp par exemple. C’est un mouvement qui parle à lui-même, or le mouvement doit parler au peuple maintenant. En Marche ne parle pas vraiment. Il faut une incarnation sur le terrain. J’ai été réélu aux sénatoriales, car j’incarnais quelque chose », lance François Patriat, qui reconnaît cependant qu’« aucun mouvement politique n’a gagné d’élection locale en trois ans, en si peu de temps ». « Fier du travail parcouru » malgré tout, François Patriat note que « LREM a des élus locaux et va avoir des conseillers départementaux et régionaux, sans doute pas avec un nombre extraordinaire ».

« Stanislas, c’est un animateur. Il anime une colo »

En interne, les critiques ont été fortes ces derniers mois. Ça a tangué. On se souvient qu’en septembre, le numéro 2 du parti, Pierre Person, a quitté ses fonctions, dénonçant le manque d’idées nouvelles et d’ouverture sur l’extérieur. Le député LREM Sacha Houlié avait aussi quitté le bureau exécutif. « En Marche, c’est d’abord un parti qui s’est imposé sur la scène politique nationale. Ce n’était pas évident au moment de sa création, on disait que c’était une coquille vide. Aujourd’hui, il y a une majorité et quatre ans d’exercice du pouvoir, avec des hauts et des bas, mais du fond et des résultats sur l’emploi et l’écologie », dit-il. « Le parti est organisé, structuré. A ce stade, il fait le boulot d’un parti ressource, mais ça n’a pas été un parti boite à idées », regrette en revanche Sacha Houlié, « il y a une prudence excessive ».

Sous couvert d’anonymat, certains se font plus durs. « Stanislas, c’est un animateur. Il anime une colo. Mais il faut autre chose pour un parti. Et quand on ne tranche pas, derrière, il y a des fâcheries entre copains », cingle un membre de LREM. « Au plan local, nous avons dramatiquement loupé les municipales », estime un autre parlementaire LREM. « Et sur les questions régaliennes ou de société, nous n’avons pas réussi le dépassement, notre parti reste profondément clivé et divisé, comme sur la fin de vie. Globalement, nous avons un parti qui est trop faible pour accompagner la campagne présidentielle, et pour accompagner un second mandat. Nous n’avons pas de socle sur lequel nous appuyer », pointe ce parlementaire, qui ajoute :

Nous avions fait une promesse de gouverner autrement, cette promesse n’est pas tenue aujourd’hui.

Certains évoquent à demi-mot la question du renouvellement à la tête du parti. « Il y aura bientôt des échéances », note Sacha Houlié, « normalement, l’élection du futur délégué général est en novembre ». Et pour le député LREM de la Vienne, « on ne peut pas sans cesse repousser ». Stanislas Guerini avait été élu le 1er décembre 2018 pour une durée de trois ans. Mais pour Stéphane Travert, « le mouvement est parfaitement incarné par Stanislas Guerini, en qui j’ai une confiance absolue. C’est the right man at the right place pour diriger ce mouvement ».

Elargissement et réflexion sur les idées pour 2022

Pour voir plus loin, certains bougent. Stéphane Séjourné, un proche d’Emmanuel Macron, a mis en place « L’association pour une Renaissance européenne », nouvelle structure pro Macron en vue de 2022. On retrouve en quelque sorte l’esprit de la « maison commune », déjà évoquée depuis des mois, qui vise à rassembler tous les partis de la galaxie macroniste.

D’autres veulent travailler les idées, comme l’ancien président du groupe LREM, Gilles Le Gendre, qui a créé son « think tank, "Défi démocratique", car c’est le grand sujet qui doit être porté en 2022 : la question des institutions, le rapport avec les territoires, l’efficacité de l’action publique et de l’administration et le contrat social », défend le député LREM de Paris.

Quoi qu’il en soit, LREM seule ne pourra suffire pour 2022. « Il faut que le parti présidentiel devienne différent. Il faut s’élargir aux autres », estime François Patriat. « Il faut un rassemblement plus large que LREM », confirme Sylvain Maillard, mais « ce sera probablement le cœur de la machine, ne serait-ce que pour le financement ». Il faut dépasser LREM mais LREM reste indispensable. C’est tout l’enjeu pour Emmanuel Macron.

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