Collomb, le baron lyonnais, grognard puis grognon de la Macronie
Emmanuel Macron avait catapulté à l'Intérieur celui qui fut longtemps considéré comme son plus fidèle grognard mais le...

Collomb, le baron lyonnais, grognard puis grognon de la Macronie

Emmanuel Macron avait catapulté à l'Intérieur celui qui fut longtemps considéré comme son plus fidèle grognard mais le...
Public Sénat

Par Gregory DANEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Emmanuel Macron avait catapulté à l'Intérieur celui qui fut longtemps considéré comme son plus fidèle grognard mais le compagnonnage avec Gérard Collomb, inoxydable baron lyonnais, a fini par tourner brutalement à la rupture.

Étonnant mariage que celui du jeune loup qui s'est propulsé en quelques mois à la tête de l'Etat avec le vieux briscard aux quarante années de vie politique, incarnation du "Vieux Monde" tant vilipendé. Quand Emmanuel Macron a grillé toutes les étapes, Gérard Collomb, amateur de randonnée dans le Vercors, a gravi marche après marche les étapes d'une carrière politique où rien ne lui fut acquis.

Entré au conseil municipal de la capitale des Gaules en 1977, année de naissance du président de la République, cet ex-professeur de lettres classiques a cumulé toutes les charges électives. Il attendra 2001, et trois échecs, pour faire basculer Lyon, bastion réputé inexpugnable du centre et de la droite. Il y mènera une politique urbanistique ambitieuse et tournée vers le développement économique.

Longtemps en marge avant d'être en Marche, cet éternel outsider du PS a attendu que sa famille politique le récompense d'un poste au gouvernement. En vain.

"Il y a quelques années, j'avais l'ambition d'être ministre mais cela m'avait passé", confiait au printemps Gérard Collomb à l'AFP. Son "coup de foudre" avec Emmanuel Macron, en qui il a vu l'incarnation nationale de son social-réformisme local, a tout changé.

Avec l'ex-ministre de l'Economie, l'aventure commence dès l'été 2015 à Léognan (Gironde), où l'aile droite du PS avait convié celui que le reste du parti boudait à La Rochelle.

Puis en juin 2016, alors que le futur président était encore à Bercy mais avait déjà lancé son mouvement, le maire de Lyon lui déroule le tapis rouge à l'Hôtel de Ville pour une rencontre avec les forces vives de la métropole. Une réception qui depuis fin juin 2018 est au coeur d'une enquête préliminaire confiée à la police judiciaire pour détournements de fonds publics, après une plainte d'élus de droite.

- Affaire Benalla -

Longtemps M. Collomb confessera une "relation quasiment fusionnelle, filiale" avec Emmanuel Macron. Lors de l'investiture du président, "Gégé" ne peut retenir ses larmes.

A son poste de l'Intérieur, Collomb fait voter une loi antiterroriste qui sort la France de l'état d'urgence mais hérisse les défenseurs des libertés publiques. Lance une police de sécurité du quotidien qui ne convainc guère en interne. S'attire les foudres de la gauche et de la droite pour sa réforme de l'asile et de l'immigration, un test réussi pour la jeune majorité qu'il a su piloter d'une main de fer.

Place Beauvau, il n'a que quelques mètres à parcourir pour rejoindre l'Elysée, où chaque semaine, il rencontre Emmanuel Macron.

Mais dans un ministère marqué par les Sarkozy, Valls et consorts, la greffe peine à prendre. Il est moqué pour son verbe parfois brouillon, ses gaffes ou ses nombreux voyages lyonnais. Un syndicaliste policier cingle: "qu'il soit là ou pas, c'est la même chose". En interne, l'annonce de son départ est régulièrement pronostiquée.

Celle-ci finit par tomber comme un cheveu sur la soupe. Au détour d'une interview, le ministre annonce mi-septembre sa candidature à Lyon pour les échéances électorales de 2020 et son futur départ du gouvernement. Si le principe d'un retour entre Rhône et Saône n'étonne personne, le timing de l'annonce sidère jusqu'à son proche entourage.

N'est-elle dictée "que par des considérations locales", comme l'affirme un ex-proche qui se dit "consterné"? Collomb n'a jamais su couper le cordon avec sa ville de coeur mais difficile de ne pas y voir les effets de l'affaire Benalla qui a écorné sa relation avec le président.

Le ministre finit par présenter sa démission lundi soir. Une première fois refusée par le chef de l'Etat. Il remonte à la charge mardi dans une entretien surprise au Figaro.

Et Emmanuel Macron d'attendre "désormais les propositions du Premier ministre".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le