France Farmers’ Protest Continues in Central Paris
Images from the ongoing farmers’ demonstration in Paris, shot this morning in front of the National Assembly and showing a tractor on Avenue de la Bourdonnais, Paris, France, January 08th 2026. French farmers gathered in central Paris to protest current agricultural policies and economic pressures.//SOTTOSAMUEL_sipa.42207/Credit:Samuel Sotto/SIPA/2601081526

Colère des agriculteurs : au-delà de la gestion de la mobilisation, le gouvernement attendu au tournant sur le fond

Signature du Mercosur, gestion de la dermatose nodulaire, des normes jugées pénalisantes… La mobilisation des agriculteurs est montée d’un cran ce jeudi. Une centaine de tracteurs ont rejoint Paris et l’Ile-de-France à l’appel de la Coordination rurale, malgré l’interdiction. Ce type de mobilisations spectaculaires met une pression supplémentaire sur le Premier ministre qui annoncera des mesures concrètes vendredi.
Simon Barbarit

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« Ils sont en colère et il est normal que la colère s’exprime », a excusé la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, pourtant chahutée ce jeudi devant l’Assemblée nationale par des agriculteurs de la Coordination rurale, le deuxième syndicat agricole, habitué aux actions spectaculaires et proche de l’extrême droite.

L’imminence de la signature de l’accord UE-Mercosur, prévue le 12 janvier, la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse ces dernières semaines, ou encore la surtransposition de certaines normes jugées pénalisantes par rapport à nos voisins européens ont ravivé la colère de la profession qui s’était déjà fortement mobilisée il y a deux ans et a servi de carburant à la centaine de tracteurs qui ont roulé en direction de l’Île-de-France, malgré l’interdiction des autorités. Ces actions ont été qualifiées d’« illégales », par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Sur France Inter, ce matin le patron des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau a, lui, appelé à la désescalade et à la « négociation » avec la Coordination rurale. « On n’est pas obligé d’employer la force pour faire respecter l’ordre », a-t-il plaidé. Lorsqu’il s’agit de mettre un terme à des manifestations illégales, on a connu moins de mansuétude dans les propos de l’ancien ministre qui prônait à son arrivée à Beauvau le triptyque : « l’ordre, l’ordre, l’ordre ».

Face à la Coordination rurale, « le gouvernement obligé de faire œuvre d’autorité »

« Jusqu’à peu, dans la grande majorité des manifestations pilotées par la FNSEA, il y avait un accord tacite avec le gouvernement dont il est proche politiquement. L’exécutif n’envoyait pas les forces de l’ordre. Il n’y avait donc pas de risque d’affrontement, les dégradations, s’il y en avait, étaient considérées comme acceptables », rappelle Edouard Lynch, historien, auteur d’« Insurrections paysannes : de la terre à la rue : usages de la violence au XXe siècle » (éditions Vendémiaire). « Depuis 2 ans, face aux actions menées par la Coordination rurale, le gouvernement est dans une position plus délicate. Il est obligé de faire œuvre d’autorité et de mobiliser les forces de l’ordre. Mais cela reste un choix politique. Le gouvernement n’hésite pas, par exemple, à réprimer des manifestations écologistes, parfois aussi portées par des mouvements paysans comme les Soulèvements de la terre ou la Confédération paysanne », ajoute-t-il.

Depuis l’après-guerre, l’Etat a mis en place un système de cogestion pour assurer la modernisation de son agriculture ; un partenariat lie les décideurs politiques aux organisations professionnelles, auxquels on confie la mise en œuvre des politiques agricoles. Depuis sa création en 1946, « la FNSEA a été le bras armé de l’Etat, davantage qu’un outil syndical, pour asseoir la domination de l’Etat sur une profession qui était en construction », expliquait à publicsenat.fr lors des blocages de 2024, Frédérick Lemarchand, professeur de sociologie à l’université de Caen.

Le syndicat majoritaire a indiqué attendre du Premier ministre un « signal très fort » à destination des agriculteurs en colère, appelant à des « mesures d’urgences » avant même le vote du budget. Interrogé sur l’action de la Coordination rurale, Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA a estimé que le vrai sujet était « l’efficacité » et « le travail de fond » auprès des parlementaires, du gouvernement et des instances européennes.

« Il n’y a pas de baguette magique dans cette affaire »

« Nous, on s’active » sur tous les fronts pendant que d’autres viennent « mettre trois tracteurs devant un monument pour faire causer », a-t-il taclé. Le syndicat a cité au rang de ses priorités des mesures pour la viticulture, un accompagnement pour les céréaliers « qui vendent aujourd’hui sous leurs coûts de production », une « abrogation de la directive nitrate », qui fixe notamment les calendriers d’épandage des engrais et autres pratiques, et la publication des décrets des lois agricoles votées en 2025.

« Il n’y a pas de baguette magique dans cette affaire, la situation de l’agriculture s’est détériorée lentement depuis des années, avec un manque de protection face à la concurrence déloyale. Un syndicat historique travaille dans la durée avec les instances européennes et françaises. Mais ça ne va pas assez vite alors vous avez des : yakafokon qui se font entendre », soutient la sénatrice LR, Sophie Primas. L’élue des Yvelines attend du gouvernement une véritable « vision » pour l’agriculture qui conduirait à la souveraineté alimentaire par la reprise en main de certains secteurs.

« C’est tout le système de la FNSEA qui est en train de s’effondrer »

« La vraie question n’est pas forcément dans la gestion du maintien de l’ordre mais plutôt la réponse politique à un mal-être qui est réel », observe à son tour le président du groupe écologiste du Sénat. « On voit les limites du slogan de la ‘’ferme France’’ créé pour l’exportation grâce aux traités de libre-échange et en incohérence totale avec l’agriculture française qui est diversifiée. On ne pourra de toute façon jamais rivaliser avec les gros producteurs d’Amérique du Sud. Il faut changer de modèle. Ce qu’attendent nos agriculteurs, c’est que ce ne soit pas seulement les plus gros qui s’en sortent, qui jouent sur la spéculation des denrées alimentaires ou qui ont le plus de PAC. C’est tout le système de la FNSEA qui est en train de s’effondrer ».

« La position de la FNSEA vis-à-vis des traités de libre-échange est inconfortable. Il est difficile de tenir un discours en faveur de l’exportation pour ses produits et prôner le protectionnisme pour les produits des autres », note également Edouard Lynch.

Pour Sophie Primas, le problème ne réside pas dans les traités de libre-échange mais dans les conditions d’une juste concurrence. « C’est pour cette raison que je me suis toujours opposée au Mercosur. Mais le problème, c’est moins ce traité que l’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne qui serait, en termes de volumétrie et de qualité de ses produits, délétère pour notre agriculture ».

Après avoir interdit par arrêté, les importations de produits traités avec 5 pesticides interdits dans l’Union européenne, Sébastien Lecornu devrait faire d’autres annonces pour calmer les agriculteurs vendredi. Comme le relève Edouard Lynch, « concernant les revendications structurelles comme l’abaissement des normes, l’augmentation des aides PA ou le dossier Mercosur, les marges de manœuvre de la France sont assez faibles ».

 

 

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