Colère des agriculteurs : la politique européenne « est un suicide », fustige Nicolas Dupont-Aignan

Tandis que la grogne des agriculteurs monte en intensité dans tout le pays, les souverainistes sont nombreux à dénoncer la responsabilité de l’Union européenne dans la souffrance du secteur agricole, responsable selon eux, de leur imposer une forme de concurrence déloyale.
Hugo Ruaud

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

“L’Union européenne et le gouvernement français ont décidé consciemment de réduire la production européenne”. Pour Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la France, l’Union européenne et le gouvernement sont responsables de la crise actuellement traversée par le secteur agricole. L’ancien candidat à la présidentielle dénonce les différents accords de libre-échange passés entre l’Europe et le reste du monde, dont pâtiraient selon lui les agriculteurs. Ces textes, à l’instar de l’accord qui pourrait être passé entre l’Union européenne et le Mercosur, reviennent à “importer moins cher, et à mauvaise qualité environnementale”, fustige Nicolas Dupont-Aignan. « D’un côté on ouvre les frontières à des produits qui ne respectent pas nos normes et de l’autre on organise la décroissance de la production », s’indigne le député, qui qualifie cette politique agricole de “suicide”.  “Les agriculteurs souffrent depuis des années, dans un silence incroyable”, déplore Nicolas Dupont-Aignan. Depuis plusieurs jours, les actions des agriculteurs se multiplient un peu partout en France.

 

Le Green Deal dans le viseur

 

Plusieurs autoroutes sont bloquées, ou en passe de l’être. Les faibles revenus, l’empilement des normes européennes et la hausse des charges sont autant de griefs que dénoncent deux des principaux syndicats agricoles, les Jeunes agriculteurs et la FNSEA, en partie à l’initiative de la gronde. Les représentants de ces deux syndicats se sont rendus lundi 22 janvier à Matignon afin d’exposer leurs revendications au Premier ministre, Gabriel Attal. Mais aucune “solution concrète” n’est ressortie de cette rencontre. Pour Nicolas Dupont- Aignan, de toute façon, “ce ne sont pas des mesures de court terme dont on a besoin”. Pour le président de Debout la France, le problème est structurel, et vient “de Bruxelles”. “La production agricole de céréales baisse de 10% par rapport aux cinq dernières années”, déplore Nicolas Dupont-Aignan, qui prétend que l’on “interdit à des agriculteurs de cultiver”, quand, “au même moment, on ouvre les vannes des importations : c’est criminel”. Dans le viseur de l’ancien candidat à l’élection présidentielle, le Green Deal, cet ensemble législatif qui vise à rendre l’Union européenne neutre en carbone d’ici à 2050, qui se traduit par une inflation des normes environnementales, notamment dans le secteur agricole.

 

Mettre fin aux traités de libre-échange

 

A quelques mois des élections européennes, l’Union européenne se retrouve d’ailleurs sous pression : les ministres européens de l’agriculture se réunissent mardi pour tenter de désamorcer les tensions. Mais pour Nicolas Dupont-Aignan, la solution est “assez simple”: mettre fin aux accords de libre-échange. Le député plaide pour “le refus d’appliquer le Mercosur, la dénonciation de certains accords comme l’accord avec la Nouvelle-Zélande, l’abandon de la jachère, l’abandon du Green Deal. Parce que derrière la souffrance des agriculteurs, il y a l’autosuffisance alimentaire. A force d’importer des produits du bout du monde. C’est anti écologique, c’est mauvais pour notre santé, pour notre autosuffisance alimentaire, et on continue… A un moment il faut dire stop”. Un discours hostile à l’Europe que l’ancien candidat à l’élection présidentielle aura l’occasion de porter d’ici le 9 juin, date des élections européennes, suffrage auquel Débout la France compte se présenter. “Debout la France a un projet très précis : nous voulons mettre fin à l’Union européenne, nous voulons reconstruire une Europe des nations, nous voulons la fin de la Commission européenne”, clame Nicolas Dupont-Aignan, convaincu que son parti franchira la barre des 5% nécessaires pour obtenir des sièges au Parlement européen, et ce malgré la présence du Rassemblement national et de Reconquête sur le même crédo.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le

La sélection de la rédaction

Manifestation des agriculteurs a Tarbes
8min

Politique

Agriculteurs en colère : pourquoi l’Union européenne est pointée du doigt ?

Elément fondateur de l’UE, l’agriculture est le principal poste de dépenses européen et pourtant le monde agricole clame depuis plusieurs semaines sur le continent sa défiance à l’égard de Bruxelles. Le secteur a l’impression d’être le mal aimé des politiques européennes au point de devenir la cible électorale principale de l’extrême droite aux prochaines élections.

Le

Toulouse: Young Farmers Demo
7min

Politique

Agriculteurs en colère : quelles sont leurs revendications ?

Des manifestations d’agriculteurs se multiplient depuis plusieurs semaines en France et en Europe. Ils dénoncent en particulier les contraintes de la transition écologique sur leur activité, perçues comme une distorsion de concurrence avec d’autres Etats. Réduction des pesticides, suppression de l’avantage fiscal sur le gazole non routier, négociation difficile avec les industriels… Leurs revendications sont diverses, mais rejoignent un même constat. Celui de ne plus pouvoir vivre de leur métier.

Le