Colère des surveillants de prison : « une question de vie ou de mort pour nous »
Les invités de l’émission « On va plus loin » débattent de la situation des prisons françaises et du ras-le-bol des surveillants.

Colère des surveillants de prison : « une question de vie ou de mort pour nous »

Les invités de l’émission « On va plus loin » débattent de la situation des prisons françaises et du ras-le-bol des surveillants.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La colère des surveillants de prison en est à son deuxième jour de mobilisation nationale. Déclenchée à la suite d’une agression de trois d’entre eux à la prison de Vendin-le-Vieil, par un détenu islamiste, le ras-le-bol des gardiens de prison est plus profond, même si cette fois, la tension est maximale. « La crise est plus grave que les précédentes » explique Erwan Saoudi, délégué FO Pénitentiaire : « C’est une question de vie ou de mort pour nous (…) Aujourd’hui, tous les jours vous avez des agressions de personnel, qui sont montées crescendo ces dernières années. Et là, on arrive à des niveaux d’agressions où on n’est plus dans l’échange de coups de poing. Ce [sont] des agressions armées et déterminées. »

Delphine Boesel, avocate au barreau de Paris et présidente de l’Observatoire International des Prisons (OIP), élargit le problème : « Au-delà d’une hausse des difficultés et des incidents sur les personnels, on constate (…) une hausse aussi entre détenus. Je crois que c’est révélateur du problème de la surpopulation carcérale. » Delphine Boesel rappelle qu’il y a actuellement en France, plus de 70 000 détenus pour 55 000 places. Pourtant, pour la présidente de l’Observatoire International des Prisons, la solution ne se trouve pas dans la construction de places de prison : « Depuis une trentaine d’années, on a construit plus de 30 000 places supplémentaires et on a encore un problème de surpopulation carcérale. Quand on construit, on incarcère et on enferme. »

 Laurence Cohen, sénatrice (groupe communiste républicain citoyen et écologiste) du Val-de-Marne, qui a fait une visite surprise à la prison de Fresnes jeudi 11 janvier, raconte : « Quand on va à Fresnes, c’est 203 % de surpopulation carcérale ». Pour la sénatrice, on peut même parler de « non respect de la dignité humaine »,  que ce soit pour les détenus ou les personnels. Elle décrit une situation catastrophique : « Il y a des punaises, il y a des rats, il y a une exiguïté des locaux… »

Et la sénatrice interpelle le Président de la République : « Il faut pour Fresnes un plan d’urgence, de réhabilitation totale et de rénovation de cet établissement  (…) Il faut le prévoir maintenant, sinon il sera trop tard. »

Bien que des postes d’agents de surveillance ont été créés pour augmenter les effectifs, personne ne se bouscule au portillon, selon Erwan Saoudi : « Il y a un recrutement qui est en en place (…) il y a un concours qui est ouvert, il y a des places qui sont disponibles, et avec un chômage avoisinant les 10%, on n’arrive pas à recruter ».  La solution pour  le délégué FO Pénitentiaire  serait d’« avoir de salaires à la hauteur des enjeux » et « une reconnaissance de la part de la société ».

Ouisa Kies, sociologue, rattachée au Centre de recherche et d’analyse sociologique de l’EHESS, regrette de son côté, qu’un éclairage se fasse sur le milieu pénitentiaire, principalement parce que tout est parti d’une agression faite par un détenu  radicalisé : « On parle des conditions de travail des surveillants de détention  (…) parce qu’il s’agit d’un islamiste, d’une personne incarcérée, sinon on ne parlerait pas du tout des prisons (…) La société ne s’y intéresse pas. »

Delphine Boesel conclut : « On est obligé d’avoir une vraie réflexion sur le sens de la peine, une vraie réflexion sur ce qu’on veut faire de nos prisons. Ces personnes vont sortir. Et en réalité, la prison telle qu’on la connaît est un échec (…) On a (…) 80% [des personnes] qui sortent en fin de peine sans avoir d’aménagement, qu’on remet dans une situation de précarité. Donc [la prison] ne remplit absolument pas sa mission. »

Pour voir le débat sur les prisons (en intégralité) :

Débat OVPL sur les prisons françaises (en intégralité)
24:47

Partager cet article

Dans la même thématique

Colère des surveillants de prison : « une question de vie ou de mort pour nous »
2min

Politique

Présidentielle : « Il faudra que les sociaux-démocrates et les modérés de la droite républicaine se retrouvent, car ce sera la seule façon de s’opposer aux extrêmes », plaide Hervé Marseille

Le président du groupe Union centriste du Sénat, allié des LR à la Haute assemblée, ne ferme pas la porte à un rapprochement « à un moment donné » avec les sociaux-démocrates, tels que François Hollande ou Bernard Cazeneuve, « un homme tout à fait respectable », afin de battre « les extrêmes », avance le président de l’UDI.

Le

Colère des surveillants de prison : « une question de vie ou de mort pour nous »
3min

Politique

Crise chez Grasset : la ministre de la Culture ouvre la porte à la création d’une clause de conscience pour les auteurs

Interrogée par la sénatrice Sylvie Robert (PS), auteure d’une proposition sur le sujet, la ministre de la culture Catherine Pégard s’est dite favorable à étudier création d’une clause permettant aux auteurs de quitter avec plus de facilité leur maison d’édition en cas de changements imposés par la direction. Une réponse à la crise ouverte chez Grasset par le renvoi de son président Olivier Nora par la direction d’Hachette, aux mains de Vincent Bolloré.

Le

Colère des surveillants de prison : « une question de vie ou de mort pour nous »
3min

Politique

Audiovisuel public : les nouveaux contrats d’objectifs et de moyens « présentés à l’été au Parlement », affirme Catherine Pégard

Après une commission d’enquête tendue, à l’Assemblée, sur l’audiovisuel public, le président de la commission de la culture du Sénat, Laurent Lafon, regrette que le gouvernement ait abandonné son texte qui créait une holding de l’audiovisuel public. « Je ne crois pas au statu quo », lui a répondu la ministre de la Culture, Catherine Pégard.

Le

Colère des surveillants de prison : « une question de vie ou de mort pour nous »
2min

Politique

« Ils ont servi la France jusqu’au sacrifice suprême » : le Sénat rend hommage aux deux soldats français tués au Liban

A l’initiative de Gérard Larcher, le Sénat a observé ce mercredi une minute de silence en hommage à Florian Montorio et Anicet Girardin, les deux soldats français victimes d’une embuscade en tant que membres de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). L’occasion pour le président du Sénat de renouveler son soutien au gouvernement libanais.

Le